Sarkozy pour un maire fouettard

LIBERATION Mardi 27 décembre 2005

jeudi 29 décembre 2005

Son projet de loi le place au cœur de la lutte contre la délinquance.


C‘est un leitmotiv chez Nicolas Sarkozy. En matière de prévention de la délinquance, il ne peut y avoir qu’un seul « patron », le maire. « II faut un chef d’équipe, un coordinateur, ce ne peut être que le maire », af­firmait le ministre de l’Inté­rieur devant les députés en oc­tobre, une dizaine de jours avant le début des émeutes à Clichy-sous-Bois.

En se retrouvant en première ligne durant les trois semaines de crise urbaine, les élus lo­caux ont fourni à Sarkozy une opportunité supplémentaire de faire la promotion de sa vi­sion du maire en tant qu’ac­teur central de son projet de loi de prévention de la délinquan­ce. « Les maires confrontés à cette explosion de violences ur­baines sans précédent se sont comportés dans cette épreuve avec un courage, une dignité et un sens des responsabilités que je veux saluer, indiquait-il dans un entretien à la Gazette des communes du 21 novembre. Au-delà des étiquettes parti­sanes, ils savent mieux que quiconque qu’il est vain de vouloir opposer la prévention et la ré­pression. » Le lendemain, Dominique de Villepin emboîtait le pas à son ministre de l’Intérieur devant le 88e congrès de l’ Association des maires de France (AMF) : « En matière d’équipements de sécurité, notamment de vidéo-surveillance, le gouvernement vous donnera des moyens juri­diques et financiers nouveaux. Vous devez également disposer d’instruments supplémentaires pour lutter contre toutes les in­fractions qui ne nécessitent pas d’ enquêtes, mais qui irritent profondément nos concitoyens : les tapages, les agressions ver­bales par exemple, qu’il faut constater et verbaliser. »

« Soutien » aux parents. Chou­chouté en parole, le maire ap­paraît comme tout-puissant dans le projet de loi remis dé­but décembre par Nicolas Sar­kozy à Dominique de Villepin. Il pourra instituer des « stages de soutien à la parentalité » et diriger des conseils « pour les devoirs et droits des familles » habilités à faire, hors procédu­re judiciaire, des rappels à l’ordre aux mineurs. Le maire pourra aussi mettre son grain de sel dans les prestations fa­miliales en mettant en place « un dispositif d’accompagnement à l’utilisation » de ces prestations.

Concernant les « incivilités », le maire aurait également la pos­sibilité de saisir le délégué du procureur (généralement un ancien policier désigné par le parquet) pour certaines infractions comme les troubles de voisinage ou les insultes, sans attendre que le procureur en prenne l’initiative. Le premier magistrat de la commune aura la haute main sur la nomination du « coordinateur responsable du partage de l’in­formation » entre les acteurs de la prévention et les per­sonnes qui en bénéficient.

Sous surveillance. Parallèle­ment à ce projet de loi, Nicolas Sarkozy entend également gé­néraliser les conseils locaux de prévention de la délinquance, créés en 2002, dans toutes les villes de plus de 5000 habi­tants. Le 28 novembre, il a de­mandé aux préfets d’ « aider les maires » à élaborer « leurs priorités » avant fin février et de lui « en rendre compte, avec la défi­nition d’un plan d’action, d’un calendrier et d’indicateurs de résultat ». La prévention de la délinquance est donc l’affaire des maires mais sous la sur­veillance rapprochée des lieu­tenants de Sarkozy.

JACKY DURAND