Prévention de la délinquance : La mobilisation s’organise !

« Rouge » du 14/10/04

vendredi 22 octobre 2004


Voir en ligne : http://www.lcr-rouge.org/article.ph...

Alors que Villepin, ministre de l’Intérieur, confirmait la préparation, conjointement au ministre de la Justice, d’un « grand projet de loi de prévention de la délinquance », qui sera déposé en Conseil des ministres en fin d’année, le Collectif national unitaire, créé début 2004, en réaction aux premières moutures de ce texte liberticide et sécuritaire initié par Sarkozy, invitait l’ensemble des collectifs locaux à une journée de débats à Paris samedi 2 octobre. Après une année de mobilisation sans précédent des salariés du secteur social, avec une manifestation rassemblant plus de 20 000 personnes à Paris le 17 mars dernier, les collectifs venaient chercher un second souffle et témoigner des actions locales entreprises et des dynamiques en cours. Les 30 collectifs locaux représentés par une centaine de délégués sont majoritairement composés de syndicats (CGT, FSU, Solidaires), d’associations - telles que la LDH, AC !, l’Association nationale des assistants de service social (ANAS) - et parfois d’autres organisations comme le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la CNT, la CFDT, la FCPE, le Mrap et de personnes « non organisées ». Les partis politiques y sont très rarement représentés. Les activités principales des collectifs consistent en une diffusion régulière de tracts d’alerte et de pétitions auprès de la population et des professionnels des secteurs pour signaler la dangerosité du projet de loi. Des demandes d’audience sont aussi envoyées aux députés, maires et conseils généraux. Les rares réponses dénient l’existence d’un tel projet, d’autres y sont pour la plupart favorables, seuls des élus communistes écrivent leur hostilité au texte et proposent des rencontres. Plusieurs collectifs (Marne, Tarbes, Loir-et-Cher) sont mobilisés pour faire échec à des dispositifs locaux, qui découlent du projet de loi, entraînant le fichage nominatif et le contrôle social des populations, et que les travailleurs sociaux se voient imposer par des conseils généraux ou des maires. D’autres collectifs dénoncent l’extension des Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) successeurs des fameux Conseils communaux de prévention de la délinquance (CCPD) créés par l’Union de la gauche en 1983. Ils contraignent les travailleurs sociaux à collaborer avec la police et la gendarmerie. À Lyon, la semaine d’action organisée dans le cadre de « 7,8,9 les états généraux du social » [1] prévoit une journée de grève et de manifestation le 24 octobre. L’après-midi de ce samedi fut consacré au travail en commissions. La première a permis de repositionner la fonction du travail social, qui est d’accompagner les personnes en difficulté à l’autonomie par l’accès aux droits fondamentaux. Ainsi, la repolitisation de l’intervention des travailleurs sociaux prend tout son sens, et la place de l’« usager » dans les dispositifs d’aide doit être centrale, c’est un gage de démocratie. La deuxième commission a abordé la structuration du mouvement. Les expérimentations imposées par les décideurs locaux précédant l’existence de la loi, le Collectif national deviendrait alors une coordination nationale d’actions. Pour d’autres, le Collectif national étant identifié et reconnu, il a un rôle d’initiateur. L’élargissement du mouvement s’est confronté à deux logiques, l’une considérant qu’il s’agit d’une lutte globale contre les attaques ultralibérales englobant par exemple les chômeurs, l’autre tendant à garantir la lisibilité du mouvement autour de la convergence des luttes. Tous s’accordent à reconnaître l’autonomie de chaque collectif. La troisième commission était chargée des pistes d’action. Plusieurs propositions demandent un matériel minimum commun : affiches, site Internet, temps fort hebdomadaire de distribution de tracts et de signature de pétitions. La question du soutien juridique pour les salariés déposant plainte pour atteinte au secret professionnel et constitution illégale de fichiers reste à exploiter. En session plénière, les délégués ont donné mandat au Collectif national, pour effectuer une demande de rencontre officielle à Villepin, afin d’obtenir le projet de loi, et pour organiser une manifestation nationale avant le dépôt du projet en Conseil des ministres. L’avalanche de lois sécuritaires de ces dernières années a pour but de stigmatiser des populations ciblées, perçues comme classes dangereuses, et d’utiliser comme argumentaire idéologique une montée de la délinquance pour masquer le démantèlement de l’état social. Le traitement social des populations en difficulté nécessiterait une autre politique de services publics, une autre répartition des richesses, mais cela repose sur un autre choix de société. Sarkozy, dans son style provocateur, avec son projet de loi avait lancé un ballon d’essai. La réponse fut adaptée. Villepin avance insidieusement mais avec méthode... Nous serons au rendez-vous ! Ramon Burato 1- <>