M. de Villepin soupçonne M. Sarkozy de vouloir renier ses engagements au ministère de l’intérieur

Le Monde, Pascal Ceaux et Piotr Smolar, 21 mai 2004

samedi 22 mai 2004

Les syndicats de policiers redoutent que les moyens et les créations de postes promis en 2004 soient remis en question et que les gels de crédits annoncés se transforment en annulation.


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Le ministre de l’économie et des finances, Nicolas Sarkozy, veut-il sanctionner les élans dépensiers de l’ancien ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy ? Après s’être posé en garant de la sécurité des Français, qui méritait tous les efforts financiers, M. Sarkozy se veut désormais avant tout soucieux de leur « argent », au risque de faire peser sur lui le soupçon de ne pas tenir ses promesses. Ce retournement supposé a provoqué un incident majeur entre le ministre et son successeur, Dominique de Villepin, mercredi 19 mai, lors du séminaire interministériel consacré notamment au budget 2005. (Le Monde du 21 mai). Aux « arbitrages de bouts de chandelle » que lui reprochait l’actuel ministre de l’intérieur, le ministre de l’économie avait rétorqué en affirmant la nécessité pour tous les ministres de participer à l’effort de redressement budgétaire. 20 % de gel des crédits de fonctionnement ont été demandés à l’Intérieur. « On sait que les gels se transforment en annulation de crédits, s’inquiétait-on, vendredi 21 mai, dans l’entourage de M. de Villepin. On veut bien faire un effort mais au prorata de notre budget ».

En 2004, la priorité en faveur de la lutte contre l’insécurité n’avait pas été remise en cause. Et M. Sarkozy s’en était à plusieurs reprises félicité, devant l’opinion, comme devant les policiers. De fait, le budget de l’Etat consacre, cette année, 5,763 milliards d’euros au ministère de l’intérieur, alors qu’en 2003, les dépenses s’élevaient à 5,449 milliards, soit une augmentation de 5, 8 %. C’est surtout la réforme des corps et carrières (Le Monde du 19 mai) dans la police qui risque de faire les frais d’un éventuel tour de vis budgétaire. M. Sarkozy avait promis qu’elle récompenserait les policiers pour leurs efforts. Le ministère de l’intérieur envisage désormais d’étaler cette réforme. M. de Villepin doit communiquer ses intentions aux syndicats, mardi 25 mai.

Les principaux syndicats de police redoutent également que la loi d’orientation pour la sécurité intérieur (Lopsi) soit sacrifiée à la rigueur. Elle pourrait, selon eux, être étalée dans le temps. Votée en août 2002, la Lopsi est au cœur de la stratégie gouvernementale. Dotée d’une enveloppe globale de 5,6 milliards d’euros sur cinq ans, elle prévoit que 55 % de ces moyens soient engagés lors des deux premières années de son application, en 2003 et en 2004.

PRIME AU RÉSULTAT

La LOPSI programme ainsi le recrutement de 6 500 policiers et 7 000 gendarmes en cinq ans. En 2003, 1 900 postes de nouveaux policiers étaient ainsi garantis. En réalité, sur les 890 gardiens de la paix prévus, 500 sont arrivés seulement en décembre, tandis que les 390 autres étaient attendus pour le premier semestre 2004. Le ministre de l’intérieur, M. Sarkozy, avait expliqué à plusieurs reprises les raisons de ce délai aux syndicats : il faut un an pour former un gardien de la paix.

En 2004, la création de 1 000 emplois au sein de la police nationale - dont 740 gardiens de la paix - est prévue dans le budget. En revanche, 2 200 postes d’adjoints de sécurité seront supprimés. A cela s’ajoute l’augmentation spectaculaire du nombre de départs à la retraite, qui atteindrait le chiffre de 5393, dont les deux tiers (soit 3 625) seraient des départs en retraite anticipé, selon le député (UMP) Gérard Léonard, rapporteur du projet de loi de finances 2004 sur la sécurité intérieure. Au final, les renforts d’effectifs pèsent bien moins que les redéploiements.

Le budget 2004 doit également permettre de financer de nouveaux uniformes (10 millions d’euros), des gilets pare-balles et une nouvelle arme de service (17,4 millions d’euros), la poursuite de l’équipement en flashballs, le renouvellement du parc automobile (5 millions d’euros). Enfin, une prime au résultat, dotée d’une enveloppe de 5 millions d’euros, doit aussi être utilisée pour la première fois cette année.

Pascal Ceaux et Piotr Smolar

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 22.05.04