Nicolas Sarkosy : La république des corbeaux

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samedi 17 juin 2006

10 juin 2006

par Jean Dornac


Ainsi donc, N. Sarkozy, jamais en manque d’idées malfaisantes en vue d’asseoir pour longtemps son possible pouvoir totalitaire, veut nous imposer, si le pays a le malheur de lui donner une majorité conséquente aux prochaines présidentielles, le « témoignage anonyme »...

J’espère que nous sommes très nombreux, dans ce pays, à réaliser la gravité exceptionnelle d’une telle proposition, d’une telle pratique.

J’espère aussi que nous sommes le plus grand nombre à réaliser, avec le recul que nous avons désormais, que, loi après loi, le ministre de l’Intérieur construit avec la complicité de l’UMP un cadre de lois fait pour son pouvoir, un pouvoir qui ne pourra être que policier, donc totalitaire. En outre, lorsque nous voyons la mentalité désastreuse de ce ministre sur le plan de l’humanisme, même le plus simple, on comprend que nous entrons dans une période noire de notre histoire, pas la première du genre, hélas, tout au moins si nous laissons faire et surtout si nous laissons arriver cet individu au pouvoir.

L’essentiel du cadre des lois Sarkozy, les unes après les autres, s’articule autour de la délation, chose qui est fondamentalement abjecte.

La loi sur la délinquance en est le plus cruel exemple, loi qui veut obliger les éducateurs de tous milieux à devenir, par force de loi, des délateurs officiels ; loi qui veut obliger les maires à devenir complices du « tout répressif », surtout à l’égard des familles pauvres, immigrées ou sans-papiers. Et il paraît, selon certains sondages (dans la mesure peu probable où on peut encore leur faire confiance) qu’un nombre important de Français approuvent ces méthodes indignes relevant d’époques que nous croyions révolues... C’est le retour à l’esprit de Vichy. La délation était reine dans le royaume du Maréchal et cette délation a envoyé plus d’une famille juive dans les camps de la mort tenus par les bouchers nazis.

- Qu’adviendra-t-il si Sarkozy parvient à ses fins ?

Il arrivera ce qui est arrivé dans tous les pays et tous les régimes ayant institué ce genre de pratique criminelle, c’est-à-dire la validation du témoignage anonyme.

- Tout le monde surveillera tout le monde.
- Personne ne pourra plus avoir confiance ni en ses voisins, ni en ses relations de travail, ni en ses amis, voire en certains membres de sa propre famille.
- La vie démocratique ne sera plus possible car aucune activité de résistance civile ou de simple contestation, ne sera possible sans que les responsables ne soient dénoncés comme des subversifs dangereux.
- C’est l’étouffement mental très rapide qui nous menacera.

Ajoutez à cela l’interdiction d’être pauvre ou étranger, la surveillance constante au travers des caméras de plus en plus disséminées dans nos villes, voire dans nos immeubles ; la surveillance très commode et discrète au travers des puces équipant nos ordinateurs, nos cartes de crédits, nos téléphones portables ; ajoutez y la très probable obligation d’être détenteur d’une carte d’identité numérique et biométrique.

Tout cela conduira inévitablement à la haine grandissante des milieux subissant la répression et à la déchirure profonde de la cohésion nationale. En fait, il n’y aura plus de cohésion nationale possible puisque chaque individu rencontré, quidam inconnu, enseignant, travailleur social, sera un délateur potentiel. La méfiance, obligée dans un tel cas, fera de nous un peuple paranoïaque, un peuple complètement désaxé mentalement.

Seuls bénéficiaires évidents, Sarkozy, ses soutiens et ses mandataires financiers ou idéologiques. Mais le peuple, lui, sera prisonnier, ayant perdu toutes ses libertés hormis celle de consommer. Nul ne sait combien d’années, voire de décennies, nous aurons à souffrir pour avoir été complices par refus de résister, donc par complicité passive, d’une telle mesure humainement indigne, puisque chaque individu croisé est potentiellement un ennemi.

Quoi qu’on en pense, ce tableau n’est pas trop noir.

Ce malheur a frappé, récemment, l’Algérie et avant l’URSS et les pays satellites. En fait, ce type de situation dramatique existe dans tout pays soumis à un régime totalitaire, que ce soit pour des raisons politiques ou religieuses.

- Y a-t-il des raisons d’espérer ? L’espoir ne réside que dans l’hypothèse de sondages truqués.

Mais si ceux-ci reflètent bien la pensée d’une majorité de Français, nous n’éviterons pas un tel drame.

On a vu, hélas, à l’époque de Vichy, qu’ils n’étaient pas rares ceux qui, anonymement, s’amusaient à dénoncer des juifs, des résistants ou simplement des auteurs de marché noir. Bien plus récemment, lorsque qu’il y a quelques années déjà le gouvernement de l’époque voulait instituer une taxe sur les magnétoscopes, les services du Trésor Public avaient été écœurés par le nombre de lettres anonymes qui dénonçaient des voisins possédant un tel appareil. C’est dire si Sarkozy roule sur du velours... et si nous devons être vigilants...

- Quels moyens pour résister ? A mon sens, il n’y a que la résistance civile.

C’est-à-dire des actions non-violentes en privilégiant la désobéissance civile. Cela me paraît évident et moralement obligé pour les enseignants, les éducateurs, le milieu des travailleurs sociaux et pour les maires les plus lucides, si la nouvelle loi sarkozienne sur la délinquance est adoptée.

- Et comment ne le serait-elle pas avec l’Assemblée UMP ?

Si les recours, que j’espère, au Conseil Constitutionnel échouent, ce qui est encore bien possible, alors, oui, il ne restera à tous les concernés que le recours à la désobéissance civile pour faire échouer cette loi indigne d’une démocratie.

Quant à la dénonciation anonyme, là encore, le seul moyen me semble être la désobéissance civile. Toute personne qui a encore le sens de la dignité humaine, le sens de la démocratie, le sens de la valeur d’une loi, ne pourra que refuser, catégoriquement, de devenir un dénonciateur, un délateur, même si la loi autorise ce défoulement immoral, voire l’encourage. Il y va du plus élémentaire sens de l’honneur personnel. Je crois que nous devrons créer une liste officielle, du genre pétition, où tous ceux qui veulent défendre l’idée du pays des droits de l’homme, qui veulent défendre le respect de l’autre, mais aussi leur respect propre, pourront annoncer officiellement, s’engager sur l’honneur par conséquent, à ne jamais accepter de devenir délateur, anonyme ou non.

Ce sera le seul moyen de faire échouer cette abjection, de garder la tête haute et de sauver une part de la dignité française.

En prime, voici une célèbre fable de Jean de la Fontaine légèrement détournée par moi-même. C’est une manière, pour moi, de rendre hommage à la Fontaine qui, par ses fables, résistait déjà, de façon non violente au despotisme de son époque. A nous de montrer que nous avons su garder la même valeur morale individuelle et collective.

Bien des Français, sur la télé perchés, Tenaient en leur bec la liberté. Maître Sarko par l’odeur alléché, Leur tint à peu près ce langage : « Et bonjour valeureux Français. Que vous êtes jolis ! que vous me semblez beaux ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes les phénix des hôtes de ce pays » A ces mots ces Français ne se sentent pas de joie ; Et pour montrer leur belle voix, Ils ouvrent un large bec laissent tomber leur liberté. Le Sarko s’en saisit et dit : "Mes bons Citoyens, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de ceux qui l’écoutent : Cette leçon vaut bien votre prison sans doute." Ces Français honteux et confus Jurèrent mais un peu tard, qu’on ne les y prendraient plus.


1 Message

  • Nicolas Sarkosy : La république des corbeaux

    18 juin 2006 16:44, par cri

    Enseignante, je vous rejoins complètement !
    Je relais votre site autour de moi et alerte comme je peux en discutant et en faisant lire des articles.
    Ce mec et son parti sont dangereux.
    Il faut réagir en masse avant qu’il ne soit trop tard.

    Cs, petite fille de résistants