Le rapport Bénisti ou le recul des civilisations

Par Jacques Blin,

jeudi 14 avril 2005


Voir en ligne : L’humanité

animateur du Réseau langues et cultures de France auprès du PCF.

À l’Assemblée nationale, M. Villepin, ministre de l’Intérieur, se pose en pourfendeur de l’extrême droite. Ses paroles retentissent dans les médias. Mais il parle moins de celles qui se prononcent dans les couloirs.

Un député nommé Jacques-Alain Bénisti a présidé une commission aux conclusions bien inquiétantes. Il en est sorti un rapport d’étude parlementaire sur la sécurité intérieure. Il s’intitule « Sur la prévention de la délinquance ».

Le « jeune délinquant » ne sort pas de n’importe où. Il vient des « cités », là où les « jeunes » occupent les halls d’immeubles. Ses parents ne sont pas « à la hauteur », et plus spécialement la mère, dont le rôle « naturel », pour la droite, serait de rester au foyer. En plus, ils ont tendance à parler « patois ». Pour ces gens, l’arabe, le berbère, le turc, le kurde, le swahili des Comoriens, le vietnamien, le chinois, le cambodgien, etc., sont autant de « patois », mais pas de vraies langues. Le français seul a droit à cette appellation.

Pour un Occitan ou un Breton, voilà qui ramène plus d’un siècle en arrière. Ce rapport assimile immigration et délinquance (au moment où Sarkozy veut diriger le débat sur l’immigration et les quotas). Pas un instant il ne leur vient à l’esprit que, pour faire apprendre le français aux enfants, point n’est besoin d’exclure aussi impitoyablement l’autre langue. Pas un instant ils ne se rendent compte que rien n’est plus facile pour un enfant de cinq ans d’acquérir une autre langue que celle qu’il a d’abord entendue (le rapport Thélot et le projet Fillon s’inscrivent d’ailleurs dans cette négation des langues et des cultures). Pas un seul instant ils ne se demandent quel peut être l’effet sur l’image de soi d’une mère ou d’un père non francophone si on le somme, et avec quelle vigueur vertueuse ! de renoncer à sa propre langue pour le contraindre à en parler une autre qu’on se sera bien souvent gardé de lui apprendre, car ce n’est pas de sa capacité oratoire qu’on a besoin, mais de sa force de travail. Pour la culture. TF1 s’en charge.

Stigmatisation des différences, négation des langues et des cultures qui existent sur notre territoire national, ce rapport ouvre la voie à l’acculturation et vise à favoriser le développement des communautarismes. C’est un véritable recul de civilisation. En l’absence d’analyse sérieuse sur les vraies raisons de la - délinquance, ce rapport s’inscrit dans une démarche libérale qui refuse d’envisager le rôle destructurant de l’inégalité sociale qui frappe certaines populations. Il instaure un contrôle social qui se veut à la mesure de la violence qu’il est en train de provoquer. Devant la casse sociale qui s’accélère, ce rapport est à la mesure de la violence qu’il est en train de provoquer.

Ce texte honteux doit être connu, débattu et fermement condamné. Nous appelons toutes celles et tous ceux qui s’inscrivent dans une démarche progressiste, dans une volonté citoyenne et fraternelle à combattre les idées contenues dans ce document. Ce qui est écrit là contredit les principes élémentaires des droits de l’homme et du citoyen. C’est l’opposé des principes défendus par la France à Barcelone en mai 2004, avec la reconnaissance de « l’Agenda 21 de la culture ». C’est une insulte à la déclaration de l’UNESCO qui dit : « Les recherches prouvent que l’enseignement combiné de la langue maternelle et de la langue dominante permet aux enfants d’obtenir des meilleurs résultats à l’école et stimule leur développement cognitif et leur capacité d’étude. »

Chirac, Villepin, Sarkozy et consorts jettent les bases d’un populisme qui vise à récupérer les voix du Front national. Ils jouent avec le feu. Ne leur laissons pas le terrain de ce débat d’idées, réduites et rabaissées. Multiplions les initiatives pour occuper cet espace afin d’en faire un espace de citoyenneté et de fraternité.

Les premiers signataires :

Henri Ausseil, professeur ; Claude Barsotti ; Rose Blin-Mioch, journaliste, Féminisme et Communisme ; Claudy Bouyon, linguiste, féministe, syndicaliste, université Paul-Valéry Montpellier ; Arnauld Carpier, parent d’élève, comité régional PCF Languedoc-Roussillon ; Elian Cellier, enseignant ; Myriam François, artiste ; Denis Galvier, musicien ; Jackie Gil, assistante sociale ; Thierry Goyet, secrétaire fédéral PCF Bretagne ; René Merle, historien, romancier ; Roger Martelli, professeur d’histoire-géographie, directeur du mensuel Regards ; Jean-Claude Oliva, parent d’élève ; Florian Vernet, professeur, université Paul-Valéry Montpellier ; Marie-Jeanne Verny, professeure université Paul-Valéry Montpellier.

Pour me faire connaître les nouveaux signataires, envoyer un e-mail à :

jacques.blin2 wanadoo.fr Consulter les documents suivants :

FCPE : http://www.fcpe.asso.fr.