sécurité Les leçons d’une expérience pilote visant à empêcher de tout jeunes enfants de sombrer dans la violence

mercredi 31 mars 2004, par Emmanuel

Comment prévenir la délinquance chez les moins de 10 ans L’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (Ihesi) rend publiques aujourd’hui les conclusions d’une recherche appliquée sur la « prévention précoce ». Derrière ce jargon se cache une idée simple  : combattre la délinquance juvénile à la racine, en intervenant dès le plus jeune âge, sur des publics à risque de 6 à 10 ans. Le XIXe arrondissement de Paris sert de champ d’expérimentation à cette étude. Une vingtaine d’enfants et leurs parents y suivent un programme expérimental de soutien familial et scolaire. Le Figaro a pu les rencontrer et accéder aux premiers résultats de ces travaux.

Jean-Marc Leclerc


« Le basculement d’un enfant dans la délinquance n’est pas une fatalité et n’obéit à aucun déterminisme. » Jean-Marc Berlioz, le directeur de l’Ihesi, est catégorique. Et il entend le démontrer aujourd’hui à l’occasion de la divulgation d’une étude totalement inédite en France sur la prévention précoce de la délinquance des mineurs.

S’inspirant de travaux anglo-saxons, l’Ihesi a confié à un comité scientifique de premier plan le soin de « vérifier l’hypothèse empirique de l’existence de signaux prédictifs de comportements juvéniles déviants ». Il s’agit en fait de savoir si une intervention dès l’âge du primaire, sur des enfants en situation difficile, peut les mettre à l’abri d’une dérive que l’on croirait inexorable. Agir avant qu’il ne soit trop tard, c’est un peu la philosophie de cette étude à vocation opérationnelle.

Pour déterminer ces fameux « signaux prédictifs », les chercheurs ont minutieusement épluché 100 dossiers de jeunes délinquants multirécidivistes traités par les magistrats compétents dans le XIXe arrondissement de Paris. Quelque 75% de ces jeunes ont fait l’objet d’exclusions disciplinaires et une même proportion a des parents de nationalité étrangère ; 71% avaient de mauvais résultats scolaires et 70% se signalaient par un absentéisme fréquent et injustifié. Pas moins de 40 indicateurs ont ainsi pu être isolés, selon leur fréquence et leur âge moyen d’apparition.

Ce travail statistique a ensuite été enrichi par les consultations menées auprès de dizaines de professionnels, enseignants, psychologues, éducateurs spécialisés, assistantes sociales, juges des enfants, personnels de la protection judiciaire de la jeunesse, policiers et gendarmes. L’Ihesi insiste sur le fait que les mineurs ont « tendance à reproduire ce qu’ils vivent eux-mêmes ». Les carences affectives, les mauvaises fréquentations sont autant de facteurs entrant en ligne de compte.

Mais l’étude ne se limite pas à des constats. Elle préconise aussi une action ciblée sur le public des 6-10 ans. « Certains professionnels de la petite enfance préconisent même une intervention dès l’âge de la maternelle », précise la juge pour enfants Claude Beau, chef du projet prévention auprès de Jean-Marc Berlioz. C’est d’ailleurs à cette magistrate que l’on doit l’idée et la coordination de l’ensemble de ces travaux.

Pour les besoins de l’enquête, l’Ihesi s’est mué en véritable laboratoire appliqué, cofinançant avec des acteurs privés une expérimentation en temps réel des préceptes de la « prévention précoce ». Une vingtaine d’enfants et leurs familles y participent, avec des résultats jugés encourageants (lire ci-dessous). Claude Beau, magistrate passionnée par sa mission, l’affirme : « L’argument communément avancé d’une prétendue démission parentale ne se vérifie pas sur le terrain. Les parents s’impliquent lorsqu’ils sentent qu’il en va de l’avenir de leurs enfants. »

A partir des résultats de cette étude et des conclusions du colloque d’aujourd’hui à l’Ihesi, le ministère de l’Intérieur annonce qu’il « mettra à la disposition des municipalités, conseils généraux, bailleurs sociaux, centres commerciaux, etc., dès décembre 2004, une mallette de la prévention ». En clair : une méthode complète composée d’une « grille de détection des jeunes publics à risque », d’un « guide de l’action préventive » et d’un « outil d’évaluation » des résultats.

Les partenaires de l’Ihesi pourront conclure avec cet institut « une convention qui leur permettra de bénéficier d’un accompagnement et de la formation de leurs personnels ». Avant la fin de l’année, l’Ihesi annonce également une extension de cette expérimentation à « plusieurs autres sites choisis en accord avec les ministères concernés ».

« La prévention précoce n’est pas un gadget », prévient Jean-Marc Berlioz. Et le directeur de l’Ihesi de conclure : « Cette nouvelle démarche, c’est un peu la synthèse entre une exigence d’humanisme et une obligation raisonnée de résultats. »

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