Pas de casier social pour les pauvres

paru dans Expressions Solidaires

dimanche 12 février 2006


En mars 2004, 30 000 travailleurs sociaux défilent à Paris pour exiger le retrait du projet. Cette mobilisation, ainsi que le départ de Sarkozy de son poste de ministre de l’Intérieur, donne un coup d’arrêt à ce texte. Villepin qui lui succède, plus insidieux, propose une expérimentation sur 23 quar­tiers « difficiles ». Une nouvelle mobilisation permet de faire capoter une expérience initiée par le Conseil général de la Marne qui avait demandé à tous les services sociaux d’établir une fiche nominative pour toutes les personnes rencontrées. Un collectif national unitaire (le CNU), regroupant des syndicats ouvriers ou professionnels et diverses associations ou collectifs, s’est créé fin 2003 contre le projet de loi sur la prévention de la délinquance de Sarkozy. Ce collectif dénonce la politique gouvernementale visant à mettre en place des dispositifs répressifs dont les objectifs sont de contenir tout débordement (forme d’expression de la souffrance sociale des popu­lations les plus fragilisées) : extension de la vidéosurveillance aux immeubles d’habitation, facilitation des expulsions, mise en place d’une police des transports, centres de loisirs animés par la police, possibilité, en cas d’absentéisme scolaire, de gestion des allocations familiales par le maire ou d’amendes pénales jusqu’à 750€... Politique qui entend enlever toute liberté professionnelle aux tra­vailleurs sociaux, surtout en matière de prévention spécialisée, au prétexte que ceux-ci seraient trop dans l’aide et l’accès aux droits (la prévention ne présentant aucun intérêt dans la construction de la société marchande dont le sécuritaire est un outil !). L’amalgame est constant entre difficultés sociales et délinquance. Les travailleurs sociaux doivent devenir un élément du contrôle social en acceptant le rôle de délateur, au mépris du secret professionnel, de la confiance des personnes. Ainsi, le projet de loi prévoit que « tout professionnel qui intervient au bénéfice d’une personne présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles est tenu d’en informer le maire ». Redevenu ministre de l’intérieur en mai 2005, Sarkozy reprend son projet. Certaines mesures ont été mises en place à travers d’autres lois, la vidéosurveillance, la consultation des dossiers sociaux sans commission rogatoire... la logique de ce nouveau texte est la même avec un pouvoir accru du maire. Un matraquage médiatique sur l’insécurité, sur la violen­ce à l’école, prépare les esprits sur la nécessité d’agir dès le plus jeune âge. Plusieurs rapports pseudo scientifiques (Bénisti, Hermange, INSERM...) renforcent cette idée. Le CNU prépare une nouvelle mobilisation pour le mois de mars prochain.