SNPES-PJJ/FSU_PREAVIS DE GREVE 10 MAI 2006+TRACT APPEL A LA GREVE

samedi 29 avril 2006

Syndicat National des Personnels de l’Education Surveillée Protection Judiciaire de la Jeunesse Fédération Syndicale Unitaire Secrétariat National : 54, Rue de l¹Arbre Sec ­ 75001 Paris Tél : 01 42 60 11 49 - Fax : 01 40 20 91 62 site : www.snpespjj-fsu.org Mél : Snpes.pjj.fsu wanadoo.fr


Paris, le 26 avril 2006

CONTRE LE TOUT CARCERAL

POUR DEFENDRE NOS MISSIONS EDUCATIVES

TOUS EN GREVE LE 10 MAI 2006

La circulaire mobilité 2006 qui vient de sortir consacre près de 30 % des postes à la mise en place des dispositifs d¹enfermement : CEF, EPM.

Le gouvernement veut absolument afficher la mise en place de la mesure phare contenue dans la loi Perben I : les établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM). C’est ainsi que les trois premiers EPM doivent ouvrir avant la campagne pour les élections présidentielles de 2007 et que la PJJ décide d¹y affecter des personnels avant même qu¹ils soient construits.

Ces ouvertures à marche forcée sacrifient l¹existant. Pour dégager les moyens nécessaires aux EPM, l’administration multiplie les fermetures de foyers éducatifs, envisage de fermer de nombreux « tiroirs » lors des CAP, refuse de remplacer les personnels qui seront affectés dans les EPM, prévoie le recrutement de nouveaux contractuels.

Ces ouvertures concrétisent aussi une conception de la prise en charge des adolescents en difficulté radicalement opposée à celle qui, depuis la création de la PJJ, lui a donné une identité forte et des pratiques professionnelles reconnues.

Nous devons résister à cette politique, car autrement, c¹est dans une tout autre institution que nous serons appelés à travailler demain. Celle-ci a déjà existé dans le passé et des modèles similaires existent dans d¹autres pays. Elle a prouvé et prouve encore son inefficacité pour aider les adolescents en difficulté qui commettent des délits. De plus, elle est, l¹histoire nous l¹a démontré, génératrice de violences.

Demain, travailler en EPM, cela signifiera :

- Participer à la gestion de l¹incarcération, alors que notre travail consiste à éviter aux jeunes d¹aller en prison.

- Exercer dans un service inscrit dans un établissement de l’administration pénitentiaire et dont le niveau d¹autonomie sera inévitablement restreint par la logique de l¹univers carcéral. D¹ores et déjà, la proposition de la PJJ de supprimer le placement en quartier disciplinaire n¹a pas été retenue dans les projets de décret portant sur le nouveau régime de détention des mineurs.

- Faire partie, pour les éducateurs, d¹un binôme éducateur/surveillant avec des fonctions interchangeables et confondre ainsi la contention et l¹éducation.

- Gérer les procédures disciplinaires en les habillant d’une parole éducative dans le but d’adapter ces sanctions à la spécificité des adolescents. Alors que, dans le même temps, on constate combien le point de vue éducatif est disqualifié face au durcissement du traitement des adolescents en difficulté.

- Entretenir l¹illusion d¹une insertion sociale et professionnelle enfin réussie grâce aux moyens importants alloués aux EPM, alors que la grande majorité des jeunes incarcérés, dans le cadre de la détention provisoire, l¹est pour des courtes durées. Par ailleurs, ces adolescents ont besoin de se confronter à la vie en société pour évoluer.

- Participer à la marginalisation du rôle des services de milieu ouvert qui, à partir de l¹extérieur, maintiennent le lien et ont vocation à préparer la sortie et maintenir la continuité éducative.

- Participer à l¹instrumentalisation des services d¹hébergement qui seront transformés en foyers d¹application des peines.

Ne nous laissons pas tromper par les discours-alibi de la direction de la PJJ. Pourquoi fallait-il créer 420 nouvelles places de détention, s¹ajoutant à celles des quartiers mineurs restants, au prétexte d¹améliorer les conditions de détention des mineurs, si ce n¹est pour augmenter l¹incarcération ! On n¹a jamais vu des nouvelles prisons rester vides.

Ne laissons pas disqualifier notre travail en laissant l¹administration affirmer que les mineurs incarcérés n¹étaient pas suivis avant la mise en place des nouvelles orientations.

Dénonçons cet oubli de l¹histoire, sciemment organisé par la direction, qui permet d¹occulter les raisons ayant conduit à créer une administration indépendante de l¹administration pénitentiaire en 1945. Ce qui nous est présenté comme une réforme moderne est en fait une vieille solution. N¹oublions pas que les services de l¹Education Surveillée au sein des prisons ont existé jusque dans les années 70 etŠ ont été fermés.

Dénonçons l¹absence de transmission du savoir faire professionnel qui favorise l¹appauvrissement des pratiques et toutes sortes de dérives comme celles qui consistent à « investir l¹espace éducatif en EPM » ainsi que le prône le projet de fonctionnement des EPM, élaboré par l¹administration. Car si un suivi éducatif des jeunes incarcérés est nécessaire, considérer les prisons quasiment comme des lieux d¹accueil et d¹hébergement participe d¹une banalisation extraordinaire de l¹incarcération.

Si, aujourd¹hui, tant de moyens sont consacrés à l¹édification de nouvelles prisons au lieu de les attribuer au développement de l¹existant, c¹est que le gouvernement et la direction de la PJJ considèrent que c¹est par la mise à l¹écart des jeunes en difficulté que l¹on peut les éduquer et les réinsérer et que les professionnels seront aidés dans leur tâche par les murs de la prison et les moyens de la contention. C¹est donc une véritable instrumentalisation des personnels de la PJJ, de leurs missions et de leurs pratiques, qui se met en place pour servir toute une politique à l¹égard de la jeunesse en difficulté. Une politique qui substitue la punition et les méthodes comportementalistes à une ambition sociale s¹inscrivant dans la durée et incluant le risque éducatif.

Le Ministre de la Justice a déclaré « vouloir organiser la détention autour de la salle de classe ». Ainsi, il dessine cette politique qui préfère octroyer des moyens à la prison plutôt qu¹à l¹école ou encore à la prévention. Une politique conforme à toutes les mesures sécuritaires mises en ¦uvre aujourd¹hui qui pénalisent les populations les plus fragilisées par le délitement du lien social et le développement de la pauvreté.

C’est parce que le SNPES-PJJ se revendique des valeurs portées par la philosophie qui avait présidé à la création de l¹Education Surveillée, parce qu¹il assume une histoire qui, grâce à la séparation d¹avec l¹administration pénitentiaire, a permis à cette même institution d¹imaginer des réponses éducatives pertinentes pour les adolescents en difficulté, qu¹il combat aujourd¹hui son retour à l¹administration pénitentiaire finalisé par les EPM.

Combattre la mise en place de ces EPM est donc une des raisons qui fait que le SNPES-PJJ, avec le Syndicat National des Psychologues (SNP), appellent l¹ensemble des personnels à être en grève le 10 mai prochain, date à laquelle débutent les CAP de mobilité, et à se mobiliser sur la période de leur tenue pour combattre ces régressions et défendre l¹existant.