Les renseignements généraux révisent leurs priorités

Le Monde, Piotr Smolar, 25 mai 2004

mardi 25 mai 2004

Dominique de Villepin leur a demandé de se concentrer sur les violences urbaines et le terrorisme


Voir en ligne : Le Monde

Les renseignements généraux (RG) opèrent leur mue. Sous l’autorité de leur nouveau directeur central, Pascal Mailhos, qui a succédé en janvier à Yves Bertrand, les quelque 3 500 fonctionnaires des RG doivent se concentrer sur les missions prioritaires que sont les violences urbaines, la lutte contre l’économie souterraine, l’intelligence économique et l’antiterrorisme.

Le temps de la police politique est donc bien révolu, comme l’a confirmé lundi 24 mai le ministre de l’intérieur, Dominique de Villepin, dans un discours aux directeurs régionaux et départementaux, réunis à Paris.

Cette évolution, entamée il y a dix ans, vise à moderniser l’action des RG et à renforcer la crédibilité de leur travail. Au programme : plus de rigueur dans la rédaction, une hiérarchisation des notes, une coopération améliorée avec la direction de la surveillance du territoire (DST), ainsi qu’au sein des groupes d’intervention régionaux (GIR). Outre la mutualisation des moyens techniques, M. de Villepin a demandé la mise en place, entre les RG et la DST, au niveau central et régional, de « structures d’une coopération opérationnelle renforcée ». Une nouvelle fois, il a insisté sur le développement des nouvelles technologies, souhaitant un « saut qualitatif significatif » dans les trois années à venir.

La première mission des RG est la lutte contre les terrorismes, en particulier islamiste, en s’appuyant sur leur maillage territorial. « Vous devez identifier les foyers de l’intégrisme et les individus qui les animent » car « entre le discours intégriste et l’action terroriste, il y a une continuité réelle », a expliqué le ministre.

La deuxième mission prioritaire est la lutte contre les violences urbaines, « afin de casser les réseaux mafieux et criminels qui ont fait main basse sur certains territoires ». Les RG doivent notamment jouer « un rôle privilégié et actif » dans les 24 quartiers prioritairement ciblés en 2004. M. de Villepin compte également sur les RG pour lui fournir une « vision d’ensemble » de la criminalité sous l’angle financier, afin de définir une « stratégie globale ».

Après l’abandon du suivi électoral, les RG devront se concentrer sur un champ d’investigation plus large que les partis politiques. Dominique de Villepin a annoncé que les RG allaient se doter d’un « outil de synthèse et de gestion des crises », à partir des informations sur la « vie économique, sociale et politique ». Il s’agira d’évaluer les formes de contestation émergentes, en cernant mieux par exemple le fond intellectuel des mouvements altermondialistes.

La DCRG a également décidé de revoir ses méthodes de travail. La direction centrale a été consolidée autour de deux grands pôles : la sous-direction de la recherche et la sous-direction de l’analyse. A la tête de la première se trouve le sous-préfet Pierre Lieutaud ; à la tête de la seconde, Pierre Montastier. Le directeur central adjoint est le contrôleur général Joël Bouchité, ancien directeur des RG à Ajaccio et à Toulouse.

Les notes sont dorénavant classées en fonction de leur degré de crédibilité : moyen, haut et très haut. Elles portent toujours un en-tête, les notes blanches (anonymes) ayant été supprimées. Lorsqu’elles viseront un individu mis en cause dans un dossier sensible, elles porteront le tampon confidentiel défense. Lorsqu’elles concerneront d’éventuelles menaces contre les intérêts de l’Etat - un cas extrêmement rare -, elles seront classées secret défense, sur le modèle de ce qui est pratiqué par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

La direction des RG souhaite également que le contenu des notes soit plus incisif et plus clair. La chasse aux propos allusifs et un tantinet littéraires est lancée. Les rapports doivent être le plus exploitable possible dans une enquête judiciaire et devenir des « aides à la décision », où les faits, l’analyse et les commentaires sont séparés.

Piotr Smolar

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 26.05.04