Rapport Benisti

Extrait de l’État des droits de l’Homme en France - édition 2005

mardi 15 mars 2005

préface de Michel Tubiana, Président de la Ligue des Droits de l’Homme : sur le rapport Benisti (on trouve l’intégralité du rapport sur le site antidelation


« Au-delà du renversement de la raison qui fait de la répression le premier acte préventif, selon la conception gouvernementale de la prévention, le rapport parlementaire présenté en octobre 2004 sur ce sujet par M. Jacques-Alain Benisti, député UMP du Val-de-Marne, révèle l’ostracisme et le mépris dont toute une partie de la population, jamais nommée mais parfaitement identifiable, fait l’objet. C’est ainsi que l’on peut lire dans ce rapport que « les parents, et en particulier la mère, [.] d’origine étrangère devront s’obliger à parler le français dans leur foyer pour habituer les enfants à n’avoir que cette langue pour s’exprimer ». Le même député considère d’ailleurs que ces langues étrangères ne sont qu’un « patois du pays ».

Personne ne discute l’utilité de parler français : mais que signifie cette volonté de nier la réalité et le droit de parler une autre langue que le français ? M. Benisti considère-t-il que les enfants bilingues sont nécessairement en situation de future délinquance ? Sans doute pas lorsqu’il s’agit de pratiquer l’anglais, mais certainement lorsqu’il s’agit de pratiquer les autres langues, ces « patois du pays », rang auquel sont relégués, sans aucun doute, l’arabe, l’espagnol, ou le portugais ! Peu importe d’ailleurs si les parents de ces futurs délinquants ne pratiquent qu’un français approximatif, parce qu’ils n’auront pu bénéficier d’aucun enseignement. Ils sont fautifs, puisque étrangers ou d’origine étrangère. Quant à leurs enfants, il conviendra de les exclure du système scolaire traditionnel pour les faire entrer « dans la filière d’apprentissage d’un métier dès la fin de l’école primaire ». Ce qui s’exprime dans cette démarche, ce n’est pas le souci de prévenir la délinquance, mais de stigmatiser une population déjà largement discriminée. Elle est alors enfermée dans une succession de stéréotypes, qui vont des banlieues à la délinquance et aux tournantes, en passant par le sexisme, l’intégrisme et le terrorisme. »