PLAN SARKOZY Plus de répression

L’ Humanité hebdo des 3 et 4 décembre 2005

dimanche 4 décembre 2005


Généralisation des conseils lo­caux de prévention de la dé­linquance dans toutes les villes de plus de 5 000 habitants. Présidés par les maires, ils doivent fixer chacun leurs priorités avant fin février. Ins­tauration dans chaque com­mune d’un conseil pour les droits et les devoirs des fa­milles, avec possibilité pour !es maires de faire des « rap­pels à l’ordre » aux mineurs et aux familles, de proposer des stages d’apprentissage du français, de mettre sous tu­telle les allocations des fa­milles qui n’exercent pas leurs « devoirs ». Mise en place d’internats de la réussite. Développement des classes relais. Mise en place des études surveillées obligatoires pour les « orphe­lins de 16 heures ». Enseigne­ment de l’instruction civique ,jusqu’au baccalauréat. Faci­liter l’échange d’informations entre professionnels (méde­cins, assistants sociaux, édu­cateurs, enseignants, poli­ciers...) par le biais du « se­cret partagé ». Instauration d’une contravention (jusqu’à 1 500 euros) pour les usagers de la drogue. Elaboration d’une répression spécifique de la « violence en groupes ». Réforme de l’ordonnance de 1945.

« Que vient faire le ministre de l’Intérieur dans les histoires de prévention ? »

Pour Michel Marcus, magistrat, il intervient sur des sujets qui ne relèvent pas de lui.

En tant que spécialiste des questions de sécurité, comment analyser les annonces de Nicolas Sarkozy sur la prévention de la délin­quance ?

Michel Marcus. J’ai relevé un point positif : faire des maires les coordonnateurs des actions et instituer des plans de prévention au niveau local. Jusqu’à présent, les contrats locaux de sécurité (CLS), qui al­liaient sécurité et prévention, s’intéressaient surtout aux questions de police. Si I’ on peut rétablir l’équilibre, ce serait une bonne chose. Pour le reste, ces annonces sont un fourre-tout invraisemblable.

Les maires ont-ils les moyens d’assumer ce rôle central ?

Michel Marcus. S’il s’agit d’en faire juste des coordonnateurs, pourquoi pas ? Mais s’il s’agit d’en faire de véritables patrons de la prévention, comme le prône Nicolas Sar­kory, que l’éducation nationale si­gnale les cas d’absentéisme aux mairies, je sais que la plupart des élus, même de droite, n’ont pas du tout envie de se retrou­ver avec des listes de parents d’élèves. Ce n’ est pas leur rôle. Au fond, ce qui me frappe, c’est de voir le ministre de l’In­térieur s’occuper des histoires scolaires ou de déséquilibres psychologiques des jeunes. Qu’est-ce qu’il vient faire là ? Est-ce son rôle de mener la pré­vention en France ? Je n’ai ja­mais vu ce cas de figure à l’étranger. La prévention, par nature, est interministérielle. Mais elle doit être placée sous une autorité qui reflète ces dif­férents secteurs. Donner la pré­dominance au secteur police, c’est une folie !

Que pensez-vous de la dé­tection le tôt possible des facteurs de délinquance ?

Michel Marcus. Ce n’est pas original. La majeure partie des programmes internatio­naux de prévention travaillent sur la détection précoce des signes de violence. Mais dans ces systèmes, « précoce » veut dire entre neuf et douze ans. Le faire dès l’école primaire, voire même à la crèche, c’est absolu­ment stupide ! Au lieu de mon­ter ces dispositifs. soi-disant au nom de la prévention de la dé­linquance, on ferait mieux, par exemple, de rétablir une vraie politique de santé en France. Les dispensaires, les médecins scolaires, tout cela a disparu, faute de budget. Or cela consti­tuait un réseau assez dense per­mettant la détection de ce type de déséquilibre. De même, Ni­colas Sarkozy n’ a pas un mot sur la prison qui est un milieu profondément criminogène. Où est la logique ? Sur la drogue, il se borne à instaurer une contravention. Cela refile le bébé aux polices municipales, mais en quoi s’attaque-t-on vé­ritablement au problème qui relève du secteur social ?

Entretien réalisé par L. M.