« Redéfinir la notion de secret professionnel »
« Créer une culture du secret partager, »
Ou comment remettre dans le « droit chemin »

dimanche 6 février 2005


Il existe depuis octobre 2004 un rapport intitulé : Rapport péliminaire de la commission prévention du groupe d’études parlementaire sur la sécurité intérieure.

« Rapport BENISTI : une vision humaine de la jeunesse »

Ce rapport a été remis à M Villepin en novembre 2004. Le texte de ce rapport effrayant est l’aboutissement de la logique qui préside aux discours qui se déversent à plein tuyau aujourd’hui et dans le fil de ce que nous combattons depuis la réaction initiée par la création des forums psy face à la volonté d’éradication du terme psy.

Il s’agit d’un document de 60 pages dont les 20 premières constituent le rapport lui-même établi à partir de réunions de concertation, rapport remis au ministre de l’intérieur. Son thème central est la délinquance appelée parfois déviance. Ici nulle trace d’une clinique ou d’un quelconque discours qui ferait référence la psy, nous sommes dans une vision qui ramène l’être humain à un individu à adapter, on serait tenter de dire dresser. Ce rapport commence tout de suite par annoncer la couleur, il se veut efficace, « en rupture avec les politiques mises en oeuvre jusqu’à maintenant » (p4) dont on dit un peu plus loin qu’elles ont voulu acheter la paix sociale.

Le ton est donné « nous devons sortir de l’aspect simplement social et caritatif de la prévention pour mettre en place une politique ambitieuse fondée sur une politique d’intérêt général et de résultats »(p4).

Ce texte justifie ainsi en quelques phrases de son introduction le combat que nous menons contre la volonté de contrôle, pour le maintien des droits du sujet à l’intime, au secret . Il est une attaque contre les psychologues rangés sans doute dans le social ou le caritatif, jamais mentionnés dans le rapport où l’on ne trouve que les pédopsychiatres à qui on propose de se ranger sagement sous l’autorité du maire. La raison en est que ce texte se fonde sur la notion de troubles de comportements, laquelle nous l’avons vu est au cœur des rapports INSERM sur la santé des enfants et des adolescents et les moyens de la préserver ou sur la prévention de la dite santé chez ces mêmes enfants et adolescents.

Ce texte parce qu’il évacue toute dimension psychique ne peut qu’aboutir à une logique déjà présente dans le titre par le lien prévention/sécurité intérieure : il produit la ségrégation, l’organise, et la planifie, ainsi que les réponses en terme d’idéologie concentrationnaire. Il se trouve ainsi en totale correspondance avec le projet de loi Perben qui avait soulevé l’émoi des acteurs sociaux et des démocrates.

Qu’on en juge La méthode d’analyse est celle du chiffre qui parle, la statistique indiquent que les problèmes de délinquance arrivent à partir de 13 ans, il s’agit de savoir pourquoi, le plus tôt possible pour y remédier. L’objectif est fixé, il y a un problème il faut trouver une solution. On ne se perd pas dans des considérations dialectiques ou autres, les signifiants maîtres sont « efficacité, sécurité, harmonie, homogénéité, mutualiser, centraliser autour d’un responsable, cibler, endiguer ». Enfin, il faut « fédérer les compétences et assurer un suivi de chaque cas individuellement car aujourd’hui chaque intervenant n’a qu’une facette et non une vision d’ensemble ».

La courbe et déviance et son explication

La méthode sera celle de la traçabilité. Est exemplaire à cet égard qu’aussitôt faite l’introduction, on passe à un schéma, (page 7) « courbe évolutive d’un jeune qui au fur et à mesure des années s’écarte du « droit chemin » pour s’enfoncer dans la délinquance. » Ce qui fait froid dans le dos c‘est bien cela, on, a objectivé par le chiffre, le diagramme, le point d’écart d’avec la norme. Cela devient scientifique

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courbe Benisti

Voilà l’enfant et l’adolescent enfermé dans une évolution linéaire. Le mode d’entrée ? la langue ! Tout d’abord comme jadis on interdisait aux enfants de parler le patois en entrant à l’école, on va obliger les mères étrangères à parler français à leurs enfants, qui ne doivent connaître que cette langue.(Notons au passage les relents racistes : « les pères qui exigent souvent le parler patois de leur pays à la maison », l’affirmation que la délinquance est liée à l’immigration). Ce texte est sous l’égide de la haine de l’étranger.

Il y a ici la plus grande violation de l’intime, au sujet qui utilise sa langue pour traduire ce qui lui vient de son corps et de sa pensée il sera interdit de le faire dans sa langue maternelle, il devra parler en français. On rêve d’une police de la langue qui viendra au domicile vérifier ou de micro branchés sur des cellules spécialement mises en place dans chaque quartier. Rêve ? Pas si sûr car il est indiqué comment entre 1 et 3 ans on va procéder pour imposer cela, par la collaboration -le mot est tout à fait à sa place- des associations de mères de familles étrangères, mais aussi par « les suivis sanitaires et médicaux réguliers et l’intervention de la PMI.

Ensuite on ne doit parler qu’un seul langage « les rôles et les messages délivrés par chaque intervenant doivent être harmonisés et homogénéisés tout en identifiant clairement les missions de chacun et en leur fixant des missions précises » ; Pas de malentendu, une analyse, un objectif, des moyens fixés pour l’atteindre, la règle doit passer et s’appliquer partout. On sera dans le domaine du contrat non pas celui de la loi qui demande à être interprétée. Entre 4 et 6 ans on note que les premières difficultés apparaissent « dues à la langue, si la mère de famille n’a pas suivie les recommandations de la phase 1 » c’est-à-dire parler français. On ouvre grands les yeux, le rôle de la mère est ramené à une responsabilité dans les troubles de l’enfant celle de ne pas avoir été « compliante » aux recommandations quant à la langue. On se prend à penser qu’au train où file la ségrégation on trouvera bien des sanctions pour ces mères déviantes !

Suivent ensuite les repérages des disfonctionnement entre7/9ans, 10/12ans 13/15 ans puis au-delà de 16ans avec à chaque fois les actions à mener. Pour saisir comment cela est organisé il faut relier ce texte aux rapports Inserm sur »la santé mentales des enfants et des adolescents ou comment la protéger » On a un traitement de l’exclusion de tout ce qui sort de la norme, une organisation méthodique de la ségrégation où rien n’est laissé au hasard, à chaque cas sa case, de la moins répressive à la plus enfermante : centre d’éducation renforcée, centre d’éducation prioritaire centre de délinquance adapté avec espace de désintoxication et de post cure, centre d’éducation fermé et adapté (p12). U n contact direct avec le jeune devra être instauré de gré ou par la contrainte avec une personne formée à cet effet pour le soigner ou lui faire choisir un autre chemin que celui qu’il est en train de prendre » (P 8).

 : aux enfants qui ont des difficultés est proposé un dispositif social et thérapeutique, ou si cela n’a pas été proposé et en cas de délit « l’entrée dans la filière apprentissage d’un métier dès la fin de l’école primaire » (p11)

On trouve bien parsemée ici ou là des considérations qui feraient penser qu’on a trace d’une idée de l’existence du psychisme mais c’est pour vite retomber dans le constat qu’il y a une forclusion de celui-ci, de l’inconscient ; Tout se joue sur la scène de l’ici, du maintenant, rien n’est référé à une instance au-delà, l’Autre, si ce n’est une instance médico-éducativo-judiciaro-policière. Le jeune déviant, terme qui revient à la mode est le stigmate de la classe dangereuse du 21° siècle. Le traitement c’est l’injonction éducative, la réadaptation, avec suivi de la situation et évaluation devant un comité ad hoc qui au niveau local sera « un comité de coordination d’aide et de suivi de l’enfant qui sera composé de l’ensemble des acteurs référents » et l’on cite « le pédopsy affecté à l’établissement scolaire, le médecin scolaire, l’infirmière, le chef d’établissement, le conseiller d’éducation, l’assistante sociale de rattachement, le représentant du corps enseignant, un représentant des parents d’élèves... véritable petite milice s’occupant de la situation de l’enfant. Autant dire que la place d l’intime et du secret est totalement niée,. « Il faut redéfinir la notion de secret professionnelle et créer une culture du secret partagé »(p 5) « et le comité ad hoc cité plus haut sera un lieu non pas où l’enfant peut faire adresse mais où « sera fait un état des lieux de la situation de l’enfant et désigné un référent pour l’enfant. Un plan d’action de prévention sera alors élaboré et un suivi régulier de l’évolution de l’enfant par la convocation régulière de ce comité ».

Pour bien comprendre cela il faut avoir le schéma de départ en tête il s’ordonne en graphique et donne l’évolution de 3 ans à 23 ans avec à chaque étape les signes de délinquance et dans une progression linéaire. Et il faut comprendre cela comme une inéluctabilité si les parents n’appliquent pas la règle du parler français, si l’enfant a un comportement indiscipliné, si les parents ne « prennent pas leurs responsabilité quant à la mission d’éducation qui leu est imparti ». Le discours proposé à l’enfant et les dispositifs le parlent comme un délinquant , aucun choix pour « ceux qui montrent des troubles comportementaux »(p 9) Comme dans les rapports INSERM et le BO46, les parents sont mis à contribution « dès qu’un comportement ‘déviant ‘ est constaté la première chose à faire est d’en informer les parents et de les impliquer le plus tôt possible en leur délivrant le message de l’intégration ». Voilà une singulière façon de concevoir l’intégration qui ne s’embarrasse pas des débats qui jusqu’ici traversaient cette notion et témoignaient au moins qu’elle n’était pas sans être source de division. Là c’est Intégrez-vous, si cela ne va pas c’est que vous ne l’êtes pas et on va vous apprendre.(« S’il existe un code civil sur la responsabilité des parents ... l’institution judiciaire a beaucoup de difficultés à l’appliquer car souvent il n’est pas possible de réunir les éléments de preuve caractérisant l’infraction » (p 18) Il y a là sous une prose qui se veut propre les relents de la cuisine de la propagande telle que nous l’avons connue aux pires heures de notre histoire. Exagération ? Il suffit de se souvenir des livres choisi en fonction du message à faire passer aux enfants dans les recommandations du BO 46, des actions proposées aux instits en maternelle ou primaire pour faire passer le message du bien être .(p 15/16])

D’ailleurs on indique bien que les pédopsychiatres devraient être plus présents, formés à la question scolaire qu’il faut « à la maternelle développer la culture du dialogue avec les pédopsychiatre...afin de détecter très tôt tout comportement ou attitude qui pourrait par la suite devenir violente ou pousser l’enfant à l’échec scolaire » (p 16)qu’il « faut revoir la formation en IUFM par des enseignements à la pédopsychiatrie... »(p 17)

Au bout de la scène un surmoi incarné dans le réel, les instances judiciaires et policières pour lutter contre la criminalité organisée définie comme le grand banditisme, mais aussi les petits trafics dans les cités. Jeunes : criminels, délinquant, déviant en puissance ? On le voit avec l’organisation des placements ou de la scolarité, c’est à chaque fois un label sous lequel on range l’enfant ou l’adolescent en difficulté.

On comprend aisément l’acharnement à vouloir supprimer le terme psy et ne parler que de thérapie et « la volonté de Formater les psychologues pour en faire les agents d’une normalisation généralisée. » Philippe Cousty Psychologue Bordeaux


9 Messages de forum

  • Excellent article !
    Il me manque toutefois quelques références :
    Où est-il possible de trouver le rapport de l’inserm dont il est question ?
    Qu’est-ce que le BO46 ?

    Et enfin : quelqu’un aurait-il les coordonnées de Marcel Rufo, pour lui demander ce qu’il pense du rapport Bénisti (puisque celui-ci s’appuie sur certains de ses propos) et ne pourrait-on pas lui transmettre le texte de Philipe Cousty ?
    Nath

  • Ce qui m’effraie en tant que professionnelle du social, c’est l’abandon du questionnement sur les causalités de la déviance, qui nous le savons sont multifactorielles.

    Nous travailleurs sociaux, thérapeutes, sociologues, nous étions longuement interrogés sur ces causalités de la délinquance pour sortir du linéaire, nous avons croisé nos regards. Lorsque nous avons atteint les limites de la compréhension de la thérapie individuelle, nous avons cherché à comprendre le fonctionnement du système familial dans sa circularité gràce à l’outil systémique.
    La sociologie de Marx, puis de Bourdieu, nous ont fait approcher les causalités de la misère sociale, et ses effets.

    Michel Foucault au travers de son « Histoire de la folie » nous a fait connaitre les limites et les ravages des politiques d’enfermement.
    Ces influences diversifiées, si elles ne nous ont jamais apporté de certitudes, nous ont aidé à construire une déontologie.

    Au travers de ces questionnements multi-disciplinaires, nous avons tenté de comprendre, soutenir, établir une relation de confiance, voire de solidarité avec les publics que nous rencontrons dans notre champ professionnel.

    Le questionnement a été notre carburant. Nos réponses ont été des tentatives, que nous avions voulues sincères, car nous savions que l’être humain ne correspond pas à une « science exacte ».

    Notre parcours dans le social nous a appris la modestie et la remise en question. En effet nul ne peut prévoir à quel moment se produira « le déclic » qui permettra à la personne que nous suivons d’avancer.

    Ce qui m’effraie le plus au travers de ce rapport Benisti c’est l’absence de prise en considération de l’être humain dans sa singularité et sa difficulté. Il s’agit de « formater ».

    Les ficelles de cette grossière justification pseudo- scientifique, avec cette courbe ahurissante ne nous échappent pas.

    Il est donc question d’éradiquer toute référence aux causes sociales de la délinquance, et par là même tout questionnement pouvant conduire à une critique du capitalisme.
    De la même manière que les politiques sécuritaires s’inspirent de la tolérance zéro en vogue aux Etats Unis, les « thérapies brèves » empruntées au comportementalisme deviennent peu à peu le crédo des politiques sociales. Les electrochocs des années 50, font un retour en force sous le terme « d’electro-narchose »

    Il est question à présent de creer une rupture entre le médical et le social, de mettre chaque individu ayant recours au soin, dans une petite case, honni soient les incasables...Un pas en avant vers « Le meilleur des mondes »

    Quelles compétences seront donc requises pour ce formatage ? Certainement pas celles de nos professions sociales, dites « canoniques », encore empreintes de déontologie et de valeurs solidaristes.

    Il faudra bien gommer cette culture du social,issue du questionnement du front populaire, et formater en même temps que ceux dont ils surveillent les courbes ceux qui seront chargés d’assurer ce contrôle social sans précédent.

    Une seule solution la résistance

    Au travers de ce constat, nous devons élargir notre champ de résitance. Nous devons trouver un dénominateur commun de lutte entre les enseignants qui s’opposent à l’application des politiques sécuritaires au sein de leurs établissements, les travailleurs sociaux qui luttent contre la constitution de fichiers et la délation, les syndicats et organisations impliqués dans la lutte contre le projet de loi de prévention de la délinquance et enfin les services sociaux et de PMI qui risquent d’être en priorité instrumentalisés si le rapport Bénisti était mis en application.

    Grâce à la mise en place de ce front commun de résistance, nous pourrions instaurer un rapport de force.

  • Expliquer en quelques lignes les notions qui se rattachent au secret professionnel en faisant la distinction entre ,le secret partagé, la discretion professionnel et le devoir de réserve, ainsi que deux exemples de situations ou il y a rupture illégale du secret professionnel

    • le secret professionnel est une notions fondamentales dans plusieurs metiers mais sa definition reste encore vaque .Ce que l’on sais c’est que c une ligne de conduite pour le medecin ,un devoir et pour l’usager un droit que son medecin doit respecter sous peine d’une punition severe par la loi et il est de meme pour tout ceux qui on se devoir envers qui que se soit .Je fais une formation de secretaire medicale a distance et je ne suis qu’au debut de cette formation alors si vous avez des sites ou bien des liens a me transmettre qui pourrais m’aider merci de me les transmettre.