Rapport Thélot : un nouveau pré-projet pour l’école à surveiller de près

Observer, repérer, dépister, signaler : une nouvelle pierre à l’édifice

vendredi 22 octobre 2004

« Mutualisation des informations » à la place d’« information partagée », contractualisation des établissements scolaires et des communes sur le modèle des contrats éducatifs locaux, intensification du travail avec la police et la justice : un rapport fabriqué à base de « copier-coller »


Le rapport Thélot, intitulé « Pour la réussite de tous les élèves », a été rendu à J.-P. Raffarin le 12 octobre dernier, et servira de base à la prochaine loi d’orientation sur l’éducation programmée pour début 2005.

Les points évoqués par la commission à l’origine de ce rapport sont nombreux et les champs concernés, vastes. Impossible donc de tout détailler mais voici ce qui peut être mis en avant :

- L’objectif du taux des 80% d’une classe d’âge arrivant au bac serait remplacé par un « socle commun de l’indispensable » correspondant aux savoirs que tout jeune citoyen doit maîtriser à la fin de sa scolarité obligatoire. Exigences revues à la baisse donc, ce qui n’est pas sans rappeler le « SMIC culturel » prôné par la commission Fauroux.

- Parallèlement, le projet réclame un nouveau statut du lycéen professionnel (alternance sous statut scolaire, par un dispositif de rémunération traduisant la place « intermédiaire » du lycéen professionnel entre scolaire et apprenti). Cela fait suite à deux autres rapports qui ont déjà préparé le terrain pour que les entreprises puissent embaucher à moindre coût des jeunes : celui de Dutreil « moderniser l’apprentissage, 50 propositions pour former plus et mieux », , secrétaire d’état missionné en juin 03 par Raffarin, et les « Propositions pour améliorer le processus d’orientation et les procédures d’affectation au lycée professionnel », rapport de l’IGEN de décembre 2003. On y trouvait déjà l’idée d’augmenter le nombre d’apprentis, de ne les payer que 33% du SMIC au lieu des 41% actuels, de pouvoir faire travailler un jeune dès 14 ans, de simplifier et alléger les règles concernant l’emploi des mineurs dès 15 ans etc.

- Le secteur social n’est pas oublié, étant « un des secteurs d’avenir les plus porteurs en terme d’emploi pour les prochaines décennies » ; la commission propose donc la création de filières dès le lycées et de formations tournées vers « l’accompagnement aux personnes », terme totalement creux dont on peut se demander ce qu’il nous réserve.

- Pour tout ce qui concerne les « jeunes en difficultés », la commission se base sur l’idée d’un « partenariat pertinent », ce qui fait craindre le pire. Les enseignants seront là pour « dépister » les difficultés et les troubles grace à des « outils » qui leurs seront fournis. Exit le RASED : les prises en charge se feront à l’extérieur du milieu scolaire (services sociaux et médicaux). Le dispositif de « veille éducative » est en effet réaffirmé, avec un « signalement précoce de problèmes éventuels à un groupe de pilotage, et par la mutualisation des informations pour assurer la prise en charge en amont des jeunes en difficulté ». La commission recommande par ailleurs d’intensifier les partenariats entre les établissements scolaires , la police et la justice. Elle considère en particulier que l’existence d’un référent police ou gendarmerie constitue à cet égard un partenariat efficace.

C’est-à-dire que tout enfant qui ne sera pas étiqueté du côté trouble mental potentiel le sera du côté du criminel en herbe.

- Tout cela est bien entendu sous-tendu par la décentralisation qui, comme chacun sait, nous promet un avenir radieux : projet local d’éducation basé sur une contractualisation entre la commune, l’établissement, les parents, les associations, sous la forme de contrats éducatifs locaux.

On voit donc que l’école que nous prépare cette future réforme n’a plus rien à voir avec une institution permettant à l’élève d’acquérir des connaissances, de développer son esprit critique, sa singularité ; à partir de maintenant, il sera formaté à coup de stages éducatifs et de prozac à rentrer dans la norme et à travailler le plus rapidement possible pour les entreprises locales ou dans les « secteurs d’avenir » à moindre coût.