La racaille des crèches

Par Guy Konopnicki

dimanche 13 novembre 2005

12 au 18 novembre 2005 / Marianne


Voitures de pompiers Fisher-Price incendiées, racket des pelles à sable, trafic de petits pots Blédina croissance, doudous et nounours victimes de tournantes... Il était grand temps qu’une commission parlementaire s’inquiète des signes de délinquance exprimés entre 0 et 3 ans ! On ne se méfiera jamais assez de ces voyous potentiels ruminant leurs tétines. C’est qu’ils savent, tôt, vous faire chanter ! J’en connais qui exigent un répertoire complet de berceuses avant de consentir à fermer les pau­pières. On commence par les chan­sons, et l’on ne tarde pas à récla­mer des histoires de loups dévorant les grand-mères. On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, de voir ces mêmes bambins rançonner les petites vieilles, quelques années plus tard. Il n’y a pas de goûts innocents. Quand on s’identifie à Boucle d’or, on se prépare à pénétrer par effrac­tion dans la maison d’autrui, pour prendre la chaise, le bol et jusqu’au lit d’un ourson honnête. Certains rigolent, quand un brave ogre se voit contraint de dévorer ses pro­pres filles, à cause des manigances de cette caillera de Petit Poucet, un gamin en fugue, gibier de colonie pénitentiaire. D’autres s’amusent de voir un carrosse transformé en citrouille et il faut voir, sous le sou­rire ravi, la manifestation d’une pré­disposition à réduire les voitures en cendres.

Les futurs criminels roulent en poussette. Le député UMP Jac­ques-Alain Bénisti a repéré le dan­ger représenté par ces terreurs et propose, sans rire, la mise en place d’un système de détection des signes de délinquance dans les crèches et les maternelles. En l’état actuel des connaissances, les tests de dépis­tage des molécules criminogènes du foetus ne sont pas tout à fait au point. Nous n’en sommes pas à pla­nifier la stérilisation des reproduc­teurs potentiels de délinquants. Le rapport parlementaire s’en tient à des mesures plus classiques. On ne propose pas la réouverture du bagne d’enfants de Belle-Ile-en-Mer, mais on songe tout de même à des cen­tres d’apprentissage en internat sur­veillé. Cependant, nos parlementai­res admettent que, dans les centres fermés, les adolescents « s’autosug­gestionnent ». Nos élus, réunis en commission d’enquête, jugent donc inutile et même dangereux de réin­venter les maisons de correction. D’autant qu’il n’y a plus de bataillon d’Afrique pour parfaire l’éduca­tion des anciens de la redresse... D’où cette idée novatrice : le place­ment du jeune délinquant dans une famille d’accueil, « de préférence en milieu rural ou agricole ». La repré­sentation nationale montre ainsi sa parfaite connaissance de la société française, elle pense que labourage et pâturage demeurent les mamel­les de la patrie ! Pour remettre les enfants difficiles sur le droit chemin, il faudra, au préalable, dénicher des exploitations agricoles fonction­nant encore sur le mode familial. Il rêve, Jacques-Alain Bénisti, de cor­riger l’enfant gâté par la ville en lui faisant mener les vaches au pré et rentrer les foins avant l’orage, puis écouter, à la veillée, les souvenirs du patriarche. A trop s’occuper de l’enfance, on y retombe.

Le piquant du rapport parle­mentaire préconisant la pré­vention dès le plus jeune âge, c’est de commencer par une proposition supposée scientifi­que. L’éducation d’un enfant se joue avant 3 ans, affirme Jacques-Alain Bénisti, en jurant que sa science vient des pédopsychiatres. Vérité largement connue, depuis Freud. L’idée de traiter le mal à la racine est beaucoup plus ancienne. L’opé­ration « prévention du danger dès la crèche » devrait être lancée dès Noël. En hommage à ce grand pré­curseur que fut Hérode.


1 Message

  • La « racaille » des crèches

    23 mars 2007 11:04, par annie

    Y a t’il trop de pédo psychiatres ? un enfant de trois ans n’est pas un monstre et les parents ne sont pas responsable de tout leur environnement de près et de loin ou alors il faudrait traiter toute la famille et bien au delà. On maltraite dans le domaine de la santé pas uniquement dans des foyers, le harcèlement est un fléau sous toutes ses formes qui va de la sphère publique à la sphère privée (enfants sous influence). Chacun chacune sa propre part de responsabilité, son propre langage, l’éducation certes mais pas du dressage de militaire ou autre.