La base élèves inquiète parents et directeurs

article de Ouest France (28/04/2007)

mardi 5 juin 2007

La Base élèves inquiète parents et directeurs Nationalité. Difficultés sociales... Des directeurs d’écoles refusent de renseigner le nouveau fichier informatisé des élèves. Des parents se mobilisent.


Ouest-France Édition du samedi 28 avril 2007

La Base élèves inquiète parents et directeurs Nationalité. Difficultés sociales... Des directeurs d’écoles refusent de renseigner le nouveau fichier informatisé des élèves. Des parents se mobilisent.

« Je ne l’ai pas encore rempli, confie une directrice d’école maternelle à Rennes, et j’hésite de plus en plus. » Jeudi, plusieurs enseignants, directeurs d’écoles, parents se sont retrouvés lors d’une réunion syndicale autour de Françoise Dumont de la Ligue nationale des Droits de l’homme. Au coeur des débats, la « Base élèves », encore expérimentale. C’est un fichier informatique pour une meilleure connaissance de la population scolaire et gestion des élèves.

Renseignée par les directeurs, la base est accessible par l’inspecteur d’académie, le maire. Beaucoup d’enseignants butent sur la case nationalité, obligatoire. « C’est lié à la loi de prévention de la délinquance. C’est un outil », insiste Charlotte, directrice à Rennes. « Chat échaudé craint l’eau froide, renchérit Françoise Dumont. En matière de fichiers, il y a des dérives, détournements, erreurs. Le contexte n’est pas serein. Avec le champ de la nationalité, on fait vite le lien avec la volonté d’expulser les familles sans papier. Il y a un risque d’utiliser l’école, et que des familles, par peur, n’y mettent plus leurs enfants. » Certains directeurs ont décidé de mettre « français » pour tous leurs élèves, « et pas question d’y inscrire, les élèves sans papiers » prévient une directrice de l’agglomération. Au risque de perdre des moyens. Il y a aussi le champ des difficultés, le suivi par le réseau d’aide.

Pétitions

Tout le monde a compris que l’on n’échappe pas à la gestion informatique, que l’ère du crayon et du papier est dépassée. « Mais il n’y a pas eu de débat démocratique, regrette Françoise Dumont, dans un contexte où la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés), organe consultatif, n’a pas les moyens de travailler correctement. »

Jeudi, les directeurs étaient ravis d’échanger : « On en a assez des pressions, proteste Charlotte. C’est important que l’on se positionne. Je ne ferai pas tout ce qu’on me demande. » Claire, directrice dans une commune rurale, émet des regrets : « J’ai rempli la base-élèves. C’est ma deuxième année d’enseignement, on nous demande plein de trucs. Aujourd’hui, ça me met mal à l’aise. »

Les parents se mobilisent aussi, la FCPE lance une pétition, des parents d’Acigné ont ouvert un site, une action est prévue mercredi à Léon-Grimault... « Pas question que mes enfants soient fichés, si jeunes ! » lancent Gaëlle et Marie, de l’école Picasso.

Aujourd’hui, selon l’inspection d’académie, 68 % des élèves du public et du privé sont dans la « base élèves » : « Les parents ont tort, explique Jean-Charles Huchet, inspecteur d’académie. C’est la situation actuelle qui devrait les inquiéter, des fichiers sauvages auxquels n’importe qui a accès. La consultation de la base élèves est protégée. Il y a une hypocrisie, comme si la base élève était quelque chose de différent de ce que l’on observe dans le champ social. Les parents sont davantage « fliqués », comme ils disent, avec le téléphone portable et la carte bancaire que ne le seront leurs enfants dans la base élève. Elle n’est pas liberticide. » Des arguments que les enseignants ont déjà entendus, sans pour autant calmer leurs inquiétudes.

Agnès LE MORVAN. Ouest-France

Aujourd’hui 68 % des élèves de l’élémentaire sont inscrits dans la « base élèves ». : Archives Ouest-France

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