« Oui à la prévention, non à la délation »

vendredi 23 avril 2004, par Emmanuel

600 travailleurs sociaux contre le projet de loi de lutte contre la délinquance


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Manif à Rennes
600 manifestants à Rennes

600 manifestants, essentiellement des travailleurs sociaux, étaient dans les rues de Rennes pour dénoncer le projet de loi dit « prévention de la délinquance ».

Éducateurs, assistants sociaux, animateurs, infirmières, puéricultrices... Les travailleurs sociaux, ainsi que quelques enseignants, s’alarment face au projet de loi de prévention de la délinquance, notamment ce qui les obligerait à signaler les personnes « en difficulté ». Hier, ils étaient dans les rues de Rennes.

Un code barre épinglé dans le dos et un autocollant « anti-délation » sur le front. Avec des panneaux « non au fichage » ou « éducateur pas délateur ». Quelque six cents travailleurs sociaux manifestaient hier après-midi. C’est l’avant-projet de loi dit « prévention de la délinquance » initié par Nicolas Sarkozy qui les a fait descendre dans la rue.

« Ce qui nous fait réagir en premier, explique Christian Jaouen au nom du Collectif rennais de résistance sociale, c’est l’obligation qui pourrait être faite à tous les travailleurs du secteur social de signaler au maire les personnes en difficultés matérielles, sociales ou éducatives. Concrètement, poursuit l’assistant social, quelqu’un qui perd son travail, qui est malade, qui se sépare, qui connaît des difficultés financières, pourrait se retrouver sur une liste. C’est le secret professionnel et la relation de confiance qui nous permettent aussi de travailler avec certaines populations. »

« Plus largement, c’est une dangereuse confusion, insiste Éric Leclerc, un autre assistant social. À travers cela, toute personne qui connaît des difficultés devient un délinquant potentiel. Ça ne concerne pas que les professionnels de l’action sociale ou de l’enseignement mais tous les citoyens. On s’approche d’un contrôle des vies privées qui va à l’encontre des lois de la République. C’est un projet de société qui consiste à fliquer nos vies quotidiennes, c’est une dérive sécuritaire. D’ailleurs la Ligue des Droits de l’homme fait partie du collectif national qui lutte contre ce projet (1). »

Dans le cortège, on croise aussi de futurs professionnels à l’image de cette quarantaine d’étudiantes de l’AFPE de Saint-Brieuc. « Ce sont les bases de nos métiers qu’on remet en cause. » Mais plus largement, tous les manifestants insistent sur le fait qu’ils luttent pour l’avenir de la société. Comme le dit cet éducateur malouin, « on est résolument du côté de la loi, mais on ne fait pas le même travail que la police. Rien ne nous empêche d’être en relation avec elle comme c’est déjà le cas dans les commissions de prévention de la délinquance. Comme tout citoyen, nous n’échappons pas à la loi quand il y a, par exemple, un risque d’enfance maltraitée. Mais là, on touche aux fondamentaux de notre société. »

Gilles KERDREUX.