délation chez des journalistes locaux en collaboration avec la police

dimanche 6 février 2005


Voir en ligne : Indymedia Lille

Je me présente : je m’appelle Marie-Noëlle Gues. Je fais partie d’un petit collectif de syndiqués qui essaie de se battre contre les méfaits du pouvoir. J’habite Calais. Depuis un peu plus d’un an, on essaie de travailler au niveau d’une lutte avec les réfugiés. Mon rôle consiste à photographier les interventions policères et prendre les témoignages des brutalités dont ils sont l’objet. Je diffuse les images sur le site Indymedia Lille et je les commente en tirant une sorte d’analyse de ce qui se produit, dénonçant la police politique qui sévit dans notre ville. J’avoue que j’emploie des termes forts que l’on ne peut s’empêcher d’employer tant est grande la manipulation de l’opinion publique, et la répétition des brutalités.

Depuis que je vais sur ce site et avant même d’y envoyer des articles sur la situation des réfugiés, j’ai adopté un pseudo : zetkin, pour signer les articles.

Bien entendu, la police a fini par repérer les témoins photographes (nous sommes 4, 5 à en faire). Tous sauf moi, ont été en quelque sorte « agressés » par les CRS ou la BAC... Ce qui a refroidi les ardeurs. Moi, j’ai pu continuer car je bénéficie d’une sorte de protection politique vue mes attaches avec la mairie de Calais.

Mais, après une grande rafle en juin 2004, que nous avons bien couvert, le début d’une procédure a été lancé contre nous. A la convocation de la PAF, au mois d’octobre 2004, les questions tournaient autour de qui se cachaient derrière les pseudos sur le site Indymedia. J’ai toujours déclaré que je n’avais rien à déclarer, aux policiers.

J’ai poursuivi mon travail journalier de protection des réfugiés avec un appareil photo à la main. Depuis longtemps, ces derniers n’intervenaient plus s’ils me voyaient dans le coin... Je savais que je les énervais beaucoup, et ils ne manquaient pas non plus de me rendre la pareille en me suivant, dans des voitures banalisées...

Ce dimanche, que vois-je apparaître dans le journal local, le Nord Littoral du 30 janvier 2005 ? Ma photo et un texte qui est un tissu de calomnies et qui me nomme entièrement, avec mon pseudo sur le site. Mon conjoint téléphone au rédacteur en chef le jour-même, et celui-ci annonce que c’est lui qui m’a prise en photo, et que le texte produit est une réponse à mes soit-disantes attaques constantes des journalistes sur le site Indymedia Lille. (ce qui est particulièrement faux). J’ai envoyé un mail à ce monsieur pour lui expliquer en quoi il se trompait lourdement mais déjà, je supposais que c’était la police qui était l’instigatrice de ce coup, car, n’étant pas connue, ni représentante d’un groupe, je ne voyais pas pourquoi un journaliste inconnu m’en veuille à ce point. Puis, le mardi 1er, c’est la Voix du Nord qui s’y met. Mais le journaliste ne produit pas de photo et un texte plus proche de la vérité sur mes articles (mis à part les journalistes et les membres de Csur). Il appelle carrément à ce qu’on me condamne !!!! Les deux articles ont au moins une chose en commun : ils prétendent que mes infos sont erronnées... Et ce fait est important... Car le mercredi, je reçois la lettre du juge d’instruction pour une convocation en vue d’une mise en examen. La lettre recommandée est à mon nom suivi de « alias zetkin », ce qui n’était pas prouvé puisque je ne l’ai jamais reconnu.

Nous comptons déposer plainte contre les deux journaux. Ils font semblant d’ignorer dans quelle situation périlleuse je me retrouve parfois confronter, avec des tentatives d’agression, et des menaces de mort par Internet de policiers et de membres d’extrême-droite vivant à Calais... Ils ont sali ma réputation, moi qui suis institutrice. Leur peur de la police ne justifie pas un tel lynchage. L’objectif de la police est de démolir les preuves que je vais apporter pour ma défense, et ils ont besoin d’une préparation de l’opinion publique pour éviter de rendre évidentes les brutalités policières et les manoeuvres que je qualifierais de fachistes.

L’utilisation de la presse, la police des airs et des frontières n’en était pas à son premier essai. Je l’avais déjà cerné mais je ne l’ai jamais dénoncé parce que je pensais que les journalistes étaient en quelque sorte manipulés sans s’en douter... Je vous joint les deux articles. Je ne sais pas qui contactait pour leur donner honte. Je voudrais bien leur parler pour en savoir plus. On me conseille d’attendre ce que dira mon avocat, pour porter plainte contre eux.


LA VOIX DU NORD, mardi 1 février 2005

Les dérapages de Zetkin

Depuis quelques mois, une personne s’exprime sur le site internet indymedia.org, sous le pseudonyme de « Zetkin ». Il s’agit en fait de Marie-Nöelle Gues, membre du collectif Interluttes, et qui, cela mérite d’être précisé, ne fait pas partie du collectif de soutien d’urgence aux réfugiés (C’sur).

Sur ce site, cette personne publie des articles et des photographies, où policiers, journalistes, voire membres de C’sur, sont régulièrement diffamés. Dans l’une de ses dernières contributions photographiques, on peut par exemple voir deux policiers, sur la tête desquels ont été rajoutés deux képis de l’armée nazie. Pour deux autres, des petites moustaches évocatrices ont été ajoutées. Sur le véhicule que l’on distingue à droite de l’une des photos, la plaque d’immatriculation a été maquillée par l’auteur : 1940 FN 45. Ces derniers mois, des membres du collectif de soutien d’urgence aux réfugiés poursuivis pour outrage aux forces de l’ordre ont été condamnés à de lourdes peines par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, pour moins que ça.

Bruno MALLET


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Nord littoral