LE QUARTIER DU MIRAIL EN ETAT DE SIEGE A TOULOUSE :

LA SECURITE A QUEL PRIX ?

samedi 14 mai 2005


Durant ces dernières semaines, le quartier de La Reynerie au Mirail a connu un bouclage policier d’envergure.

Pour des raisons que les pouvoirs publics n’ont toujours pas clairement explicitées, les résidents de ce quartier, ont été l’objet d’une présence policière permanente, aux effets délétères.

Filtrage de carrefours, mesures vexatoires, stationnements ostensibles de voitures et de cars policiers sur les ronds-points bordant le quartier . Les habitants, victimes d’un traitement discriminatoire de plus venant s’ajouter à la fragilité économique et sociale à laquelle ils sont confrontés au quotidien, ont ainsi vécu des semaines sous une surveillance qui pouvait fâcheusement se rapprocher d’un état de siège.

Cette opération a, bien sûr, été émaillée de nombreux incidents : menottages abusifs, contrôles au faciès, contrôles d’identité répétés, tutoiements et violences diverses . ainsi que d’affrontements entre jeunes et policiers prenant la forme d’émeutes ou de « joutes viriles » telles que les décrit pour les dénoncer le récent rapport 2004 de la CNDS [1] Suite à ces épisodes de violence, 4 jeunes habitants ont été interpellés et ont été présenté à la justice suivant la procédure dit de comparution immédiate, utilisée aujourd’hui quasi-systématiquement, pour « caillassage »

Devant la faiblesse, voire l’absence de preuves à l’appui des accusations portées contre eux, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne leur a pas été accordé le bénéfice du doute par des magistrats ne souhaitant écouter, comme cela devient hélas une habitude. que la version policière. Ils ont ainsi été condamnés à des peines de 9 à 6 mois de prison ferme, et ont engagé une procédure d’appel.

La section toulousaine de la LDH est aux côtés des habitants de La Reynerie et soutient toutes les initiatives allant dans le sens de la revendication des citoyens à vouloir vivre dans un Etat de droit, et d’être traités sans discrimination.

Il ne s’agit pas, bien sur, de nier l’existence de problèmes de sécurité dans un quartier comme La Reynerie, ni de refuser toute présence policière - ce n’est pas, d’ailleurs, ce que réclament les habitants aujourd’hui mobilisés. En revanche, nous dénonçons une intervention de l’Etat se limitant au « tout sécuritaire », consistant exclusivement à déployer, au coup par coup, sans explication, une police de maintien de l’ordre pourvue de pouvoirs arbitraires qu’elle applique arbitrairement. En effet, en même temps que sont engagées de telles opérations, l’Etat se désengage d’un autre côté lourdement de toute intervention sociale, amenant les associations de quartier à l’agonie financière, et les militants associatifs et les habitants à la désespérance . ou à la révolte !

Ce qui se passe aujourd’hui à La Reynerie - et demain . où ? - est la conséquence de la mise en ouvre de lois qui, depuis 2002 ont instauré un rapport favorable au parquet et à la police, au détriment des libertés individuelles et collectives.

Il est plus que jamais important d’être vigilants face à ces dérives, et d’agir aux côtés de ceux qui, touchés massivement par les mesures mises en ouvre dans ce sens, tentent de résister.

Jean François MIGNARD

Ligue des Droits de l’Homme - Toulouse


Notes

[1] Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité - Rapport téléchargeable : www.cnds.fr .