Une fillette a passé huit jours en zone d’attente à Roissy

Le Monde, 27 avril 2004

mardi 27 avril 2004


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Une fillette de huit ans originaire de la République démocratique du Congo et venue, sous une fausse identité, rejoindre ses parents en France, a été maintenue huit jours en zone d’attente de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle sur décision de justice.

Selon la procédure en vigueur, l’article 45 quater de l’ordonnance de 1945, relatif à l’accueil des mineurs clandestins sur le territoire français, Aïcha Kitoko, a dû être présenté devant le juge Jean-Pierre Rosenczveig, du tribunal pour enfants de Bobigny. Puis, elle a finalement été placée lundi soir dans un lieu d’aide et d’orientation (LAO) de la Croix-Rouge, un centre d’accueil d’urgence pour les mineurs clandestins, à Taverny, dans le Val-d’Oise, ouvert fin 2002. Avant cette date, les mineurs étaient répartis dans des structures d’accueil non spécifiques.

Ce placement, qui correspond à une admission sur le territoire français, lui évite une expulsion immédiate, a souligné l’Anafé (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers). Cela lui permettra d’attendre dans de bonnes conditions que la justice vérifie la véracité des liens qui l’unissent à ses parents, un couple de Congolais demandeurs d’asile, et donc en situation régulière en France.

DEUX CENTRES D’ACCUEIL EN FRANCE

La petite Aïcha était arrivée le 18 avril à Roissy-Charles de Gaulle en provenance de Lomé, capitale du Togo, accompagnée d’une Béninoise prétendant être sa mère et produisant un faux passeport diplomatique. Interpellées à leur arrivée à l’aéroport, elles avaient été placées en zone d’attente le 22 avril, en vue de leur expulsion. La cour d’appel de Paris, saisie de leur cas, a tranché dans le même sens samedi.

Me Ghislain Mabanga, l’avocat de la jeune fille, avait indiqué que les parents s’étaient présentés. « La présidente du tribunal, Jacqueline Riffault, a jugé que les éléments présentés pour établir la filiation n’étaient pas suffisants. Elle a essayé d’expliquer à Aïcha les raisons de cette décision, mais l’enfant s’est mise à pleurer si fort que la police a dû appeler sa mère pour la calmer ».

Selon Me Mabanga, « dans les jeux jours Aïcha va passer devant un juge des enfants pour décider soit son maintien en foyer, soit sa restitution à ses parents ». Ceux-ci vivent depuis plus de deux ans en France avec deux autres fillettes, dont une née en France, tandis qu’un frère de onze ans est encore au pays.

D’après un éducateur du LAO de Taverny, Aïcha va bien, si ce n’est qu’elle ne veut pas dormir seule le soir. Elle pourrait rester jusqu’à deux mois dans ce centre. A moins que le juge pour enfants ne proroge l’ordonnance de placement provisoire (OPP). Il n’existe que deux centres en France qui proposent un accueil pour les mineurs clandestins, dans lesquels enfants et adolescents effectuent des séjours allant de trois à six mois.

Lemonde.fr avec AFP