Les ministres ont choisi la continuité pour constituer leur cabinet

Le Monde, Pascal Ceaux, 12 avril 2004

lundi 12 avril 2004

MM. Sarkozy et Fillon ont emmené leurs plus proches collaborateurs.


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Un collaborateur apprécié peut être efficace partout. Cette maxime semble avoir inspiré la composition des cabinets de la plupart des ministres du troisième gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, au risque de provoquer quelques situations insolites. Plutôt que de respecter les traditions des ministères dans lesquels ils s’installent, les principaux membres de l’équipe Raffarin III ont préféré s’entourer de personnes de confiance, qu’ils connaissent de longue date.

Directeur du cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur, Claude Guéant exercera les mêmes fonctions au ministère de l’économie et des finances. La nomination de ce préfet, âgé de 59 ans, interrompt une longue lignée d’inspecteurs des finances placés aux commandes des cabinets des ministres de l’économie. Au cours des dernières années, une seule entorse à cette règle non écrite avait été constatée : Christian Noyer, actuel gouverneur de la Banque de France et administrateur civil de formation, avait successivement dirigé les cabinets d’Edmond Alphandéry (1993) puis de Jean Arthuis (1995-1997).

Le nouveau ministre de l’éducation nationale et de la recherche, François Fillon, a suivi une démarche identique à celle de M. Sarkozy. Pour faire face au mécontentement des chercheurs, il a amené avec lui l’homme qui dirigeait déjà son cabinet au ministère des affaires sociales - où il avait eu à piloter la réforme des retraites : le conseiller d’Etat Jean-Paul Faugère. De même, l’inspecteur général de l’éducation nationale François Perret accompagne Xavier Darcos au ministère de la coopération, après avoir été le directeur adjoint de son cabinet à l’enseignement scolaire.

Plusieurs autres ministres de premier rang se sont, à l’inverse, accommodés des habitudes de leur nouvelle maison. Le ministre de l’intérieur, Dominique de Villepin, a ainsi fait le choix d’un préfet, Pierre Mongin, pour diriger son cabinet - quoique celui-ci ait été, entre 1993 et 1995, le chef du cabinet d’Edouard Balladur... Son principal collaborateur au Quai d’Orsay, le ministre plénipotentiaire Pierre Vimont, est resté en place pour servir le nouveau ministre des affaires étrangères, Michel Barnier.

En bonne logique, les ministres qui n’ont pas changé d’attributions ont gardé les mêmes équipes ; c’est le cas de la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, du ministre de l’agriculture, Hervé Gaymard, ou de la ministre de l’outre-mer, Brigitte Girardin. Exception notable : le garde des sceaux, Dominique Perben, s’est séparé de Patrick Hubert. Agé de 50 ans, ce conseiller d’Etat quitte le ministère de la justice pour conseiller le nouveau ministre de l’environnement, Serge Lepeltier. Il pourra ainsi suivre la mise en œuvre de la Charte de l’environnement, prévue par un projet de révision constitutionnelle préparé à la chancellerie. M. Hubert est remplacé par Laurent Le Mesle, jusque-là conseiller du président de la République pour les questions de justice - dont le successeur, dans cette fonction sensible, n’est pas encore connu.

Magistrat du parquet, M. Le Mesle avait été écarté en 1998 de la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice - où il était sous-directeur chargé des affaires pénales - par Elisabeth Guigou (PS), après la publication d’un « Que sais-je ? » consacré au ministère public, dont la ministre contestait la teneur. Il avait alors été nommé avocat général à Nancy, puis président de chambre à la cour d’appel d’Angers, avant d’être appelé à l’Elysée par M. Chirac.

Porté à la tête du ministère de la santé, Philippe Douste-Blazy a, quant à lui, choisi l’originalité, en appelant à la tête de son cabinet le polytechnicien Frédéric Van Roekeghem, ingénieur en chef de l’armement âgé de 42 ans qui, il est vrai, s’est forgé une expérience gouvernementale à Bercy auprès d’Alain Madelin (1995) et de Jean Arthuis (1995-1997), avant de présider le Fonds de solidarité-vieillesse puis l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss).

A Matignon, Jean-Pierre Raffarin a, lui, donné l’exemple de la continuité, reconduisant la plupart de ses collaborateurs, dont le directeur de son cabinet, le conseiller d’Etat Michel Boyon, et le conseiller en communication, Dominique Ambiel. Quelques conseillers sont toutefois sur le départ. Xavier Chinaud, chargé des études politiques, pourrait devenir le chef du cabinet de François Goulard, secrétaire d’Etat aux transports, qu’il avait côtoyé au cabinet de Gérard Longuet au ministère de l’industrie (1987-1988). Conseiller de M. Raffarin pour les reconversions industrielles, Xavier Sahut d’Izarn prend la direction du cabinet de François d’Aubert, ministre délégué à la recherche.

Pascal Ceaux

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 13.04.04