Un collectif contre l’exclusion pourquoi ?

Exclure n’est pas mon métier

dimanche 3 avril 2005, par Emmanuel


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Il est des festivités qui débouchent sur le combat de classes : ainsi la sardinade de UD CGT sur le Vieux Port de Marseille (à l’occasion du Tour de France 2003) a été l’occasion d’échanger entre militants sur la modification des allocations chômage. Le dialogue a été à peu près celui-ci : « moi salarié du SPE d’un coté du guichet, toi militants des privés d’emplois de l’autre. Tous deux à la CGT, comment combattre la régression sociale en marche ? ».

Cette réflexion venait dans la foulée du mouvement de mai juin 2003 qui avait déjà été l’occasion de rencontres entre la CGT du Conseil Général et le comité chômeurs à propos du RMA. Ainsi est né un collectif « insertion sociale » qui réunissait les syndicats CGT des entreprises et des services publics de l’insertion (AFPA, ANPE, ASSEDIC, CAF, Conseil Général,... entre autres) et leurs usagers principalement organisés dans un comité de Chômeurs.

Associer les usagers à la défense des services publics, même si l’idée n’était pas nouvelle, cette mise en œuvre a rapidement nécessité d’être élargie à toutes les organisations qui combattent l’exclusion dans le département, au sein d’un collectif « excluons l’exclusion » élargi au delà des syndicats CGT.

Cette solidarité prend une réalité concrète dans les cortèges où salariés et privés d’emploi se retrouvent ensemble derrière la même banderole. Mais au delà, c’est l’état d’esprit qui se modifie : les chômeurs que le pouvoir Raffarin/Sarkozy/Perben tente de culpabiliser, lorsqu’ils sont soutenus par les personnels, ne se sentent plus « exclus » mais bien partie prenante du combat de défense des services publics d’action sociale. De leur coté, les personnels n’ont pas seulement des revendications propres, mais luttent aussi pour une augmentation des moyens qui permettent une amélioration des services rendus à l’usager. « Exclure n’est pas mon métier » est le cri d’alarme des salariés. « La démolition sociale est telle depuis 3 ans » témoignent ils « que la nature même de nos emplois est en train de changer ».

Que ce soit à l’AFPA, ANPE, ASSEDIC, au Conseil Général, à la CAF ou dans les associations d’insertion, les travailleurs sociaux n’ont pas choisi d’être des agents de radiation ou de suppression de droits. « Nous nous trouvons dans une souffrance particulière où nous devons appliquer des mesures contraires à notre éthique professionnelle d’assistance sociale ». De plus au guichet, l’usager victime peut avoir la tentation de s’en prendre à l’agent qui lui fait face ; « alors que nous sommes dans le même camp » confirment les syndicalistes.

Ce collectif est porteur d’avenir, car au contact quotidiennement de la souffrance des plus démunis, les personnels sont solidaires du combat des « sans » travail, logement, formation,... et pour une société plus équitable, l’essence même de leur engagement professionnel basé sur la relation d’aide.

Convaincus que la classe dominante reste mobilisée pour faire reculer les droits sociaux, c’est donc bien sur des alternatives de société que se rassemblent ceux qui, bien que d’habitude de chaque coté du guichet, sont dans le même camp, celui des travailleurs !