journée nationale pour la fermeture des CRA

lundi 25 février 2008


Prise de parole au nom du Collectif pour la Défense des Libertés Fondamentales (CDLF)

A l’occasion de la journée européenne pour la fermeture des centres de rétention devant le Palais de justice de Rouen le 19 janvier 2008

Chers Amis, Chers camarades,

Nous sommes rassemblés à l’appel du CDLF et du RESF pour la 3éme année consécutive contre les centres de rétention et leur extension et pour exiger leurs fermetures. Les années précédentes nous avions appelé à nous rassembler devant le CRA de Oissel, isolé en pleine forêt.

Cette année nous avons voulu porter le débat et la visibilité de notre combat au cœur de la ville. Cette manifestation aujourd’hui revêt un caractère particulier puisqu’elle se situe dans le cadre d’une journée européenne d’action contre l’enfermement des immigrés en situation irrégulièrement dans des centres de rétention.

Cette dimension européenne de notre combat est extrêmement importante quand on sait que, si en France nous en sommes à 27 centres de rétention, dont la capacité d’accueil de 1200 places en 2006 dépassera les 2000 places en 2008, l’Europe elle en compte déjà 230 ou sont retenus prisonniers, à l’abri des regards, plus de 30000 êtres humains.

Les conditions de vie varient d’un centre à l’autre, mais même les meilleurs sont bardés de caméras de surveillance et fils de fer barbelés. Les pires sont infestés de vermine, manquent de services médicaux et selon une étude de 300 pages réalisées à la demande du parlement européen sont le théâtre d’émeutes d’incendies criminels, et de suicides Entre 2001 et 2006 le taux de tentatives de suicides parmi ces détenus a été 6 fois plus important que dans l’ensemble de la population danoise.

Les camps sont concentrés le long des frontières orientales et méridionales de l’Europe et selon migreurop on en trouve un grand nombre sur une bande traversant la Pologne, la Slovaquie, la république tchèque et l’Allemagne Les plus importants sont situés à proximité des principales voies de migration Le plus grand de 1100 places est installé dans le sud de l’Italie à Crotone et les deux suivants de 800 places chacun, à Malte. L’ouverture des centres insuffisants pour endiguer le flux migratoire, l’Europe cherche de l’aide en dehors de ses frontières. Des accords bilatéraux ont vu naître des camps situés au Maroc, en Ukraine, en Libye et en Turquie

C’est toute l’Europe qui est de plus en plus hostile aux migrants et qui se transforme en une forteresse cadenassée et qui multiplie les lieux d’enfermement. Ainsi s’est mis en place de véritables camps de tri des demandeurs d’asile en Libye et aux frontières de l’Est. Un projet de directive européenne est actuellement en discussion au parlement européen qui prévoît une durée de rétention qui pourrait atteindre 18 mois dans tous les pays membres, à laquelle s’ajouterait 5 ans d’interdiction de territoire européen, après expulsion. Nous sommes ici pour dire que nous ne voulons pas de cette Europe frileuse, xénophobe dont le symbole serait des prisons de plus en plus nombreuses, voire des camps pour migrants, véritables zones de non droit que les gouvernements rêvent d’externaliser aux frontières de l’Europe

L’obsession de la politique du chiffre, en matière d’expulsion de Sarkozy, conduit à une totale inhumanité à l’encontre d’hommes de femmes et d’enfants qui ont fuient des zones de conflits, des dictatures ou tout simplement la misère et qui n’aspirent qu’à une chose, être reconnus comme des êtres humains avec le droit de travailler et de vivre en famille. Au lieu de trouver accueil, soutien et aide ils ne trouvent de la part de nos gouvernements que chasse aux faciès, contrôles incessants, rafles, humiliations et parfois séparation d’avec leurs enfants. Cette politique forcée du chiffre à tout prix, contre laquelle nous nous mobilisons et qui causent tant de souffrances à des gens qui, avant d’arriver en France, en avaient eu déjà largement leur compte est d’autant plus scandaleuse et stupide, qu’elle est inefficace pour leur concepteur. Ainsi au tribunal de Bobigny, en 8 mois 5000 étrangers sans papiers ou demandeurs d’asile ont été remis en liberté.

Pour atteindre ses objectifs le gouvernement utilise tous les moyens : arrestation à domicile, rafles dans les rues ou les gares. Incitation des fonctionnaires ou des personnels des services sociaux à dénoncer toute personne étrangère qui leur paraîtrait suspecte. En fait cette politique n’est qu’une politique d’affichage à l’intention de l’électorat d’extrême droite. Il faudrait aussi parler du scandale que constituent les zones d’attente dans les aéroports et notamment à Roissy. Mais, on m’a demandé de faire court. Aussi, je terminerai en disant que nous ne nous reconnaissons pas dans cette France de Nicola 1er, de sa cour et de ceux qui se sont vendus pour une « louche de caviar ». Notre France, c’est celle de la révolution française et de la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen.

Nous combattons cette politique qui ne propose comme solution aux problèmes de la société et aux hommes et femmes en souffrance que des solutions d’enfermement y compris préventif comme avec la dernière loi de Rachida Dati sur la rétention de sûreté.

Bientôt, si nous laissions faire, notre territoire serait couvert de lieux d’enfermement : Prisons, Centres éducatif fermé, Prisons hôpitaux, centres de rétention.

En conclusion, puisque nous allons bientôt commémorer les 40 ans de mai 68, je reprendrai un des slogans de cette période : « Ce n’est qu‘ un début, continuons le combat ! ». Y. M