Pourquoi nos élites nous gargarisent avec des beaux discours

dimanche 1er octobre 2006

Avez-vous lu l’article de Joseph Rouzel ; « le travail social a l’épreuve du néolibéralisme », ASH du 1.09.06 ?, je trouve qu’il résume bien la subtilité avec laquelle la pensée libérale pénètre nos pratiques, et anesthésie nos réactions en enveloppant ces notions d’un joli paquet cadeaux aux couleurs sociales, humanitaires et solidaires


Le projet de loi relatif à la prévention de la délinquance présenté lors du conseil des ministres du 28 juin 2006 ; celle du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale et celles qui suivront, la philosophie qui la sous-tend me rappellent étrangement mon vécu au Chili (je suis né au Chili de père français et mère chilienne) des approches gestionnaires libérales appliqués pendant et après le Général Pinochet, n’ont pas apporté une amélioration aux inégalités les plus criantes d’Amérique du Sud, dans ce pays qui compte un taux de croissance économique proche de 6% depuis plusieurs années, la misère augmente ainsi que les privilèges de ceux qui détiennent le pouvoir, peut -on dire alors que ce n’est pas le taux de croissance qui diminuera le chômage, ou augmentera votre pouvoir d’achat, mais la volonté de distribuer équitablement ces richesses a ceux qui les ont produites. DONC : Faire partie ou pas du cercle des « privilégiés » au Chili comme en France, qui détiennent le pouvoir dans votre entreprise ou votre institution à quelque niveau qu’elle soit, peut déterminer votre possibilité de progresser dans votre carrière. Vous avez fait vos preuves, vous vous êtes investis a 150% dans la réalisation de votre métier et vous avez eu d’excellents résultats ? Malheureusement, vous n’aurez aucune reconnaissance, aucune augmentation de salaire (pourtant bien mérité...) aucune promotion, au contraire on vous persuade qu’il faut faire des économies, réaliser des objectifs de plus en plus performants avec moins des moyens, c’est-à-dire augmenter notre productivité, Cette règle semble s’appliquer de façon proportionnelle à la place que vous occupez aujourd’hui dans votre hiérarchie et qui semble s’internationaliser de plus en plus. Plus vous serez proche « du bas de l’échelle » et bien que vous fassiez votre travail avec sérieux, personne le remarquera, tout au plus on vous dira : c’est bien, mais vous pouvez mieux faire ! En revanche, plus vous approcherez du haut de l’échelle, et bien que votre travail ne soit pas fait avec rigueur, que vous ayez des piètres résultats, ou que vous ayez commis une erreur monumentale vous serez sûrement augmenté, ou vous aurez une promotion dans un placard « dorée » pour ne plus entendre parler de vous ou faire des vagues ; vous ferez peut être perdre des millions à votre entreprise et dans se cas vous verrez votre salaire augmenter de 15% à 30%, vous toucherez une indemnité de quelques milliers d’euros, voire des quelques millions si l’on vous incite à quitter l’entreprise ! Finalement vous aurez peut être un poste à responsabilité dans une autre grande entreprise parce que vos relations seront là pour vous aider. Puis vous et moi, qui constituons le gros de bataillons de salariés ou des chômeurs non moins compétents, nous voyons l’horizon bouché pour nous et nos enfants, notre insécurité salariale et sociale augmenter alors que celles des élites planétaires se sécurisent avec des « parachutes en or » leur permettant grâce a votre travail, votre activité d’avoir une retraite dorée anticipée ! Ces privilèges sont tolérés aujourd’hui par les français et les salariés du chili et du monde entier grâce au discours véhiculé par les medias, détenus en grande partie par ces mêmes privilégiés, qui exigeront de vous des efforts supplémentaires, globalement inefficaces depuis 30 ans, pour boucher le trou de la sécu (en France), pour résorber la dette extérieure du pays, les arguments ne manquent pas pour justifier des profits qui seront partagés à l’abri de ceux qui les ont produits !

Quel est le seuil de tolérance face à ces sacrifices acceptés par nous tous ? Savez vous que l’ effort consenti est plus important pour celui qui est en bas ou au milieu de l’échelle, que pour celui qui est du bon cote de celle-ci ?

Hélas, un autre constat semble se généraliser aujourd’hui dans le fonctionnement de certaines institutions démocratiques dans plusieurs pays, une façon de fonctionner, de penser, qui se généralise chez les dirigeants ; c’est celle de faire porter la responsabilité de ses erreurs sur ses subalternes ou chez l’usager ! En revanche, si par malheur vous trouvez une solution viable, ou prenez une initiative qui s’avère efficace, elle sera récupéré et mise a profit par celui qui détient l’autorité, au lieu de valoriser et récompenser celui qui a bien « fait son travail » ! Voila une des raisons de la crise d’autorité que vivent nos décideurs à toutes les sphères de la société ! Celle ci généralise parce que ils ne veulent plus assumer leurs responsabilités...récupérer ce qui est positif pour soi, sa carrière, ses intérêts personnels et reporter ce qui a une connotation négative sur ceux qui sont en position de faiblesse...se rapport ressemble étrangement a celui de « privatiser » ce qui rapporte un quelconque profit (au sens le plus large du terme) et « nationaliser » les pertes. Peut-on dire que cela ressemble à une certaine façon de fonctionner de la pensée libérale ? Ce type de fonctionnement s’appui de plus en plus sur un refus du dialogue, qui pousse les salariés à agir pour se faire entendre, pour dénoncer une injustice...ce qui n’est pas dit est toujours agit ! Nous savons que les gens qui posent des actes violents n’ont jamais été écoutés et n’ont jamais pu exprimer l’injustice qu’ils subissaient. Heureusement il y a encore des vrais dirigeants qui savent s’appuyer sur les erreurs ou celles de ses équipes pour améliorer les services rendus et progresser ! Je suis de tout coeur pour que le dialogue puisse exister et humaniser nos rapports !

D’autre part je ne suis pas foncièrement contre une certaine forme de « libéralisme », modèle dominant du 21ème siècle et auquel on peut lui imputer pas mal d’effets pervers accentués ou atténués en fonction de la personnalité de celui qui applique cette politique, à condition que ses aspects positifs profitent au plus grand nombre, exemple, en permettant a ceux qui veulent progresser en prenant des initiatives ou en s’investissant sérieusement dans son activité d’être reconnues par une progression substantielle dans l’échelle des responsabilités professionnelles, politiques, sociales ou culturelles, c’est-à-dire, faisant en sorte de dissoudre les « monopoles » [1] constitués a l’ intérieur des institutions et qui empêchent certains de progresser et d’autres d’accéder a un emploi sans avoir recours au piston ?. Ou bien appliquer des normes de qualité et améliorer les services rendus, ou les bénéfices en termes de suivi, santé, autonomie, d’insertion professionnelle ou sociale effective...seront mesurables a condition que les efforts consentis soient récompensés financièrement ou par une meilleure reconnaissance de notre travail, tel que cela ce pratique dans le secteur marchand !

Refuser donc une forme de libéralisme extrême qui pousse certains à s’autodétruire pour forcer l’opinion à prendre en compte leur situation ; à forcer le dialogue... ! C’est le cas de se jeune couple qui s’immole au Chili [2] devant le Palais de la Moneda (L’équivalent du palais de l’Elyssée en France) pour dénoncer les conditions misérables de vie qui menaient depuis un an après avoir été licenciés ! Ils étaient les gardiens du stade municipal de la ville de Pudahuel.

Malgré nombreuses tentatives d’aide demandés à leur employeur, le maire ; alcalde Johnny Carrasco, ne les a jamais reçus ni écoutés. Ils n’avaient pratiquement rien à manger depuis un an. Cet exemple est propre des sociétés ou les mécanismes de protection de populations, sécurité sociale, allocations chômage ; etc. sont quasi inexistants car toujours sacrifiés sur l’autel d’un libéralisme privilégiant la rentabilité a outrance ! Le Chili est l’un des pays ou les préceptes de libéralisme le plus orthodoxe ont été le mieux appliqués ! C’est ce modèle là que nous voulons instaurer en France aujourd’hui ? Privatiser a tout va pour réaliser des gains qui devraient combler notre dette, mais que en vérité ne servent que les intérêts des plus forts... « L’affaire des autoroutes est éclairante : en vendant les sociétés concessionnaires l’Etat a empoché 14,5 milliards d’euros, alors qu’il pouvait, selon Bercy, escompter toucher en vingt ans 40 milliards des recettes des péages »... [3]. Alors, peut-on dire que avec les mêmes politiques et les mêmes responsables depuis 30 ans, nous pouvons espérer des changements radicaux, allant dans le sens d’une amélioration du niveau de vie des plus en difficulté ?

Hernandez Andrés ; Bordeaux le 25.09.06


Notes

[1] Monopole : au sens d’une restriction volontaire de la concurrence, rendant le monopole a l’échelle locale ...LEGAL, en opposant des barrières à l’entrée, à la sortie et à la mobilité. Voir définition sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/monopole.

[2] Journal el Mercurio ;Chili

[3] Se référer a l’article « Ceux qui possèdent la France » Marianne N°488, 26 août au 1er septembre 2006.