Le ministre de l’Intérieur sonde le terrain

LA VOIX DU NORD du 29 mai 2004

dimanche 30 mai 2004, par Emmanuel


Hier, Dominique de Villepin a visité La Bourgogne, à Tourcoing, avant de se rendre à l’école de police de Roubaix Le ministre de l’Intérieur sonde le terrain

NICOLAS SARKOZY, le 14janvier, avait classé La Bourgogne, à Tourcoing, et l’Alma, à Roubaix, dans les vingt-quatre quartiers « les plus criminogènes » de France. Plus de cinq mois après, Jean-Pierre Balduyck, maire de Tourcoing et domicilié à La Bourgogne, n’a toujours pas digéré. « Criminogène » a beau s’être mué en « sensible » : le mal est fait. « Si votre prédécesseur m’avait consulté, nous ne serions pas ici aujourd’hui : trois quartiers me préoccupent davantage que celui-ci », a-t-il précisé, hier matin, à Dominique de Villepin, venu passer la journée à Lille - où il a rencontré élus et magistrats - avant de rejoindre Tourcoing puis Roubaix. Le nouveau locataire de la place Beauvau se déplacera dans les vingt-quatre quartiers dits les plus sensibles.

Grand, svelte, souriant et bronzé, l’auteur d’Eloge des voleurs de feu, hymne à la poésie, a rencontré une centaine de Tourquennois, réunis au centre social de La Bourgogne. Une habitante : « Les seuls qui peuvent critiquer La Bourgogne sont ceux qui y vivent. Nous, on y vit bien ! » Pour le ministre, « ces 24 quartiers du programme pilote connaissent à la fois une augmentation des violences urbaines mais manifestent aussi une envie de s’en sortir. Il s’agit via ces visites de saluer cette dynamiqueet non pas de stigmatiser. »

« Bienvenue à la ZUP ! »

Quelques minutes auparavant, le premier flic de France avait déambulé dans La Bourgogne. Echangé quelques mots avec les responsables de la Mission locale. Salué une esthéticienne récemment installéepour encourager sa volonté d’entreprendre. Derrière lui, une cohorte d’élus, de représentants de l’Etat et de caméras. Regards amusés des jeunes du coin. « Bienvenue à la ZUP ! Et au fait, j’adorais votre politique internationale », lance, sincère, un ado. A la sortie du poste de police attaqué le 12janvier dernier au cocktail Molotov après la mort d’un jeune dans un accident de moto, une conversation s’improvise avec un policier qui relativise l’impact du fait divers. « Ces fauteurs de troubles venaient de l’extérieur (...) Le contact avec les jeunes passe bien ». « Le principal fléau, c’est la drogue ? », demande de Villepin. « Oui, c’est un grand fléau, mais ce n’est pas propre à Tourcoing. » Le ministre a aussi annoncé la création d’une « mission » pour préparer la future loi de prévention de la délinquance. Cette « mission », qui travaillera auprès de lui, devra « rassembler toutes les informations, toutes les initiatives, pour en tirer un certain nombre d’enseignements, une sorte de guide des bonnes pratiques de ce qui marche et de ce qui mérite d’être encouragé dans ces quartiers sensibles. » Bernard Derosier, président du conseil général du Nord, lui avait rappelé dans la matinée le « nécessaire maintien du lien de confiance entre le travailleur social et la personne suivie, incompatible avec une obligation de signalement aux autorités locales ». A Roubaix, l’après-midi, le ministre a rencontré la première promotion sortante des cadets de la police nationale, nouveau corps destiné à faciliter l’intégration des jeunes. Ce programme avait été décidé par Nicolas Sarkozy. Il permet à des jeunes de plus de 16 ans de préparer le concours de gardien de la paix dans les meilleures conditions, via une formation de 700heures dispensée à l’école de police et au lycée professionnel. « On veut élargir le dispositif à l’ensemble des écoles de police dès la rentrée prochaine pour atteindre l’objectif de 500 cadets », a indiqué Dominique de Villepin. Nicolas FAUCON