Le Travail social à l’épreuve des politiques libérales et sécuritaires : Etat des lieux

samedi 28 avril 2012, par Sophie.L


Le Travail social à l’épreuve des politiques libérales et sécuritaires : Etat des lieux

Le secteur social et Médico-Social depuis environ deux décennies subit une libéralisation empruntée au secteur productif. Les Conseils Généraux, pour la plupart de gauche ont été les précurseurs du tournant libéral du Travail Social depuis l’ère Jospin. Les « études de marché de l’associatif » et des audits destructeurs au gré des politiques de la ville, se sont multipliés plaçant ainsi les secteurs lucratifs et non lucratifs en concurrence, pour au final ne leur dispenser que des miettes.

L’expertise destinée à évaluer les besoins du terrain exercée auparavant par des sociologues, ou des professionnel, est donc livrée aux cabinets conseils qui viennent en renfort dans les institutions « normaliser » le Travail Social à coup « d’évaluations internes » « d’évaluations externes ». Les services autant publics que privés sont envahis par le management, ce qui place les contraintes administratives et budgétaires au centre des interventions au détriment des fondamentaux humanistes inhérents au Travail Social. Sensé échapper à la productivité, le Secteur associatif devient une entreprise managée, soumis à des logiques comptables qui ne peuvent être transposées à l’humain. C’est pourtant la qualité des organisations et des professionnels et non celle les procédures et des normes qui produit un travail social de qualité Paradoxalement le coût élevé de ces dispositifs n’est pas remis en question dans une période où les postes, les augmentations salariales, seraient impossibles à maintenir. Des cadres intermédiaire quasiment inexistant auparavant ont été recrutés massivement, petits chefs serviles du social formés à la hiérarchie à bas coût dans les formations de type CAFERUIS où prédominent les obsessions évaluatrices et gestionnaires. Le secteur social connaît une crise sans précédent : fermetures de structures licenciements « sauvages » précarisation des salariés. Sous couvert « d’innovation et de créativité » de nouvelles formes d’organisation constituées autour de l’aide à la personne servent de « variables d’ajustement » à moindre coût. Les métiers émergents où « petits boulots du social » explosent tandis que les professions dites « canoniques » (éducateurs spécialisés, assistantes sociales, animateurs DEFA) perdent leurs acquis obtenus par la syndicalisation. Ce Secteur auparavant soumis au paternalisme de puissantes fédérations de parents d’enfants handicapés ou « inadaptés »et aux bonnes œuvres a connu une syndicalisation croissante conduisant à la signature des principales conventions 51 et 66. Depuis 2004 de multiples tentatives de refonte de ces conventions ont été faites par les fédérations de syndicats employeurs FEGAPEHI (convention 51) et Syneas (convention 66) pour supprimer l’adéquation entre formations diplômes et qualifications, individualiser les salaires, précariser les statuts avec comme finalité atomiser le secteur en ne reconnaissant que des accords d’entreprise. Dans l’obligation de faire machine arrière en raison d’une mobilisation sans précédent des collectifs et syndicats les patrons du social, s’emploient à pratiquer une politique de la peur ans leurs institutions en brandissant les suppressions de postes et d’établissements comme menace permanente, pour museler les personnels, et les soumettre aux névroses évaluatrices, et sécuritaires du moment. Au lieu d’instaurer un rapport de force, les présidents et directeurs associatifs se soumettent à la loi du marché, rentrent en concurrence les uns avec les autres, anticipent les baisses budgétaires et assurent une simple prestation de service, bref se tiennent aux ordres des financeurs (Conseils Généraux, Agences régionales de Santé, Ministère de la justice…) comme si cette servilité suffisait à garantir la pérennité des établissements et services. La mission principale du travail social, l’accompagnement des populations les plus fragiles, chômeurs de longue durée, immigrés sans papiers, familles marginalisées, relève à présent de multiples interventions segmentées qui n’ont plus de cohérences entre elles. Dorénavant les individus doivent s’adapter à ces dispositifs, et non l’inverse, rentrer dans des cases, se montrer effectivement« reinsérables » donc rentables. Les travailleurs sociaux sont chargés d’effectuer ce tri. En effet l’insertion doit être effective, si ça n’est dans le système économique, du moins dans le « productivisme social », dans un dispositif à prix « discount » d’où les populations les plus esquintées sont écartées. Le seul engagement de l’Etat consiste à ne pas les laisser crever dehors, en mettant à disposition un gymnase pendant les plans grand froid. Ces floués du système capitaliste du fait du démantèlement de l’économie sont accusés d’être responsables de leur situation et mis en demeure de justifier de leurs minima sociaux. Ils subissent une stigmatisation et un flicage permanent, du fait du croisement de fichiers administratifs de plus en plus performants, et sont accusés de fraude, alors que ce phénomène reste marginal et sans fondements. Le dernier dispositif ou fichier SAIO (Service Intégré d’Accueil et d’orientation) organisé par le Secrétaire d’Etat au logement depuis 2010 via les Préfets est expérimenté dans chaque département. Il doit être rempli avec soin par tout travailleur social recevant les demandeurs d’hébergement. Il contient leur l’identité précise, la vérification de leur titre de séjour si hors CE et des items tels que “le demandeur est-il endetté ? ». La Préfecture du Nord aurait demandé aux associations de décliner les identités, les origines et les dates d’entrée sur le territoire de familles Romms. Un tour de passe- passe prodigieux a été orchestré : transformer des droits fondamentaux acquis dans des systèmes de solidarité arrachés par les luttes sociales : Santé, Education, droit au logement, en accès limités en fonction la docilité des bénéficiaires, soumis à un véritable parcours du combattant. Un bricolage fait de bric et de broc fait de multiples « prestations » à moindre coût a ainsi remplacé les droits fondamentaux.

Le renforcement de l’Etat pénal et le virage sécuritaire de la Protection Judiciaire de la jeunesse (PJJ) Un empilement de lois sécuritaires a été promulgué ces vingt dernières années, dont le gouvernement Jospin n’est pas exonéré (lois de sécurité quotidienne). Ces lois sécuritaires viennent impacter de plein fouet tous les domaines de la protection de l’enfance, de la Prévention Spécialisée à la protection judiciaires de la jeunesse (PJJ). La loi pour la sécurité intérieure (LSI ou Loi Sarkozy II) été adoptée par le parlement le 18 mars 2003. Elle instaure une série de nouveaux délits lourdement sanctionnés en matière de prostitution, de mendicité, de rassemblements dans les halls d’immeubles, pour les gens du voyage, les squatteurs et durcit les contrôles d’identité. Les lois Perben 2 votées le 9 mars 2004 modifient l’article 2, de l’ordonnance de 1945 plaçant les mineurs délinquants sous assistance éducative, en ramenant la majorité pénale à l’âge de 10 ans. Des peines d’enfermement peuvent être prononcées dès l’âge de 13 ans (Centres éducatifs fermés prisons pour mineurs) Le mot « enfant » disparaît totalement du vocable du Ministère de la justice, il s’agit à présent de « mineurs. Ces lois liberticides avec en parallèle la destruction massive de la Prévention Spécialisée ont totalement modifié l’approche de l’enfance en danger et de la protection de l’enfance : L’enfant n’est plus ni en danger ni à protéger, mais c’est la société que l’on protège de ses enfants par l’enfermement et la sanction pénale. Présentés comme « innovants » ces dispositifs d’enfermement sont en réalité le retour aux politiques des années 30, avant la mise en place de l’assistance éducative. Les éducateurs de la P.J.J (Protection judiciaire de la jeunesse) appuyés par leurs organisations syndicales avaient pourtant refusé d’intégrer ces structures, en soulignant l’antinomie entre éducatif et répressif. Ils se voient contraints aujourd’hui à travailler aux côtés des « matons » dans les prisons pour mineurs ou en centres fermés. Cette répression sur les mineurs doit encore s’aggraver dans les années à venir avec la suppression des habilitations départementale justice de certains établissements (AHAPS, MECS).Les jeunes primo délinquants accueillis auparavant vont devoir intégrer des centre éducatifs fermés, les CER ( Centres éducatifs renforcés) sont supprimés. Les C.E.F. auparavant réservés aux délinquants multirécidivistes, vont pouvoir former ces jeunes à « l’école du crime » comme les prisons pour mineurs. Ces C.E.F. concentrent la plupart des moyens financiers de l’Etat leurs budgets ont augmenté de 200% alors que Nicolas Sarkozy était Ministre de l’intérieur, tandis que les services de prévention spécialisés et les foyers de l’enfance voient leurs prix de journée réduire comme une peau de chagrin.

Les lois de Prévention de la délinquance

Expérimentées depuis 2004,votées le 7 mars 2007, l’appellation de cette loi, constitue en elle-même une dérive sémantique puisque par « prévention » il faut dorénavant entendre « modalités de répression ».Elle renforce le pouvoir des maires qui peuvent recevoir des informations confidentielles et nominatives « ou secret partagé » susceptibles de l’être même avec la police au sein des comités locaux de sécurité. Elle durcit encore les sanctions contre les enfants de plus de 10 ans.

Les ripostes d’un secteur social de plus en plus combatif

Le mythe d’un âge d’or du travail social dans l’état providence des trente glorieuses, a fait long feu. Le « contrôle social » exercé par le biais du Travail social avait conduit les travailleurs sociaux à s’organiser au sein de collectifs des les années 70. La question de la délation était déjà prégnante en 1972, alors qu’à Besançon deux éducateurs avaient été condamnés pour avoir refusé de dénoncer deux jeunes ayant commis un délit dont ils avaient été témoins. Une première brochure « Le travail social contre qui ? » Éditions Solins publiée par le GITS (Groupe d’information du travail social) dénonce la maltraitance dans les institutions et se solidarise avec les jeunes qui en sont victimes. La revue « Champ Social », outil de collectifs de travailleurs sociaux s’’interroge sur l’instrumentalisation du Travail Social, refuse d’être « la roue de secours » du capitalisme par le biais de l’assistanat et d’assurer « paix et contrôle social ». Ces premières organisations du secteur en collectifs autogérés ont disparu pendant une décennie, laissant la place à un corporatisme léthargique, peu politisé, considérant le social comme seule réponse à la « question sociale »et faisant fi de la critique du capitalisme. La tradition d’organisation de luttes en collectifs a ressurgi en 2002 lorsque le secteur a été atteint par une vague de licenciements et de grèves. A partir de 2004 les luttes des salariés se sont développées et structurées autour de deux axes principaux : le maintien des conventions collectives et la lutte contre les lois de prévention de la délinquance qui institutionnalisaient la délation tant chez les professionnels du social que chez le citoyen lambda.

La lutte des collectifs locaux antidelation et du Collectif National Unitaire

Cette approche sécuritaire du Travail Social a provoqué un tollé tant dans les fédérations professionnelles (ANAS) que chez les travailleurs sociaux. Expérimentée dans des départements « pilotes » la loi de prévention de la délinquance a provoqué en 2004 à Vitry le François une manifestation regroupant des milliers de travailleurs sociaux dans ce Secteur peu enclin aux mobilisations. Cette démonstration de force à abouti à une organisation en collectifs locaux anti délation présents dans la plupart des départements, fédérés sein d’une coordination nationale. Cette organisation en collectifs autogérés, s’est elle-même fédérée avec un cartel de syndicats regroupés au sein du C.N.U. (Collectif National Unitaire) composé par la CGT Santé, Sud Santé, la F.S.U. et la C.N.T .Santé Social. Notons que le CNU n’avait pas de pouvoir centralisateur sur les collectifs locaux. Un site internet a été créé, permettant ainsi à chaque collectif local de s’exprimer et de proposer des actions à un échelon départemental voire national, et organiser des dates et lieux de coordination avec le CNU. Cette organisation a permis à des professionnels du social (Collectif de la Marne) d’être soutenus alors qu’ils étaient les précurseurs de la désobéissance à la commande de leur conseil général de remplir des fichiers nominatifs sur les usagers. Ces fichiers rendus publiques ont permis de cristalliser la contestation et de l’étendre. Cette fédération de collectifs anti délation est toujours active bien que ses composantes se soient modifiées au fil des années (dissolution de collectifs, créations d’autres…) et continue de se mobiliser contre tous les outils de fichages et les lois liberticides ( Lois Besson, Llopsi, Gueant…etc)

Les luttes pour la défense des conventions collectives 66 et 51

Les tentatives réitérées depuis 2004 par les syndicats employeurs de démanteler les conventions 66 et 51, ont conduit les professionnels du social à lutter dans ce type d’organisation en collectifs composée par des syndiqués et non syndiqués ; Le collectif « Touche pas à ma convention » basé à Lille a servi de moteur en 2010, après plusieurs années de veille à la réorganisation de collectifs régionaux lorsque les syndicats employeurs ont formalisé par un écrit la refonte de la convention 66, supprimant la plupart des acquis salariaux.

Soutenus principalement par Sud Santé ces collectifs ont été à l’origine de puissantes actions radicales : occupations et manifestations devant les commissions paritaires, grèves générales reconductibles actions décentralisées au grand dam des centrales syndicales. Les manifestants ont subi des violences policières pendant ces manifestations. Une suspicion a commencé à s’installer entre les collectifs, les bases syndicales et les directions des centrales syndicales. Lors d’une manifestation nationale à Paris regroupant des milliers de salariés du social venus de tous les départements devant une commission paritaire, les manifestants ont été violemment chargés par les CRS. Les manifestants ont été outrés de constater que bien qu’informés de ces violences qui se déroulaient pratiquement sous leurs yeux, les négociateurs n’aient pas rompu les négociations en signe de solidarité. A Beaumont sur Oise, en juin 2010 les négociateurs CGT, CFDT et FO, alors que l’accès à la commission paritaire était barré par les manifestants sont rentrés par un autre porte avec les syndicats employeurs sous la protection de cordons de CRS. Les grévistes en colère ont forcé les grilles et envahi massivement le lieu. Les négociateurs de ces syndicats suspectés de « trahir » leurs bases s’ils accédaient à la négociation, ont même été retenus par les manifestants pour empêcher toute signature. Cette action menée par 400 personne a subi les foudres de la fédération CGT de Montreuil, jugée « irresponsable » « anti démocratique » dans un communiqué vengeur. La fédération CGT ne reconnaissait pas la légitimité à une assemblée générale constituée par des collectifs et bases syndicales venus de tous les départements de décider d’une action directe. Ces syndicats (CGT CFDT, F.O ) de connivence avec les syndicats employeurs ont tenu la date et le lieu de la commission paritaire suivante secrète ! Depuis quelques mois la situation du secteur social s’est profondément détériorée, l’Etat s’est désengagé de l’hébergement d’urgence et de l’insertion : ARS préfectures et conseils généraux se renvoient la balle, tandis que des services ferment, et que les licenciements se multiplient. Des mobilisations, grèves illimitées décentralisées, occupations, s’organisent dans les régions à l’initiative des bases syndicales et de collectifs en dehors des journées sporadiques nationales décidées parcimonieusement par les centrales syndicales. Le secteur social auparavant frileusement confiné dans son corporatisme, s’est impliqué clairement dans des mouvements sociaux plus vastes, comme le mouvement des retraites. Il s’est joint à des actions radicales piquets de grève, occupations de plates-formes pétrolières aux côté des ouvriers .il s’ouvre à présent à une critique plus globale du capitalisme, et tente d’amorcer une convergence avec les autres secteurs en lutte. (RESF, Réquisitions du DAL, secteur psychiatrique, éducation nationale) La présence de nombreux anarchistes, tant au sein de Sud santé que de la C.N.T. séduits par l’organisation autogérée des collectifs contribue à politiser les luttes, et à résister contre la soi-disant légitimité des politiques libérales et sécuritaires. Cette forme d’organisation, démontre qu’un mouvement, voire une société peut fonctionner sur des bases horizontales, et fédérée, sans bureaucratie.


1 Message

  • je me permets de vous faire part de l experience que j ai eu lors d un bilan de santé en 2009, mon mari et moi avions fait une demande a la secu qui nous a adresse vers un centre medicaux social du nord,nous avons donc recu une convoquation et un questionnaire qui etait pour le moins intrusif... erreur de notre part nous l avons quand meme remplit et signer tout en ne repondant pas a certaines questions(voyez vous votre famille ?si vous etes a la rue,un proche peut il vous heberge ?ou encore si vous avez de gros pb financiers,un proche peut il vous preter de l argent ?)je dois dire que voir ce genres de questions m a mise sur le cul !je ne comprends toujours pas ce que ca vient faire dans un questionnaire sur la sante ??,j ai donc refuse de repondre a cas questions precises. En passant avec le medecin,je demande donc des explications et je lui precise que je veux recupere la version papier,la je me suis litteralement fait incendier,je pense qu elle doit mieux parler a son chien..,mais j ai tout de meme recu avec les resultats les questionnaires et la quelle ne fut pas notre surprise de voir que sur le questionnaire de mon mari les reponses manquantes avaient ete cochees a sa place,et qu il y avait des annotations(pas de social) en rouge inscrites dans un coin !! A quand les cartes d identite marquees avec un c pour chomeur ?! Tout ca nous a revolte,malgre mon sentiment d impuissance,que faire contre ca ?vers qui se tourner ? Merci de m avoir lu