Le bilan fantôme du conseil local de sécurité

Le fait du jour. Conseil local de sécurité (CLS) et prévention de la délinquance : quel bilan après deux ans et demi d’activités ?

lundi 6 février 2006

La dépêche du midi du 25.01.06


Le 6 juin 2003 était installé, en grande pompe à la mai­rie de Carcassonne, le con­seil local de sécurité et de pré­vention de la délinquance (CLS). Deux et ans demi après son ins­tallation, où en est le CLS ? Sur quels thèmes ces nombreux [trop ? Ils étaient 44] membres ont travaillé ? Quelles ont été les actions menées sur le terrain ? Quelles ont été les propositions faites au préfet ou au procureur de la République ? À ces ques­tions, Jean-Louis Bès, l’adjoint en charge de la sécurité, donne une réponse éloquente. « On ne peut pas dire que ça ne sert à rien. » À l’heure où la ville con­naît parfois des sursauts d’actes

En deux ans et demi, le conseil local de sécurité s’est réuni à 7 reprises et semble ne pas avoir laissé de souvenirs im­périssables aux acteurs qui y siègeaient. Selon Jean-Louis Bès, le « CLS a vécu ». de vandalisme (voir en page 19) ou des épisodes de violence gra­tuite (caillassage de bus), la politique de prévention de la délin­quance montre ses limites. Mais comment pourrait-il en être au­trement ? Le CLS, « véritable usine à gaz » selon Jean-Louis Bès, s’est réuni 7 fois en deux ans et demi pour évoquer la problé­matique de la violence scolaire, de la sécurité dans les transports ou la sécurité dans les commer­ces... L’adjoint au maire recon­naît d’ailleurs volontiers les li­mites de cet outil. « Notre objec­tif n’est pas de courir après les délinquants mais la manière dont on peut prévenir les faits de dé­linquance », explique-t-il avant d’estimer que « le CLS a au­jourd’hui vécu. Il a permis d’ou­vrir des pistes mais il faut passer à autre chose. » Carcassonne n’échappe pas à des aspects de la délinquance mo­derne : celui du rajeunissement de ses auteurs. Les chiffres 2005 de la délinquance sont là pour le prouver, un tiers des crimes ou délits sont désormais commis par des mineurs. Du coup la tenta­tion est grande pour le législateur de renforcer le dispositif répres­sif, d’étendre les pouvoirs de po­lice du maire. Reste à savoir si le premier magistrat d’une ville peut se substituer à une fonction régalienne ? « C’est une question qu’il faut aborder sans idéolo­gie », estime pour sa part Jean-­Louis Bès. « Une chose est sûre, conclut-il, le maire est le premier interlocuteur d’un citoyen lors­que celui-ci est confronté à un problème de vandalisme ou d’in­civilité. » Faut-il pourtant lui donner tous les pouvoirs ? Bruno Huet. G. Larrat : « Notre police est une police d’écoute »

Quand on évoque avec Gérard Larrat, le travail réa­lisé par le CLS ( Conseil local de sécurité et de pré­vention de la délinquance ), le maire de Carcassonne sourit et lance :« Voyez ça avec Jean-Louis Bès ! » Fa­çon élégante d’évoquer les missions dévolues au CLS et son bilan après deux ans et demi d’existence. « D’une manière générale, souligne le maire de Car­cassonne, nous avons joué notre rôle en matière de prévention de la délinquance. Nous avons une po­lice municipale qui est une police d’écoute mais pas de répression. Sept policiers ont été recrutés l’an dernier, il y en aura 6 ou 7 autres cette année. » Quant à avoir des pouvoirs de police plus étendus,Gérard Larrat évoque cette perspective avec une prudence de chat. « II existe un projet qui ferait du maire le centre de cette politique de prévention et de répression. II au­rait pour mission de coordonner ces différents as­pects », note le premier magistrat de la ville. « Si de­main nous obtenons ce nouveau pouvoir, il faudra obtenir de nouveaux moyens. Nous les assume­rons. » Mais visiblement Gérard Larrat se voit mal promu premier « flic » de la ville, même si au­jourd’hui ses concitoyens sont aussi les premiers à venir signaler des faits d’incivisme qui participent au développement du sentiment insécuritaire.