Les dangers du « plan de prévention »

L’Humanité du 23.01.06

lundi 6 février 2006

Les mesures envisagées conjuguent élitisme, sanction et contrôle social.


Le plan de prévention de la délin­quance devrait placer le maire au centre d’un vaste dispositif qui concerne, pêle-mêle, l’éducation, la po­lice, la justice, les affaires sociales, les transports et la ville. La multitude de mesures devrait se traduire dans des cir­culaires et autres adaptations réglemen­taires. Mais aussi dans des textes de loi qui, assure Dominique de Villepin, se­ront débattus « au cours des prochaines sessions parlementaires ». Depuis les violences urbaines, le pre­mier ministre a repris la main sur ce dos­sier. Alors que Nicolas Sarkozy en avait fait un de ses chevaux de bataille, le chef du gouvernement, lui, prône une « ap­proche globale et concertée ». Pas moins de neuf ministères, réunis au sein d’un comité interministériel, installé vendredi dernier, bûchent désormais sur le sujet. Pour autant, bon nombre de proposi­tions du ministre de l’Intérieur seront im­manquablement reprises. A commencer par celles concernant l’école, marquées du sceau de l’élitisme : création d’inter­nats dit « d’excellence », remises de bourses au mérite, instauration de places réservées pour les élèves de ZEP en classes préparatoires, éducation civique sanctionnée au bac, etc. Voilà leurs solu­tions pour lutter contre l’échec scolaire. En revanche, pour les - nombreux - autres qui ne suivent pas cette voie dorée, la sanction sera au rendez-vous. Ainsi, sous prétexte de lutte contre l’absen­téisme scolaire, le versement des alloca­tions familiales devraient - vieux rêve de la droite - être conditionné à la présen­tation d’un certificat de scolarité. Seront aussi créés, dans chaque commune, des « conseils sur les droits et les devoirs de la famille », présidés par le maire. Ces as­semblées pourront faire des « rappels for­mels à la loi » et proposer (ordonner ?) des « stages de parentalité ». Certaines mesures promettent de vifs débats. Comme la mise en place d’une « détection précoce » de la délinquance (dès la maternelle), qui inquiète bon nombre de pédopsychiatres. Ou encore la création du nouveau concept de « se­cret partagé », qui, sous couvert de faci­liter les échanges d’informations entre professionnels, feraient des enseignants, infirmières ou éducateurs autant d’in­dics auprès d’un « coordinateur », nommé par le maire. Renforcement du contrôle social, donc. Qui se traduira aussi au niveau de l’urbanisme. Avec, notamment, un dé­veloppement de la vidéosurveillance dans les parties communes d’immeubles et la mise en place d’ « avis sécurité », dé­livrés par les autorités pour tout projet immobilier. Laurent Mouloud