Les SDF abandonnés en rase ville à Nantes

Libération, Nicolas de la Casinière, 14 juin 2004

lundi 14 juin 2004

Les crédits qui finançaient des postes de travailleurs sociaux ont été gelés.


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Infirmiers, psychologues et médecins au chevet des SDF sont menacés de disparition à Nantes. Jusqu’ici, leurs postes étaient financés par des crédits Praps (programme régional d’accès à la prévention et aux soins). Si personne ne conteste la pertinence du travail effectué, ces crédits sont pourtant en suspens depuis six mois. Début mai, la direction départementale de l’action sanitaire et sociale (Ddass) a signifié ce « gel budgétaire » aux structures associatives employeurs.

Présenté comme temporaire, ce gel répond aux demandes d’économies de Sarkozy à son arrivée à Bercy. Sans financement, les CHRS (centres d’hébergement et de réinsertion sociale), la Maison d’accueil de jour et la Coordination santé dans la rue devront cesser de soigner des SDF, tant pour des maux physiques que pour des dérèglements psy. Les sans-abri seraient alors contraints de consulter un médecin de ville, démarche totalement improbable de la part de la majorité des exclus. Ils pourraient aussi se diriger vers les urgences, mais la plupart de leurs pathologies ne relèvent pas de ces services hospitaliers. Autre aberration, budgétaire celle-là : le coût d’un lit à l’hôpital est dix fois supérieur à celui d’un lit sanitaire en foyer d’accueil.

Pierre Pruel, directeur de la Ddass de Loire-Atlantique, dit espérer un dégel rapide, « partiel ou total », sans exclure un autre financement « à construire » ou l’éventualité de panacher les équipes avec des bénévoles : « On ne laissera pas tomber ces populations de la rue. » Les salariés concernés sont beaucoup moins confiants. « On ne nous a présenté aucune solution de rechange viable à terme, dit Cyrille Cruaud, psychologue dans un CHRS. Actuellement, on accueille une personne, pas une pathologie ou un problème social dont on saucissonnerait le traitement. Si on ne les accompagne plus, on génère une violence, une exclusion supplémentaire qui peut aller jusqu’au passage à l’acte, notamment en négligeant les problèmes psy. On revient dix ans en arrière. »

Pour l’instant, les établissements employeurs ont assumé sur leurs fonds propres la paie des sept postes sanitaires, mais des licenciements sont déjà envisagés, avant fin juin, pour l’équipe mobile sociale.