Sarkozy et la prévention

Rouge du 9/02/06

dimanche 12 février 2006


En revenant au ministère de l’Intérieur, Sarkozy a remis en chantier son projet de loi sur la prévention de la délinquance, faisant publiquement remarquer qu’ il retrouvait ce dossier dans l’ état où il l’avait laissé, histoire de dire que de Villepin n’avait rien fait. Son projet est ressorti à l’ identique en décembre 2005, en y ajoutant une nouvelle version de la loi anticasseurs comme réponse aux événements des « banlieues » : les populations des quartiers défavorisés sont désignées comme potentiellement délinquantes et il s’agit pour Sarkozy d’ en finir avec l’ « excuse sociale » de la délinquance. On passe au traitement policier et pénal de la « fracture sociale » et à la criminalisation de la pauvreté. La vidéosurveillance est généralisée, les sanctions judiciaires sont renforcées, l’âge pour être incarcéré est abaissé à 13 ans. En ce qui concerne les renseignements sur les jeunes et les familles concernés, le maire est au centre du dispositif, les travailleurs sociaux sont obligés de « partager » les informations, ce qui constitue une remise en cause du secret professionnel, les bailleurs sociaux sont autorisés à dresser des procès-verbaux de troubles de voisinage, etc. Pour couronner le tout, il faut ajouter la mise en place de la rééducation familiale avec des conseils pour les droits et devoirs des familles, la mise sous « tutelle » municipale des prestations familiales, la coopération police-éducation nationale, les services de PMI et la pédopsychiatrie (par ailleurs sinistrée) qui sont appelés à dépister dès l’âge de deux ans les futurs délinquants sur la base de « tests » issus de la psychiatrie anglosaxonne, et notamment américaine, dont le Texas, dirigé par G. W. Bush, a été le précurseur il y a une vingtaine d’années. Enfin, tout récemment, et répondant ainsi aux demandes du député Bénisti, un comité interministériel pour la prévention de la délinquance a été mis en place. La mobilisation a commencé parmi les professionnels de l’action sociale. Le collectif national unitaire contre la délation travaille à une mobilisation pour le mois de mars, mais c’est l’ensemble des forces du mouvement ouvrier et démocratique qui sont concernées par le projet de société que dessine ce texte.

Roland Foret