Villepin dévoile son Intérieur

Libération, Fabrice TASSEL, 23 avril 2004

vendredi 23 avril 2004

Le successeur de Sarkozy a annoncé ses priorités devant les préfets et s’est rendu au tribunal de Bobigny hier. Aujourd’hui, il est en Corse.


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Hier, un déplacement à Bobigny aux côtés de Dominique Perben et une déclaration de politique générale devant les préfets réunis place Beauvau, une visite en Corse aujourd’hui, Dominique de Villepin a achevé son round d’observation. Il se montre, affiche ses idées et ses priorités. S’il annonce son intention de respecter l’héritage laissé par son prédécesseur, le nouveau patron de Beauvau n’a pas tardé à marquer, en fait, son territoire. Sur la forme, l’homme de Chirac (lire page 6) prend soin de souligner l’unité gouvernementale en passant une journée avec le garde des Sceaux, dont les relations exécrables avec Nicolas Sarkozy pesaient depuis des mois sur la coopération entre les ministères de la Justice et de l’Intérieur. Hier à Bobigny, lors d’un spectacle à la mise en scène soigneusement réglée (tireurs d’élite, chiens renifleurs...) Dominique de Villepin, bras dessus bras dessous avec Dominique Perben, assurait qu’il « est des images qui valent mieux que des mots ».

Rupture. Sur le fond, le renoncement à l’idée des peines planchers pour les délinquants récidivistes (lire page 5) est aussi une nette rupture avec Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait fait depuis des mois une fixation sur cet objectif, piétinant les plates-bandes du garde des Sceaux et accentuant la grogne des milieux judiciaires, déjà très forte depuis l’adoption de la loi Perben 2, concoctée pour partie... place Beauvau. A l’inverse, Dominique de Villepin a annoncé hier aux préfets « la mise en place d’un dispositif gradué [qui] exclut toute forme d’automaticité de la sanction. Personnalisation de la sanction ne veut pas dire laxisme ».

Ces deux points mis à part, Dominique de Villepin inscrit prudemment son action dans la feuille de route de l’Elysée, qu’il baptise en bon répétiteur du Château « la feuille de route des Français ». « J’ai deux priorités : le renforcement de la sécurité intérieure et l’amélioration de la protection des Français face aux risques », dit-il, dessinant en creux l’image d’un gouvernement à la fois soumis aux turbulences internationales et obsédé par l’enjeu sécuritaire. Le ministre de l’Intérieur entend ainsi s’attaquer à « la violence au quotidien, parce que les atteintes aux personnes n’ont jamais été aussi fortes, encore en augmentation pour le premier trimestre 2004 ». Culture du résultat et de l’évaluation dans les services de police, utilisation croissante des techniques d’investigation scientifiques, tels sont les axes annoncés de la méthode de Villepin, soucieux de souligner sa modernité. Celle-ci se retrouve d’ailleurs à l’évocation de la défense du pays, avec en prime une touche très Quai d’Orsay : « Je souhaite que la France devienne dans les trois ans le premier pays au monde en matière de technologies et de méthodes de lutte contre le terrorisme. A l’étranger, notre pays est respecté pour son efficacité en ce domaine. Aussi [faut-il] poursuivre nos efforts en matière de recherche des réseaux de financement, de traçabilité informatique et d’écoute sur les portables », a ambitionné Dominique de Villepin, qui demeure en revanche vague et banal lorsqu’il affirme qu’il faut « rendre plus efficace le dispositif de lutte contre le blanchiment ».

Diplomatie corse. Ce matin place au terrain, avec une visite de quelques heures dans une Corse chauffée par l’arrestation, il y a une semaine, du dirigeant de Corsica Nazione Jean-Guy Talamoni. Après avoir déposé une gerbe à la mémoire du préfet Erignac, le ministre de l’Intérieur rencontrera de nombreux élus locaux puis la presse. Le dialogue avec les dirigeants nationalistes sera un exercice délicat pour Dominique de Villepin, qui devra à la fois entendre la politique de la « main tendue », qui semble toujours d’actualité malgré l’épisode Talamoni, tout en réaffirmant la volonté de fermeté de l’Etat. « Je veux poursuivre la politique de lutte contre la violence et les dérives mafieuses dont les Corses sont les premières victimes », a ainsi déclaré le ministre dont la réputation de fin diplomate ne devrait pas être superflue sur ce dossier.

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