La police fait la chasse au shit dans un internat

mardi 15 mars 2005, par gerard

Dans l’article ci-dessous : une nouvelle application du protocole police-éducation nationale qui illustre toute la différence entre ’’prévention sécuritaire’’ et une approche éducative ou sociale de la prévention basée sur la confiance . Pour les gamins de cette internat, rassemblés sous un prétexte fallacieux dans le réfectoire pendant la fouille de leurs chambres c’est la méfiance qu’ils risquent d’avoir appris. Sans parler du chantage du substitut qui en dehors de toutes décisions judiciaires impose un dépistage hebdomadaire...pour combien de temps ? décidemment les travailleurs sociaux doivent veiller à refuser toute ’’collaboration’’ qui ne pourrait que les disqualifier aux yeux des jeunes.


Société

La police fait la chasse au shit dans un internat

A Périgueux, émoi après la fouille des casiers des lycéens par les forces de l’ordre, sur l’initiative du proviseur. Par Michaël HAJDENBERG lundi 14 mars 2005

Périgueux envoyé spécial usqu’où aller pour empêcher les jeunes de fumer du cannabis ? Jusque dans leurs chambres, situées à l’intérieur d’un établissement scolaire, répondent conjointement le substitut du procureur et le proviseur du lycée Claveille de Périgueux. Le soir du 31 janvier, à l’initiative du chef d’établissement, des policiers débarquent dans l’internat de ce lycée sans soucis particuliers, avec des chiens prêtés par les douanes. Pendant que les élèves sont réunis au réfectoire sous un prétexte fallacieux, les chiens reniflent sacs et casiers, et s’attardent sur 75 d’entre eux. Les élèves sont appelés et leurs effets personnels fouillés. Dans les affaires de quatre d’entre eux, les policiers trouvent des barrettes de shit et de l’herbe. Le substitut du procureur propose un classement sous condition à tous ceux dont les affaires ont été reniflées par les chiens : pas de poursuite judiciaire si les élèves se soumettent à une analyse urinaire régulière. En revanche, si des traces de cannabis sont par la suite retrouvées, des poursuites seront engagées. Le procédé inattaquable du point de vue du droit choque nombre de professeurs. La moitié d’entre eux vient de signer une pétition remettant en cause le procédé, qui divise encore, plusieurs semaines après les faits. « Nous ne faisons pas l’apologie du cannabis, explique un professeur de philosophie. Nous avons les mêmes objectifs, mais pas les mêmes méthodes. Nous regrettons l’intrusion brutale dans une enceinte protégée car l’éducation est une affaire de confiance. On a menti aux élèves, et cette intervention laisse à penser que notre travail de prévention en tant qu’éducateurs est inefficace. » Les élèves, « intimidés » selon la section de la Ligue des droits de l’homme de Périgueux, qui dénonce « une politique de la terreur », ont accepté la proposition du substitut et n’ont pas protesté. Leurs parents non plus, en majorité. Mais le Snes et les profs s’interrogent. Ils regrettent l’atteinte à l’intimité par la fouille des casiers, et les malentendus qui peuvent en découler : des lycéens à qui on a proposé un suivi affirment n’avoir jamais fumé. Leurs affaires sentant toutefois le cannabis peut-être en raison d’une proximité géographique avec des fumeurs , ils ont été pointés du doigt. Philippe Guittet, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale, dénonce « un mélange des genres » et en fait une question de principe : « Le proviseur dispose de sanctions propres et n’a pas à faire faire le travail par des policiers. » Pour le chef d’établissement, « la peur du gendarme fait partie de la prévention, et il est irresponsable d’avoir une poussée d’acné dès qu’on voit un uniforme. Le but n’est pas de mener ces jeunes en prison mais de rappeler l’interdiction et de casser la dépendance. Et s’il est liberticide d’aider des jeunes à sortir de la drogue, alors, vive le liberticide ! ». Le prof de philosophie, lui, n’en revient toujours pas. Quelques jours après l’intervention, au milieu de son cours sur le droit et le Contrat social de Rousseau, on est venu chercher des élèves « pour qu’ils aillent pisser dans un flacon ».


1 Message

  • > La police fait la chasse au shit dans un internat

    19 mai 2005 16:09, par isabelle

    Je comprends la réaction des enseignants et des élèves. Cependant, même si je suis très respectueuse de la liberté et de la tranparence, j’aurai vraiment apprécié que le proviseur du lycée ou était mon fils agisse de la sorte. Cela lui aurait éviter (peut-être, je vous l’accorde) une escalade dans la consommation du cannabis ou autres toxiques et de passer dans l’illégalité. Cela aurait peut-être éviter de passer de très bon élève (15/20 de moyenne en début de 1ère), sportif (patinage sur glace à un très bon niveau + triathlon), avec une grande curiosité intellectuelle, beaucoup de joie de vivre et un grand respect d’autrui à un jeune homme qui n’a plus aucune envie, qui a été capable de revendre du cannabis sans se soucier de l’âge de l’acheteur et qui passera peut-être son BTS si les jours d’examen il a envie de se lever...
    Je comprends ces gens qui protestent, ils estiment qu’on ne peut pas tous sortir du même moule, qu’on a droit à un peu de marginalité mais ceux-la, ils ne savent pas ce que c’est que de trembler tous les jours pour leur « enfant chéri », d’être la seule à encore croire en eux.
    Ces gens là, ne connaissent pas l’action délétère du produit. Dans le meilleur des cas,on y laisse des neurones mais on en meure aussi. Ce n’est pas un discours rétrograde pour empêcher cette pratique « festive ». Sûrement, ils n’ont jamais vu mourir ces jeunes-là. Moi si, mon travail c’est de faire en sorte qu’ils meurent dignement et qu’ils puissent être accompagnés jusqu’au bout par leurs parents complètement effondrés.
    Je suis une femme particulièrement ouverte et tolérante et pour moi, respecter les jeunes et les aimer c’est leur permettre de vivre. Vivre pour moi, ce n’est certainement pas dans l’aliénation d’un produit quel qu’il soit !

    Isabelle