Le projet de dépistage précoce des troubles du comportement suscite un tollé

LE MONDE | 18.02.06 | 12h56

lundi 20 février 2006


En moins d’un mois, le texte a déjà été signé par plus de 12 000 personnes, pour la plupart professionnels de la pédopsychiatrie et de la petite enfance. Intitulée « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans », la pétition, qui circule sur Internet, s’insurge contre l’idée d’un dépistage des troubles du comportement chez les enfants en bas âge, préconisé par un rapport de l’Inserm (Le Monde du 23 septembre 2005).

Lancée par une dizaine de praticiens, dont Pierre Delion, pédopsychiatre au CHU de Lille, Bernard Golse, pédopsychiatre à l’hôpital Necker, à Paris, Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, Christine Bellas-Cabane, présidente du Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile (PMI), Sylviane Giampino, présidente de l’Association nationale des psychologues, et François Bourdillon, président de la Société française de santé publique, la pétition a dépassé le cercle médical et circule désormais chez les enseignants et les parents. Très controversée dans le milieu psy, l’expertise de l’Inserm préconisait « le repérage des perturbations du comportement dès la crèche et l’école maternelle » pour éviter la survenue de comportements délinquants à l’adolescence. « Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ? », s’insurgent les pétitionnaires, qui récusent la « stigmatisation comme pathologique de toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant ». « Plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d’une palette thérapeutique la plus variée », affirme le texte. L’expertise de l’Inserm suscite d’autant plus d’inquiétudes que ses orientations ont été reprises dans un rapport rédigé par le député Jacques-Alain Bénisti (UMP) et remis au ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, puis dans l’avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance. Actuellement en discussion à Matignon, ce texte souligne ainsi « l’importance de la détection précoce des troubles du comportement » pour éviter plus tard les « comportements autodestructeurs ou agressifs pouvant conduire (les enfants) à la délinquance ». cécile Prieur Article paru dans l’édition du 19.02.06