La prévention de la délinquance dans les quartiers encore à inventer

dépèche AFP

vendredi 16 avril 2004, par Emmanuel


15/04

17:29 La prévention de la délinquance dans les quartiers sensibles, qui fait l’objet d’un projet de loi préparé par le ministère de l’Intérieur, reste encore à réinventer sur le terrain, un constat qui ressort d’une rencontre d’élus et acteurs sociaux organisée jeudi à Paris.

Catherine Vautrin, secrétaire d’Etat à l’Intégration et chargée de la politique de la Ville, a ouvert ces rencontres en affirmant que la prévention de la délinquance était « une de ses priorités », rappelant la nécessité d’agir « très en amont » en matière de délinquance, même si les faits doivent être réprimés.

La délinquance « se nourrit du non-emploi, de la précarité, du délitement du lien familial, de la perte des valeurs et de la rupture avec l’institution scolaire », a-t-elle rappelé, insistant sur la nécessité de privilégier la « prévention précoce » et de s’attaquer en priorité à la « délinquance juvénile ».

Rapporteur des ateliers qui ont planché jeudi sur le sujet, le sociologue Sébastian Roché, juge sévèrement « l’immobilisme » d’une politique née dans les années 80.

« En l’absence d’évaluation, c’est l’immobilisme, on continue à avoir le même vocabulaire depuis 20 ans, les mêmes raisonnements à consonnance philosophique sur +prévention-répression+, alors que sur le terrain, certaines actions ont depuis longtemps dépassé cette vision », dit-il à l’AFP.

Ainsi, la nécessité du travail en commun, de l’échange d’information entre acteurs sociaux, police, justice, élus, est une antienne, mais elle n’est toujours pas appliquée, ou très inégalement sur le territoire.

« Nous sommes convaincus que le problème central est l’articulation entre les acteurs travaillant sur la prévention et la sécurité. On a la justice, l’école, la police, les éducateurs, certains pas toujours en lien avec leur hiérarchie, et personne pour mettre de l’ordre », affirme la secrétaire générale du Conseil national des Villes (CNV), Marie-Pierre de Liège.

Le CNV propose de placer au centre du dispositif le maire, dont l’actuel projet de loi renforce les pouvoirs en matière de prévention de la délinquance.

« Le rôle du maire a été déjà renforcé dans les derniers dispositifs, mais il continue à avoir un déficit de légitimité », souligne Mme de Liège, qui note aussi qu’une minorité de maires restent réticents à remplir ce rôle, qui, disent-ils, « relève de l’Etat ».

Le dispositif actuel censé regrouper les compétences, le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), reste, selon elle, inconnu de nombre d’acteurs de terrain et trop institutionnel.

« Le gardien d’immeuble est en première ligne. Mais lorsqu’il a un problème, qu’il veut déposer plainte, il ne sait pas qu’il peut se tourner vers le CLSPD où siègent les bailleurs », affirme Marie-Pierre de Liège.

Le CNV plaide pour la signature de « vrais contrats » entre partenaires, avec objectifs précis, et la possibilité de recourir au tribunal administratif pour non application du contrat par un partenaire.

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