Les retenus ont fermé leur centre ; Résistons ensemble, juillet 2008

jeudi 10 juillet 2008, par janos

bulletin A4, recto-verso


RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 66 / juillet 2008 Les retenus ont fermé leur centre

- Les retenus ont fermé leur centre
- Citoyens électeurs, l’anti-terrorisme veille
- Le goût fugace de la liberté
- Arrestation massive à Rennes
- Témoignages du CRA de Vincennes
- Carcassonne : Quand l’élite de l’élite tire…

- [ S U R L E V I F ]
Témoignage de Maria Vuillet

- [C H R O N I Q U E D E L ‘A R B I T R A I R E]
Encore trois mensonges d’Etat
Violences policières à Vénissieux
Tunisie – les crimes d’un « régime ami »
« Les bandes organisées » fêtent la fin du bac
Justice pour Lamba
Des nouvelles de Big Brother : fichier « Edvige »
Exiger la libération de Marina
« L’été risque d’être chaud en Bretagne »

- [ A G I R ]
Pétition de soutien à Rodolphe
Italie, non au fichage ethnique des Rroms
Appel à soutien


Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf :
http://resistons.lautre.net/

Les retenus ont fermé leur centre

l’État accentue la chasse, politique du chiffre, rafles, fuyant la police des hommes et femmes meurent dans des conditions obscures, Chulan Liu, Reda Semmoudi, Baba Traoré… l’Europe forteresse porte à 18 mois (32 jours en France) la durée d’enfermement dans ces prisons pour étrangers appelées « Centre de Rétention Administrative » (CRA).
Face à la violence de l’enfermement, de l’expulsion, manque de soins, répression, les luttes se multiplient à l’intérieur : refus de regagner les cellules, grèves de la faim… Le 21 juin un tunisien meurt au CRA de Vincennes, vives émotions parmi les détenus. Le lendemain, le feu prend de tous côtés, le centre part en fumée. Un moment de révolte au péril de leur vie à la mesure du vécu des emprisonnés.
La menace judiciaire ne s’est pas faite attendre. Quatre sans-papiers sont arbitrairement poursuivis en parallèle d’une tentative de criminalisations des mouvements de soutien extérieur qui se manifestent depuis plusieurs mois aux abords des CRA. Comme un écho à la récente note de la Direction des affaires criminelles, qui derrière la virtuelle et très floue « mouvance anarcho-autonome » organise un traitement judiciaire qui assimile au terrorisme toutes solidarités avec les sans-papiers et toutes résistances à la violence étatique.
Cette fois la matraque n’aura pu éteindre cette véritable explosion de colère, les retenus ont fermé leur centre. Solidarité avec les enfermés ! Liberté !


Citoyens électeurs, l’anti-terrorisme veille
Après qu’Ivan, Bruno et Farid aient été libérés sous contrôle judiciaire début juin, et alors qu’Isa reste prisonnière à Lille-Séquedin, Juan, son frère, a été arrêté et incarcéré à Fresnes le 20 juin. Son ADN collerait avec celui trouvé sur la mini-bombe sous un véhicule policier à Paris en avril 2007. Fantasme scientifique et acharnement judiciaire autour d’une virtuelle « mouvance anarcho-autonome » et sur de vraies personnes subissant les perquisitions, interrogatoires, torture blanche qui ponctuent leurs témoignages. Le 13 juin la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice a publié une note pour les parquets. Après une liste d’actes dits propres à cette mouvance fourre-tout (des « inscriptions sur des bâtiments publics » aux « actions violentes (...) au préjudice de l’Etat et de ses institutions », en passant par les « manifestations de soutien à des prisonniers et d’étrangers en situation irrégulière »), le fond ressort : « les parquets porteront une attention particulière à tout fait similaire (...) afin d’en informer dans les plus brefs délais la section anti-terroriste (...) pour apprécier de manière concertée l’opportunité d’un dessaisissement à son profit ». Allez, des lois d’exception pour tous les révoltés, terroristes parce que révoltés, pour frapper plus dur et large, la raison d’Etat derrière, indépassable. Saluons toutes les actions de solidarité effectuées du 9 au 16 juin en France, Grèce, Belgique, Italie, Canada, Russie, dénonçant les institutions et les entreprises rouages des machines à enfermer et expulser.


Le goût fugace de la liberté
Après l’incendie du CRA, deux des retenus, Koné et Ali, ont été placé en garde-à-vue deux jours au commissariat du 10ème à Paris. Des dizaines de soutiens et de proches s’y sont rassemblés. Mercredi, après avoir passé une nuit au dépôt, les deux inculpés sont interrogés par le procureur, suit le rendez-vous avec la juge d’instruction. Longue attente. Contre toute attente, Koné sort et n’est plus inculpé mais « témoin assisté », Ali sort également, par contre lui est accusé d’incendie volontaire et mis sous contrôle judiciaire. Aucune leçon ne peut être tirée de cela, seulement une franche émotion : celle de les voir à nouveau jouir de leur liberté. Il n’en reste pas moins qu’une instruction est ouverte contre Ali mais pas seulement puisque l’enquête, semble-t-il, portera également sur les gens présents à l’extérieur. À suivre…


Arrestation massive à Rennes
Le 26 juin devant le CRA de Saint Jacques, 24 personnes ont manifesté leur solidarité avec les détenus et allumé quelques fumigènes. 22 seront placés en garde à vue 24 heures pour « détention d’artifices non explosifs ».


> [ S U R L E V I F ]
Témoignages du CRA de Vincennes
« Ici c’est l’angoisse totale, quand on a son voisin de chambre qui se fait réveiller à 4h du matin emmené sans chaussures, attaché, bâillonné. » Le 21 juin un Tunisien est mort. « Il a demandé à son copain russe de le réveiller pour qu’il puisse aller à l’infirmerie qui ouvre à 15h. Son copain est venu une première fois, il a essayé de le réveiller […] Il a cru qu’il dormait profondément. Dix minutes après il est revenu, ça s’est passé pareil. Du coup il est allé chercher un autre retenu, […] ils lui ont tourné la tête, il avait du sang sur le nez et la bouche, il était bleu turquoise, il était tout dur, tout raide, froid. Ils ont crié au secours, tout le monde est venu. La police a essayé d’évacuer le lieu, les retenus exigeaient de savoir ce qui se passait. Panique totale. Les policiers ont demandé des renforts, ils sont venus avec des boucliers, ils ont tapé les gens dans le couloir, nous on n’a pas répondu, on a quand même été gazé. »


Carcassonne : Quand l’élite de l’élite tire…
S’il n’y avait pas eu la folie ou la négligence du sergent on n’en aurait rien su. Si les commandos para, « élite » d’un régiment d’« élite », qui se sont illustrés, en Afghanistan, au Tchad (c’est pour dire !)… avaient tiré avec des balles à blanc comme prévu, l’essentiel aurait pu être caché. Mais les balles n’étaient pas à blanc et il y a eu une boucherie. Et c’est comme ça, indirectement, qu’on apprend que c’était une répétition d’une opération « anti-terroriste » prévue sur le sol français. Cette opération peut consister à vider des chargeurs de fusils d’assaut sur une foule où se cacherait un éventuel terroriste.
La prochaine fois ça sera où ? Dans une gare où les patrouilles militaires « Vigipirate » inspectent soupçonneusement, Famas pointés, la foule des banlieusards quand un fraudeur ou un sans-papiers en fuite déclencheront les réflexes des militaires ? Prenons garde, sous le masque de l’antiterrorisme, le pouvoir pointe les canons sur nous.



> [ S U R L E V I F ]

Témoignage de Maria Vuillet
« Le 22 octobre des jeunes lycéens ont organisé le collectif Rose et Reseda pour s’opposer à la lecture de la lettre de Guy Môquet par M. Sarkozy au lycée Carnot à Paris. Il ne s’est pas présenté. Pour clore leur action les jeunes sont allés à la station de métro Guy Môquet. Soudainement apparaît un homme en uniforme blanc, en réponse aux huées des manifestants il s’adresse à moi, mère d’une élève de Carnot, et m’interpelle “Madame je représente la République”, je lui réponds “oui, mais pas celle que voulait Guy Môquet”. Le Conseil National de la résistance en 43 a établi la retraite, la réduction du temps de travail à 40h, la sécurité sociale. Actuellement toutes ces mesures sont remises en question. Ce représentant de l’administration policière a envoyé deux policiers qui m’ont menotté sans ménagement. […] Le sous-préfet a porté plainte pour outrage à personne détenant l’autorité. Il a interprété ma phrase et m’accuse de lui avoir dit “vous êtes facho”. Une première audience a été convoquée le 16 juin. L’accusateur était absent, aussi son chauffeur, témoin supposé. […] Le jugement aura lieu le 10 juillet à 9h au Palais de justice de Paris, 17ème chambre. »



> [ C H R O N I Q U E D E L ‘A R B I T R A I R E ]

Encore trois mensonges d’Etat
C’est le tribunal qui affirme que Zyed et Bouna n’étaient pas des cambrioleurs en fuite comme l’a affirmé Sarkozy, et pourtant il se déclare incompétent pour juger les policiers qui ont causé leur mort.
Selon une nouvelle expertise ce n’est pas Moushin et Laramy qui ont percuté la voiture des policiers avec leur mini-moto, mais tout au contraire, ce sont des flics, roulant très vite et sans gyrophare qui les ont écrasés.
Ce sont de nouveau témoins qui affirment que Baba Traoré, tombé ou poussé dans la Marne, est observé depuis le quai à « portée de bras », par « un homme debout sur la berge faisant face à une masse dans l’eau qui disparaît », et qui, en « prenant son temps », saisit son téléphone portable avec un « air passif ». Là encore « l’homme en blouson » était, par avance, innocenté par le pouvoir.
Ils étaient des nôtres. On fera vivre leur souvenir en dénonçant les criminels et leur donneur d’ordre.

Violences policières à Vénissieux
José refuse de souffler dans un ballon, du coup des flics l’ont massacré le vendredi 20 juin dans leur voiture de police. En comparution immédiate, les flics l’accusent de refus d’obtempérer (sic), de rébellion, d’outrages, et de menaces. Alors qu’il a subi une fracture du nez, une dizaine de points de suture, deux dents cassés, l’arcade sourcilière éclatée, et presque un mois d’ITT. Suite du procès le 24 juillet, au Tribunal de grande instance de Lyon. Info complète : http://rebellyon.info/article5383.html

Tunisie – les crimes d’un « régime ami »
Le jeune Hichem Ben Jeddou 24 ans est mort le 6 mai, électrocuté dans un local de générateur électrique suite à une intervention policière musclée.
Le 2 juin 2008, le jeune Nabil Chagra est mort après avoir été heurté par une voiture lors d’une manifestation de rue organisée par les jeunes chômeurs.
Le 7 juin, Hafnaoui ben Ridha Belhafnaoui, jeune de 18 ans, a été mortellement touché par balles, on dénombre plusieurs autres blessés par balles lors d’une manifestation. En donnant l’ordre de tirer sur les manifestants pour tuer, le régime dictatorial de Ben Ali a décidé d’en découdre avec le mouvement du bassin minier de Gafsa.
Solidarité : Comité de Soutien aux Habitants du Bassin Minier de Gafsa C/o FTCR, 3 rue de Nantes 75019 Paris, bassin.minier hotmail.fr

« Les bandes organisées » fêtent la fin du bac
C’est un rite : chaque année des lycéens fêtent la fin des épreuves sur le Champs de Mars. Mais cette année voilà ce que racontent les jeunes : vers 1h30, les policiers ont débarqué, les ont sommé de partir. Les jeunes n’y croyant pas vraiment ont traîné un peu. 20 minutes plus tard, les flics chargent, gazent, tapent, sortent leurs flashballs et interpellent… affrontement. Mais c’est une toute autre version qui nous est servie par les policiers et Rachida Dati interrogée à ce propos quelques jours plus tard : des « voyous » au « visage dissimulé » s’en seraient pris aux fêtards et à leurs lecteurs MP3, ce qui aurait justifié l’intervention musclée de la police dans l’immédiat et la « création d’un nouveau fichier sur les bandes organisées » dans un avenir proche.

Justice pour Lamba
Le 31 mai une manifestation de soutien dénonçait les violences policières dont Lamba a été victime Le 8 mai dernier, lors d’une descente dans le quartier La Fontaine Mallet à Villepinte, des policiers se sont livrés à une véritable chasse à l’homme. C’est ainsi que Lamba (qui rentrait chez lui) s’est vu passé à tabac, menotté et placé en garde à vue. L’état de santé grave de Lamba a été totalement ignoré par les policiers. La fin aurait pu être très grave. Lamba et son comité de soutien ont déposé plainte et exige justice.

Des nouvelles de Big Brother : fichier « Edvige »
Dans la longue liste des fichiers destinés à nous mettre sous surveillance, Edvige permet, entre autre, à l’Etat « de centraliser et d’analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui […] sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public »… adresses, téléphones, signes physiques particuliers… pour toute personne suspecte ayant atteint l’âge de 13 ans !
Ne soyons pas scandalisés : Benisti voyait des délinquants – à ficher et à serrer de près – chez des mouflets de 3 ans…
À l’occasion, penchez-vous sur la Loi d’Orientation et de Programmation pour la performance de la Sécurité de Intérieure (LOPSI). Vous verrez comment bientôt l’Etat pourra poser des micros par-ci, des chevaux de Troie par-là, en toute impunité.
Eh ! Il s’agit quand même de faire la chasse à l’obscur terroriste qui se cache … en chacun de nous !

Exiger la libération de Marina
Cela fait deux mois que Marina Petrella est recluse dans la minuscule chambre d’isolement de l’hôpital psychiatrique de Villejuif. Son état de santé que les médecins qualifient de « crise suicidaire majeure » est alarmant. Rassemblement hebdomadaire et autres initiatives voir sur http://www.paroledonnee.info.
On ne dira jamais non plus assez combien la renonciation de l’Etat sarkozyen à la protection des exilés italiens et sa réconciliation avec la « politique de l’urgence » menée en Italie depuis les années 70 sont préoccupants quant à l’état des libertés politiques en France.

« L’été risque d’être chaud en Bretagne »
Cela faisait déjà seize semaines que les habitants de Carhaix luttaient sans faiblir pour la défense de leur hôpital menacé de fermeture par la politique de destruction des services publics menée par l’Etat et voilà que ce même Etat leur envoie la police pour gazer, bousculer, brutaliser leur manifestation sur Quimper. Du jamais vu pour les carhaisiens maintenant encore plus déterminés à ne rien lâcher.



> [ A G I R ]

Pétition de soutien à Rodolphe
Enseignant à La Courneuve, poursuivi pour « violence sur agent » lors d’une manifestation de lycéens et personnels de l’éducation le 3 avril (le jugement a été renvoyé au 24 septembre), Rodolphe vient d’être suspendu de ses fonctions.
Pétition sur http://cgteduc.creteil.free.fr/uasen/spip.php?article1248

Italie, non au fichage ethnique des Rroms
Le ministre de l’Intérieur italien, membre de la Ligue du Nord, Roberto Maroni voudrait ficher les empreintes digitales de tout les Rroms présent sur le territoire italien, enfant compris…Pétition sur http://www.petitiononline.com/08041971/petition.html

Appel à soutien
Suite au procès de Gif-sur-Yvette qui avait condamné 3 personnes à 3 mois de sursis et à 10 000 euros d’amende pour avoir détruit un dispositif biométrique dans une cantine, la pression s’accélère autour des inculpés pour les faire payer… Soutien à l’ordre du cheval noir : 131, rue du Cherche-Midi, 75015, Paris. Infos : http://1984.over-blog.com/