LE SYNDICAT DES COMMISSAIRES S’ATTAQUE AUX DELINQUANTS EN COUCHE-CULOTTES

Un catalogue de propositions délirantes. La très influente organisation propose de passer à l’action dès la crèche.

mardi 4 octobre 2005

Canard Enchainé du 28/09/05


Même Sarko n’y avait pas songé : le principal syndicat de commis­saires de police propose de traquer la délinquance dès le berceau ! Ce n’est pas un gag, quoique cela y ressemble. Le syndicat des commissaires et haut-fonctionnaires de la police nationale (SCHFPN), plus connu sous le nom de « Schtroumpf >, à cause de son sigle impossible à éternuer, vient de publier un document de « proposition » pour « la sécurité du quotidien ». Ce document est un incroyable sottisier qui serait désopilant s’il n’émanait d’une organisation puissante, qui a prouvé, dans un passé récent, sa capacité à mener avec succès des opérations de lobbying auprès du gouvernement et du Parlement. De nombreuses dispositions des lois Sarkozy et Perben sont inspirées des « idées » du Schtroumpf et de ses dirigean­ts. Pour faire moderne et impressionner le chaland, les propositions des commis­saires sont emballées dans un jargon plu­tôt réjouissant. Exemple : « La prévention de la victimisation constitue une part importante de la préuention de la délin­quance. » Le texte est également émaillé de solides évidences propres à rallier tous les suffrages : « Le traitement des pro­blèmes en multipartenariat suppose une confiance réciproque de tous les acteurs, et une connaissance approfondie des don­nées du dossier. » C’est en effet beaucoup mieux qu’une défiance, doublée d’une ignorance des dossiers... Un peu de brosse à reluire ne nuit pas, et le Schtroumpf saisit une nouvelle oc­casion, syndicale en diable, de dire tout le bien qu’il pense de Sarkozy. Les grou­pements d’intervention régionaux (GlR), dont Sarko est si fier , sont cités en mo­dèle, et les récentes lois vont dans le bon sens. Mais il faut aller plus loin. Et c’est là que cela se gâte. L’idée de délier les travailleurs sociaux de leur secret pro­fessionnel pour les autoriser, voire les obliger à se confier aux policiers, et aux magistrats est longuement développée .­Dans la discussion de la loi Perben, cette ­disposition avait dû être écartée en rai­son du tollé soulevé. Autre proposition, le serpent de mer des « peines plancher », qui sont pourtant contraires à la Constitution. Ou encore l’inscription au casier judiciaire, même pour les condamnations frappées d’appel : la prescription d’inno­cence vous salue bien...

Maternités sous contrôle

Au passage, les grands flics se mon­trent petits juristes. Ils suggèrent de dé­gager du temps pour les tribunaux cor­rectionnels en les déchargeant de « la poursuite des infractions de 5ème classe >. Sauf que ces infractions ne relève pas du tribunal correctionnel ! Ils proposent également de faire des graffitis non pas une contravention mais un délit en cas de « réitération ». Mais c’est déjà le cas, même la première fois ! Des bourdes à vous faire recaler en première année de droit. Le sommet est atteint lorsque le Schtroumpf se lance dans la « prévention précoce des enfants à risque ». L’action menée actuellement est jugée « tardive ». « Aucune action, se désole le rédacteur du texte, n’a été expérimentée à ce jour au­près des enfants qui présentent un com­

portement prédicteur (sic) de délinquance dès la crèche, la maternelle ou l’école pri­maire. » Tout bien considéré- « dès la crèche », n’est-ce pas un peu tard ? On sa­vait que les bandes de délinquants en couches-culottes avaient déjà sauvage­ment agressé des < taties >,. Mais les laxistes du Schtroumpf ont-ils songé aux maternités ? A tous ces petits monstres armés de biberons Molotov, de nounours contondants et de hochets antipersonnel qui menacent chaque jour la sécurité publique ? Le plus sûr serait d’obliger les futures mères, dès le deuxième mois de grossesse, à pointer deux fois par semaine au commissariat, et d’imposer au fœtus le port du bracelet de sécurité. En attendant de schtroumpfer mieux.

Louis-Marie Horeau

Le Canard enchaîné du 28 /09/2005