Villepin veut une parade techno contre la délinquance et le terrorisme

Libération, 22 avril 2004

vendredi 23 avril 2004

Le ministre de l’Intérieur a présenté jeudi sa « feuille de route » • Ses priorités : la lutte contre les atteintes aux personnes, les violences urbaines et le terrorisme • Ses moyens : la police scientifique et technique et l’utilisation des technologies les plus modernes •


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Dominique de Villepin est un ministre qui a foi en la technologie, sur laquelle il compte s’appuyer pour améliorer les résultats de son administration. C’est ce qu’il s’est employé à démontrer jeudi, en présentant son programme de travail devant les préfets et dans les colonnes du « Monde » daté de vendredi. Un programme classique place Beauvau : le « renforcement de la sécurité intérieure et l’amélioration de la protection des Français face aux risques » Mais la peur du gendarme, ce n’est pas son truc. Villepin se prononce ainsi contre les peines automatiques pour les récidivistes, une des idées phares de Nicolas Sarkozy, très critiquée par les professionnels de la justice. « Je suis contre l’automaticité de la peine et pour l’individualisation, ce qui peut supposer une aggravation de la sanction pour les multirécidivistes », répond le ministre à la rédaction du « Monde ». C’est face aux préfets, qu’il réunissait pour la première fois, que le ministre a détaillé sa « feuille de route », en tête de laquelle figurent la lutte contre les atteintes aux personnes et les violences urbaines. Si « beaucoup a été fait » par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, « beaucoup reste à faire », estime le ministre, notamment contre « la violence au quotidien parce que les atteintes aux personnes n’ont jamais été aussi fortes, encore en augmentation de 10 % pour le 1er trimestre 2004 ». Pour cela, Villepin souhaite que les services de police et de gendarmerie améliorent leur taux d’élucidation « par une meilleure recherche des preuves » qui doit notamment passer par une « l’exploitation meilleure de (la) vidéosurveillance ». Selon son entourage, le ministre est convaincu qu’il « faut essayer d’utiliser davantage les technologies modernes au service de l’investigation. Sa volonté est de moderniser la police technique et scientifique dont il veut faire un axe de son action ». Des méthodes qu’il entend également appliquer à la lutte antiterroriste, dont la France doit devenir championne du monde. « De nouveaux moyens doivent être mis en oeuvre, avec un objectif ambitieux : je souhaite que la France devienne dans les trois ans, le premier pays au monde en matière de technologies et de méthodes de lutte contre le terrorisme ». Devant les préfets, le ministre a montré qu’il avait des idées très précises sur la question : il faut selon lui « poursuivre nos efforts en matière de recherche des réseaux de financement, de traçabilité informatique et d’écoute sur les portables ». En outre, « les programmes de biométrie doivent être menés rapidement et avec efficacité pour renforcer la sûreté dans les ports et les aéroports ». « L’introduction de la photographie numérisée et d’empreintes digitales dans les visas Schengen comme dans les titres de séjour et les passeports européens va faciliter les contrôles », a noté le ministre, en soulignant que « l’Europe est un échelon indispensable » dans la lutte antiterroriste. Décidée en mars par les chefs d’Etat européens, l’introduction de mesures biométriques dans des puces qui seront incluses dans les visas et les passeports sera généralisée d’ici à fin 2005 au lieu de 2007.

En attendant, Dominique de Villepin a enjoint les préfets d’« assurer la cohérence » du plan Vigipirate et d’en « suivre personnellement la mise en œuvre » dans leurs départements. Il leur a demandé en particulier de « veiller à la sécurité des sites nucléaires ou chimiques, des réseaux d’eau potable comme des dépôts et transports d’explosifs » et a annoncé l’adoption d’un décret « dans les plus brefs délais » pour renforcer la sécurité des installations où sont fabriqués, conservés et utilisés les explosifs. Vendredi, le ministre effectuera sa première visite - quelques heures - en Corse.

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