La pauvreté a de beaux jours devant elle

Rouge, n°2060, 15 avril 2004

vendredi 16 avril 2004


Voir en ligne : http://www.lcr-rouge.org/

Après la pauvreté des enfants révélée en février, la dernière enquête globale de l’Observatoire national de la pauvreté, créé depuis le vote de la loi contre l’exclusion, enregistre deux mouvements. D’une part, une baisse à long terme : le taux de pauvreté est passé de 20 % en 1970 à 7,4 % en 1984, puis à 6,1 % en 2001, mais avec une stagnation de plus de dix ans entre 1984 à 1994. Après une petite tendance à la diminution pendant « la reprise », une nouvelle hausse s’amorce depuis deux ans, due au durcissement considérable de l’accès à l’emploi, avec des salaires de misère (un million de salariés pauvres, dont 80 % de femmes), puis l’expulsion de l’Unedic et donc la montée des RMistes. Si la pauvreté a globalement diminué, notamment pour les retraités, c’est grâce au salaires et à la Sécurité sociale, comprise non comme filet de sécurité, mais comme maintien du salaire : la retraite est un salaire, pas une aumône, ni un patrimoine de rapport. Autrement dit, la baisse historique des salaires depuis les années 1980, la fin de l’indexation des retraites sur ceux-ci (loi Fillon 2003) et l’aggravation du chômage préparent une pauvreté de très long terme. D’autre part, pour dénombrer les populations pauvres, l’observatoire se base sur le données « revenus fiscaux » de l’Insee, qui « écrasent » la hiérarchie des revenus et patrimoines. De plus, la méthode française retient le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian (contre 60 % selon les statistiques européennes). La pauvreté demeure donc très sous-évaluée (lire Rouge 2054 du 4 mars).