Violences scolaires : Dominique de Villepin revoit la copie de Nicolas Sarkozy

mercredi 19 mai 2004, par Emmanuel


Policiers à l’école, plan antiracket, plan antiabsentéisme. Que reste-t-il des annonces sécuritaires du vibrionnant Nicolas Sarkozy ?

Au ministère de l’Intérieur, on gère l’héritage Sarkozy. Lorsqu’il s’agissait de violence scolaire, l’ancien locataire de la Place Beauvau avait pris l’habitude de chasser sans vergogne sur les terres de son collègue de l’éducation nationale. Autre ministre, autre style. Sur les questions éducatives, le cabinet de Dominique de Villepin parle de « discussions », de « collaboration » et d’« actions conjointes ». L’actuel ministre de l’Intérieur, qui prépare un « projet de protocole » avec les services de la rue de Grenelle, a mis un frein à plusieurs chantiers lancés par son répressif prédécesseur. Et semble miser désormais sur le discours amphigourique et le consensus interministériel.

Le 15 janvier dernier, Nicolas Sarkozy avait proposé d’affecter, à titre expérimental, un policier « référent » au sein du collège Monnet, à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Avec l’idée de généraliser cette pratique à tous les établissements dits « sensibles ». Devant la bronca des enseignants, des parents d’élèves et même de certains syndicats de police, l’ancien ministre de l’Intérieur avait dû annuler l’arrivée du pandore.

Quatre mois plus tard, la Place Beauvau ne parle plus de faire entrer les képis dans l’école. En revanche, assure-t-on au ministère, chaque département dispose désormais d’un ou plusieurs « correspondants ». Ces policiers travaillent plus spécifiquement sur les questions des violences scolaires au sein de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) et peuvent être saisis par les équipes pédagogiques.

Autre chantier : le plan antiracket, annoncé conjointement le 17 mars par Nicolas Sarkozy et Luc Ferry. L’idée suivrait son bonhomme de chemin. « Les recteurs d’académies ont été saisis, explique le ministère de l’Intérieur. En ce moment, ils répertorient les lycées les plus sensibles. Ce plan devrait aller au-delà de la seule question du racket, en prenant aussi en compte les violences scolaires, l’antisémitisme. »

Le 9 février, Nicolas Sarkozy avait lancé, à grand bruit, un « dispositif antiabsentéisme scolaire » qui devait, à terme, être mis en place dans les 24 quartiers sensibles identifiés par ses services. « À chaque absence, on appellera la famille. Si elle refuse de coopérer, ce sera la police. Et si cela ne suffit pas, c’est la justice qui sera alertée », martelait le ministre en visite dans la cité strasbourgeoise de Hautepierre (Bas-Rhin). Sans s’étendre sur les détails, la Place Beauvau assure aujourd’hui qu’elle traitera bien de ce problème spécifique. Mais seulement dans son futur projet de loi sur la prévention de la délinquance, programmé pour cet été, en collaboration avec les affaires sociales, la justice et l’éducation nationale.

Laurent Mouloud