Le retour du « criminel né »

L’Humanité du 23.02.06

dimanche 26 février 2006


BIOLOGISME. Une pétition s’insurge contre le dépistage précoce du trouble des conduites chez les tout-petits, préconisé par l’ INSERM.

Hier midi, 15163 per­sonnes avaient signé la péti­tion « Pas de zéro de conduite pour les enfants de moins de trois ans » lancée par une douzaine de psychiatres, psy­chologues et médecins, il y a à peine un mois, sur Internet. Il met en garde contre un plan de prévention de la délin­quance, actuellement préparé par le gouvernement, qui s’appuie sur une expertise de l’ INSERM parue en sep­tembre dernier préconisant le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge. Les signataires dénoncent une expertise marquée par une approche déterministe qui débouche sur un « forma­tage » des enfants et sur une « forme de toxicomanie in­fantile » puisque le texte pré­conise d’administrer psycho­stimulants et autres thymoré­gulateurs dès l’âge de six ans. Le texte de l’ INSERM invite les professionnels à repérer chez les tout-petits « froideur affective, tendance à la mani­pulation, cynisme... indoci­lité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impul­sivité, indice de moralité bas ( !) ». Si bien que la pétition s’interroge : « Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babil leurs my­thomanes ? », et elle stigmatise une démarche qui « médica­lise à l’extrême des phéno­mènes d’ordre éducatif, psy­chologique et social » et qui « entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique ». Refusant la « mé­dicalisation ou la psychiatri­sation de toute manifestation de mal-être social », les signa­taires rappellent que leurs pratiques, dans la « pluralité des approches », s’attachent à la « singularité de chacun au sein de son environnement ». Dans l’ Humanité du 11 octobre dernier, la psy­chologue des adolescents Maryse Vaillant disait, à propos de cette expertise, combien « assimiler la délin­quance à une notion de troubles de conduite est une imposture, un déni de la réa­lité ! Ce n’est pas la psychiatrie qui peut parler de délin­quance. On cherche à médi­caliser la délinquance, ce qui n’est pas sans rappeler les dérives totalitaires. La délin­quance est d’abord une ques­tion sociale. Et la société et le politique tentent de se dédouaner sur l’individu... On cherche à apporter des réponses médicales plutôt que d’engager un véritable traitement social de la délin­quance ». Une perspective qui n’effraie pas tout le monde, notamment au gouvernement. Dany Stive


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