Les intervenants sociaux résistent, La précarité criminalisée

Rouge, Izeute Berh, n° 2057, 25 mars 2004

vendredi 2 avril 2004

Face au projet de loi pour la prévention de la délinquance, les intervenants sociaux poursuivent la lutte....


Voir en ligne : http://www.lcr-rouge.org/

Samedi 13 mars, les travailleurs sociaux manifestaient en nombre à Paris et dans de nombreuses villes (Toulouse, Bordeaux, etc.). Le 17 mars, pas moins de 20 000 d’entre eux, en grève, ont manifesté à l’appel du collectif national unitaire [1] pour l’abandon du projet de loi pour la prévention de la délinquance (voir Rouge n° 2055 et n° 2051). Le mouvement social - débuté fin 2003 en Savoie, en réaction à un protocole imposant aux éducateurs de prévention le signalement d’infractions ou de tentatives d’infraction - s’est étendu à tout le territoire lorsque les professionnels socio-éducatifs ont eu connaissance du projet de loi interministériel pour la prévention de la délinquance, piloté de la place Beauvau. Il s’est renforcé lorsqu’en janvier, Sarkozy, en stigmatisant 23 quartiers qualifiés de « criminogènes », préconisait aux préfets et aux maires concernés une politique locale de prévention de la délinquance fondée sur des dispositifs de contrôle social des habitants, préfigurant l’application cette loi. Dans la capitale, 12 000 manifestants ont défilé en direction du ministère des Affaires sociales. Des slogans dénonçaient la remise en cause du secret professionnel, garant du droit à la vie privée des personnes : « Service sociaux, pas renseignements généraux. » D’autres soulignaient la nature du gouvernement (« Il est antisocial ! Il est sécuritaire ! ») ou affirmaient : « l’insécurité, c’est la précarité ». Des pancartes demandaient : « La misère est-elle un crime ? »

Les intervenants sociaux sont les principaux témoins des dégâts des politiques libérales de ces vingt dernières années, du non-respect des droits fondamentaux et des besoins élémentaires (emploi, logement, santé, éducation...). Ils s’organisent pour imposer l’abandon de ce projet de loi, dont la vocation est de canaliser les réactions de ceux qui subissent de plein fouet les politiques antisociales des gouvernements et du Medef. Lundi 22 mars, le collectif national unitaire, rejoint par d’autres structures, a décidé de rédiger une charte à l’attention des employeurs, rappelant la demande d’abandon du projet de loi et le refus d’appliquer les protocoles et conventions incitant les travailleurs sociaux à transmettre des informations. Une lettre ouverte sera adressée à la population pour expliquer la dangerosité du projet de loi. Un site Internet devrait rapidement être créé pour communiquer et coordonner les actions du collectif national avec les groupes locaux. Une nouvelle journée de grève nationale se déroulera à une date symbolique, le 21 avril...

Izeute Berh


Notes

[1] CGT (services publics, santé action sociale, recherche culture, union affaires sociales, collectif confédéral chômeurs), FSU (SNUASFP, SNU-Clias, Snepap, SNPES-PJJ, Snutefi-Insertion), SUD (santé, social, collectivités territoriales, protection sociale), Syndicat national des médecins de PMI, Union syndicale G10-Solidaire, CNT, Les collectifs de prévention spécialisée, Coordination des étudiants du travail social, Syndicat de la magistrature, AC !, Ligue des droits de l’Homme.