lettre ouverte aux éducateurs

lundi 23 octobre 2006

appel à la resistance


LETTRE OUVERTE AUX EDUCATEURS SPECIALISES

À TOUS LES TRAVAILLEURS SOCIAUX

ET AUTRES SALARIES

DU CHAMP

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! C’est la meute des honnêtes gens Qui fait chasse à l’enfant Pour chasser l’enfant pas besoin de permis Tous les braves gens s’y sont mis Qu’est-ce qui nage dans la nuit Quels sont ces éclairs ces bruits C’est un enfant qui s’enfuit On tire sur lui à coups de fusil »

J. Prévert, « Chasse à l’enfant ». Paroles

Invitation à la résistance

« Si tu ne sais pas ou tu vas, souviens toi d’où tu viens » disait le sage africain, aujourd’hui cet adage s’applique très bien à notre métier (Prévention Spécialisé), bousculer par le choix des « politiques » (les financeurs, les décideurs) qui se soucient davantage des préoccupations sécuritaires qu’éducatives, nous bousculent en interrogeant nos pratiques, en remettant en questions les valeurs intrinsèques de notre métier, allant jusqu’à nous dicter le choix de notre public.

Ce qui nous a toujours caractérisé c’est notre capacité réflexive et la souplesse avec laquelle nous nous sommes toujours adaptés à la dure réalité de notre environnement et de nos publics. Aujourd’hui nous donnons l’impression d’être débordés, submergés par les choix fait par « nos décideurs » de nous faire glisser sur la douce pente du tout sécuritaire en négligeant cet autre caractère qui nous est propre : résistance. Oui résister au doux chant des sirènes qui veulent nous éloigner de nos valeurs, de nos principes, mais aussi car nous en sommes capables, de cette capacité que nous avons toujours eu de nos interrogations quant à l’adaptation de notre métier, de son intervention et de sa contemporanéité.

Depuis les premières expériences à nos jours, la prévention spécialisée s’est inscrite dans une culture de « résistance », d’autonomie et elle assume la forme particulière de son action.

La prévention spécialisée reste un modèle critique par rapport à tout ce que nous avons vu se développer pendant ces vingt dernières années, notamment les politiques dites de dispositifs et autres politiques de la ville. Le caractère particulier de son action dans le champ social (confirmé par le schéma départemental de l’Essonne qui reprend à son compte les textes fondateurs de 72) reste encore pertinent de nos jours.

Les pouvoirs politiques dans leurs volontés de « moderniser » le secteur social, ont infléchi le sens et les pratiques sociales en direction d’une « gestion des risques ». Gestion des « populations à risques » à travers la mise en place de dispositifs et modèles instrumentaux. La plupart de ces mesures ont été imposées dans l’urgence, sans un examen sérieux des modèles des actions existantes.

N’a-t-on pas cherché à pallier les difficultés sociales qualifiées de « nouvelles » sans savoir en quoi et à quel point elles l’étaient ?

L’incapacité des pouvoirs politiques à réduire les inégalités sociales, dans une société mue par le slogan de la « modernité » et de la « mondialisation », n’est-elle pas l’une des causes déterminantes de la crise qui ébranle notre société ?

Fidèle à « l’esprit culturel » de la prévention spécialisée, les acteurs de ce secteur se sont retrouvés en 2002 dans le cadre des Assises Départementales et Nationales, pour réexaminer les principes et les modalités de son existence. Autre témoignage de la spécificité de ce modèle d’action qui se soumet lui-même à son propre examen, non seulement sur des aspects techniques ou sur des évolutions nécessaires, mais sur la pertinence même de ses fondements et principes et sur son existence institutionnelle.

N’est- ce pas là l’expression de la fidélité de la prévention spécialisée à l’égard d’elle-même ; de l’attachement à ses fondements, précisément ; lesquels supposent, comme intégrés au modèle d’action, l’autoréflexivité, le questionnement sur soi à tous les niveaux de l’action. « La prévention spécialisée est née de la critique interne de la prise en charge institutionnelle ». Cette phrase, d’un auteur inconnu, dont la pertinence n’apparaît qu’après un travail sur l’histoire et la spécificité de ce mode original d’intervention.

Cette forme d’intervention sociale née de la rupture provoquée par les « pionniers » dans la prise en charge des jeunes en se sortant de l’enfermement institutionnel, n’est elle pas à nouveau l’enjeu d’une nouvelle forme d’enfermement ?

Les éducateurs que nous sommes aujourd’hui, avons-nous encore cette capacité de réaction que nos aînés ont manifesté en leur temps, pour garantir aux jeunes les mêmes possibilités d’accéder pleinement à l’exercice de leur citoyenneté. Avons nous encore la lucidité nécessaire pour ne pas succomber aux sirènes sécuritaires qui secouent les quartiers dans lesquels nous intervenons ? Ce sont là quelques questions que je me pose pour que demain je ne sois pas parmi la meute.

Le challenge de notre engagement dans ce métier, n’est-il pas de tendre une perche pour que « l’enfant » et sa « tribu » que chasse « la meute » puissent traverser la rivière au risque de recevoir « des coups » ?

...Cette meute que décrit J. Prévert

PS : Même si la meute a revêtu de nouveaux habits elle reste aussi dangereuse et menace plus encore aujourd’hui nos libertés fondamentales ainsi que celles de nos sujets.

Alors rappelons nous de ce que disait le Mahatma Gandhi : « Dès que quelqu’un comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir. »

Alors pour nous prémunir des risques à venir (loi Sarkozy - nouveau schéma de la PS et tous les Tac - Tic - Toc.... qui nous attendent faisons notre cette phrase du grand pédagogue français F. Oury : « le passé explique le présent mais n’éclaire pas l’avenir. » Essayons de trouver les matières (renouvelables de préférence) nécessaires pour mieux voir ce que demain nous réserve.

Fidèle à ma nature, je ne peux terminer cette invitation qu’avec une note d’espoir et je crois et partage cette idée de Pablo Neruda que « Demain nous apportera un nouveau Soleil », car Nous Autres petites lucioles nous nous unirons pour créer les conditions nécessaire qui permettrons à notre résistance de faire reculer « l’obscurantisme » (des sécuritaires) et qu’éclate de mille raies notre joie d’exercer le métier d’éducateur spécialisé.

Aomar RAHMANI Educateur de rue (s) Président de L’ASPSE Médiane Prévention - Athis Mons

« La lucidité est la blessure ouverte la plus rapprochée du soleil. » René Char


1 Message

  • lettre ouverte aux éducateurs

    1er janvier 2010 14:46, par pagan

    bonjour,
    je suis éducatrice spécialisée, auteur de livre d’enfants et je ne suis engagé depuis plus de 30 ans
    avec un résultat remarquable.
    En 2002 L’ASE est venu m’obliger de rentrer dans le cadre des lieux de vie
    Ils n’ont menacés : en bref depuis 7 ans j’ai subis toutes les humiliations, les accusations
    et j’ai donc décidé de suspendre mon activité.
    savez-vous que le lieu de vie ne travaillent que pour des enfants de 10 ans de placements et 10 ans de différents lieux, qu« ils ne savent pas lire, écrire, se laver, etc. marginaux, ne respectant aucun adultes, nous les lieux de vie nous arrivons à leur inculqué des règles, des valeurs et nous sommes maltraités pas les services ASE. A telle point que si ont n »obéi pas on est fermer.
    relaisdesartistes.com