Projet de réussite éducative : une mobilisation insuffisante

mercredi 21 mars 2007

La loi sur la prévention de la délinquance est une pièce majeure du dispositif de gestion des populations qui se met en place. Elle n’est pas la seule.


Le dispositif « Projet de réussite éducative » en fait partie. Il est prévu par la loi de programmation du 18 janvier 2005.

A travers l’application qui en est faite, on peut constater que ce projet « responsabilise » les familles dans le mauvais sens du terme, en leur faisant porter tout le poids de leurs déficiences, et les déresponsabilise de fait quant à leur capacité de faire face à leurs difficultés.

On peut constater un fichage des enfants et des familles à travers des « grilles de repérage » des difficultés, dont les rubriques n’appellent que des réponses réductrices, liées à la subjectivité de la personne qui les remplit, et dont on ignore au juste quel usage peut-en être fait, jusqu’où et combien de temps les jugements, appréciations… portés sur la famille pourront fonctionner comme des « étiquettes » qui n’ont jamais rien apporté à personne.

Ensuite une équipe éducative détermine quelle est « la » solution aux difficultés présentées par l’enfant.

Puis des « référents » sont chargés de faire avaliser la solution par la famille (qui doit s’engager par écrit), d’accompagner sa mise en œuvre, et de rendre compte de son exécution.

Ce dispositif repose sur l’injonction ; les familles n’ont plus droit à la parole, ni quant aux difficultés qu’elles éprouvent, ni quant aux solutions qu’elles pourraient envisager.

Elles n’ont plus affaire à un travailleur social mais à un référent qui n’est plus qu’une courroie de transmission.

Ce dispositif, où les familles ont perdu tout anonymat, est placé sous la responsabilité des maires. N’est-ce pas quelque part le projet « loi contre la prévention de la délinquance » qui est déjà en application ?

Il est étonnant qu’il n’y ait pas plus de mobilisation, de dénonciation du « Projet de réussite éducative ». Peut-être parce que ses effets pernicieux viennent moins des textes en eux-mêmes que de leur application. C’est pourtant à travers ses dispositifs un nouveau modèle de gestion des relations sociales qui se met en place, dans un consensus général.

Avez-vous connaissance, les uns et les autres, du fonctionnement de ces dispositifs ? Faites-vous les mêmes constats ? Comment pourrions nous réagir ?


3 Messages de forum

  • Il ne s’agit pas de trouver « la » solution, mais d’envisager les choses (besoins, difficultés)de façon globale. C’est à dire de faire en sorte que ce ne soit pas seulement au niveau de l’éducation nationale que l’on définisse les actions à mettre en place. Ensuite, le coordonnateur est le garant de ces données personnelles, et il n’est aucunement obligé de transmettre des listes et des fiches individuelles à qui pourrait bien le demander !!. Il s’agit de l’intégrité du coordonnateur et de son bon sens là je suis d’accord. La globalité, le partenariat permettent de faire avancer les choses, les actions en deviennent plus cohérentes et en harmonie avec les attentes, les besoins du public. Le tout est de bien définir les choses(contraintes, objectifs, désaccord,...) à la mise en place.

  • je connais ce dispositif pour en etre l’un des coordonnateur dans ma ville.
    je ne sais pas encore comment d’autres travaillent, mais pour ma part la Mairie n’a absolument pas accès au nom, la famille assiste aux reunions pluridisciplinaire qui permette de penser a des solutions, rien ne se décide en les forçant, ils ont leur mot a dire et la majeur partie du temps c la famille qui est force de proposition pour une orientation, une solution, et je la soutiens juste pour la mettre en place.
    peut-etre est ce different ailleurs, mais je pense que mon role n’est ni de stigmatiser ses familles ou de les fragiliser... mais de leur montrer a quel point elles portent les solutions !

  • Le projet de réussite éducative comporte effectivement de nombreux risques.
    Tout dépend essentiellement de la volonté politique qui sous tend son utilisation (et bien sur également de la conscience professionnelle, éthique, déontologique, du coordinateur et du réseau partenariale ...).
    De ce fait, de grandes disparités d’applications peuvent être observées, allant de la volonté de soutien et de respect du principes d’anonymat... à la volonté de développer le contrôle social...
    Pour info, dans les Yvelines nous avions consacré une réunion débat sur ce thème. A l’issue de la soirée, les avis étaient assez divergents entre participants, même si tous pensaient que la loi devrait encadrer plus strictement ce dispositif par l’obligation d’une charte de confidentialité ou d’anonymat. Ces divergences d’application et de regards peuvent être un élément d’explication au fait qu’il n’y ait pas eu de mobilisation collective contre ce dispositif...
    Pour info, le compte rendu de la réunion est en ligne sur le site...

    Voir en ligne : CR réunion Réussite éducative