Villepin sur le terrain dans les godillots de Sarkozy

Libération, Patricia TOURANCHEAU, 3 mars 2004

samedi 3 avril 2004

Dès son installation, le ministre de l’Intérieur a visité des commissariats


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A grandes enjambées, le nouveau ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, a emboîté le pas à Nicolas Sarkozy : « la continuité dans l’action », tel est son maître mot. Du commissariat de Créteil (Val-de-Marne) à la gendarmerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), le réputé infatigable a effectué une tournée effrénée, jeudi soir, sitôt son installation. A l’instar de son prédécesseur, le 8 mai 2002. Sa visite au pied levé l’a conduit à l’aéroport de Roissy puis au poste de police de la rue Lescot à Paris, pas dans les quartiers chauds ou les locaux pourris. L’élégant a même emprunté le RER B à Charles-de-Gaulle avec son aréopage. Sur les quais, à Châtelet, des voyageurs se poussent du coude : « Y doit y avoir un ministre encore ! C’est qui ? » Des traînards avinés ont été éloignés. Un gardien de la paix poireaute pour « ouvrir une porte » aux officiels, vacciné : « Ils viennent tous aux Halles, ça fait partie du tralala. Pour une fois, la station n’a pas été nettoyée pour la visite. » Au même endroit, le samedi 31 janvier, Sarkozy en tournée électorale a été chahuté et un SDF qui l’a traité « d’espèce de Hongrois » a été condamné à un mois de prison ferme. A minuit, dans la station quasi déserte, Villepin ne risque pas de susciter l’acrimonie. Son style raffiné et sa haute stature déroutent un peu les policiers : « Dire qu’il s’appelle M. Galouzeau de Villepin, et moi Dugenou... » La commissaire Sophie Wolferman, coupe carrée, en tenue d’intervention marine, casquette enfoncée sur la tête, tonfa à la ceinture, fait l’article au ministre sur son service régional de la police des transports en grimpant les marches quatre à quatre. Direction le service d’accueil, de la recherche et de l’investigation judiciaire (Sarij), chargé des petites enquêtes, ouvert sept jours sur sept, même la nuit.

Le ministre s’intéresse à une capitaine qui expose son travail et demande souvent « Combien ? » ­ d’effectifs (43), de gardes à vue (120 à 140 par mois), de voyageurs à la station (1 million par jour). A en croire les pontes de la préfecture en casquette à glands, il n’y aurait plus de vols avec violence ici, ni de stupéfiants. Les mains dans les poches, Villepin demande si « ce fléau s’est déplacé ». « Non, endigué », rétorque le préfet de police, qui place le Ier arrondissement « en tête des performances ». Etonnant, le ministre si policé donne une bonne tape sur l’épaule de Proust et rigole : « Donc c’est un bon choix ! » De visite. Plus sérieux, Villepin veut connaître les recettes de la baisse de la délinquance : « Quels sont les éléments clés qui ont permis ce progrès ? » Briefés sur les leitmotive sarkoziens, les policiers répondent en choeur : « La présence, l’adaptabilité aux horaires et à la criminalité du quartier. » Villepin sert à nouveau la soupe à Sarkozy, qui « a beaucoup fait », et promet de suivre « le chemin tracé ».

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