L’augmentation des violences policières met en lumière les défauts d’encadrement et de formation

Le Monde, Piotr Smolar, 9 mai 2004

lundi 10 mai 2004

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a remis, vendredi 7 mai, son rapport au ministre de l’intérieur. En 2003, les saisines de « la police des polices » ont connu une hausse de 9,1 %


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Les signaux se multiplient, le ministère de l’intérieur relativise : les policiers sont de plus en plus souvent dénoncés pour des violences illégitimes. Le rapport d’activité 2003 de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), remis vendredi 7 mai au ministre de l’intérieur, Dominique de Villepin, a confirmé cette tendance (Le Mondedu 7 mai). L’an passé, les parlementaires ont saisi la CNDS dans 70 cas de violences ou de graves dysfonctionnements, 30 de plus qu’en 2002. L’essentiel de ces affaires concerne les fonctionnaires de sécurité publique.

Dans sa réaction, M. de Villepin ne s’est pas démarqué de son prédécesseur. Dans un communiqué, le ministre de l’intérieur a rendu hommage au « courage », à l’« abnégation » et au « dévouement admirable » des policiers, tout en précisant qu’il serait d’une « extrême rigueur dans l’application des règles de déontologie ».

Après cinq ans de hausse, 2003 a par ailleurs été marquée par une augmentation de 9,1 % des saisines des inspections générales des services (IGS) et de la police nationale (IGPN), la « police des polices ». « Il ne faut pas voir seulement les saisines, mais aussi les suites données, tempère Michel Gaudin, directeur général de la police nationale. Lorsque les faits sont avérés, on suspend les fonctionnaires. »

Pour Christophe Caresche, adjoint (PS) au maire de Paris, « en entendant M. Sarkozy dire qu’on ne tolère plus rien, le policier de base l’interprète au pied de la lettre ». « Si ces violences ont presque toujours lieu à l’occasion d’interpellations pour des faits mineurs, c’est bien parce qu’on demande aux policiers de ne rien laisser passer », ajoute-t-il. Pour Frédéric Ocqueteau, chercheur au CNRS, « la hausse des saisines de la CNDS montre que cet organisme commence à avoir une plus grande lisibilité. Mais ces dérives, dramatiques et scandaleuses, sont sans commune mesure avec ce à quoi on pouvait s’attendre dans le contexte d’union sacrée autour de la sécurité qui règne depuis le 11 Septembre ».

En outre, les rapports entre policiers et jeunes des quartiers se dégradent. « On n’intervient plus dans les quartiers sensibles de la même façon qu’il y a vingt ans, soupire un préfet de la région parisienne. Nous sommes dans une époque où coexistent un formidable besoin de sécurité de la population et des attitudes d’arrogance, voire de violence de quelques-uns contre les figures d’autorité, policières ou scolaires. »

Le rapport de la CNDS souligne les lacunes manifestes dans la formation et l’encadrement de policiers qui, dans les quartiers sensibles, demandent leur mutation à la première occasion. « Un cinquième des effectifs de la Seine-Saint-Denis est renouvelé chaque année, note Gérard Léonard, rapporteur (UMP) du projet de loi de finances 2004 sur la sécurité. Ce mouvement déstabilise les services. Il conduit à une situation de sous-encadrement des gardiens de la paix. »

Alain Bauer, membre de l’Observatoire de la délinquance, dresse un constat similaire. « Cette augmentation des violences policières ne relève pas d’une trop forte pression hiérarchique, mais d’un problème d’encadrement. Il faut créer des grades intermédiaires pour mieux encadrer la base. » C’est un des objectifs de la réforme des corps et carrières, discutée vendredi 7 mai à Matignon.

Piotr Smolar

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 09.05.04


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