Justice rapide contre la violence scolaire

Libération, Emmanuel DAVIDENKOFF, 29 avril 2004

mardi 4 mai 2004

Une convention vise à accélérer les réponses judiciaires aux agressions


Voir en ligne : Libération

Sur du velours. Pour sa première intervention autour de la violence scolaire, François Fillon n’a pas pris de risque en parrainant hier avec Dominique Perben, le garde des Sceaux, la signature d’une convention entre le parquet de Paris, le rectorat et la direction départementale de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Objet : accélérer la réponse judiciaire aux actes de « dégradations volontaires et tags, injures, outrages et menaces, usage de stupéfiants, violences légères commises en raison de l’appartenance vraie ou supposée à une race, une ethnie ou une religion ou stigmatisant des comportements supposés ». Hélène Martignac, ancienne directrice départementale de la PJJ et première déléguée du procureur de la République de Paris, sera chargée de mettre en musique cette nouveauté.

Examen réussi pour Fillon : Marie-Ange Henri, proviseure du lycée Jules-Ferry et responsable du Snpden Paris (syndicat majoritaire), n’a « rien à ajouter, rien à ôter » au discours du nouveau ministre de l’Education. Lequel s’est contenté d’enfiler les bottes de ses prédécesseurs, prônant la « violence zéro à l’école » (Allègre parlait de « tolérance zéro »), rappelant que « la réussite scolaire et les perspectives de promotion sociale sont [les] meilleures armes en matière de prévention » de la violence (axe du discours Darcos d’octobre 2002), et faisant la pub de la rapidité d’exécution en cas d’incident : « Plus on intervient rapidement, plus la chance de prévenir la dérive vers la délinquance est élevée. »

Vocabulaire. Rien de neuf : ce souci de raccourcir les délais de traitement des affaires est à l’origine des partenariats police-justice-Education nationale qui ont été mis en oeuvre en Seine-Saint-Denis dès 1992-1993, date à laquelle Jack Lang, alors ministre de l’Education, avait lancé le premier « plan antiviolence ». A l’époque, le chantier était énorme. Il fallait harmoniser le vocabulaire : « Les chefs d’établissement employaient des mots qui n’avaient pas de sens pour les juges ou les policiers », se souvient Henri Théodet, proviseur du lycée Auguste-Blanqui (Saint-Ouen), à l’époque en poste à Montreuil. Lever les préventions à l’égard de la présence de policiers en uniforme dans les établissements ; faire connaissance : pour tous, le cadre institutionnel ne suffit pas, il faut que les personnes se connaissent, s’apprécient ­ tel chef d’établissement indique qu’il faut pouvoir calmer l’ardeur d’un commissaire en lui demandant de ne pas trop bousculer tel élève, un autre se souvient de ces inspecteurs qui, à la demande d’un proviseur, ont laissé un élève qui passait son BEP terminer les épreuves alors qu’ils avaient un mandat d’amener à exécuter (il est allé en prison, mais avait un BEP pour la sortie...). Marier les déontologies : « On travaille sur les mêmes valeurs, républicaines pour le dire vite, mais pas de la même façon, précise Gérard Willeme, principal du collège Jean-Jaurès (Pantin). Je n’ai pas, par exemple, à jouer le rôle d’un enquêteur. »

Flottement. La seule ombre au tableau, dans l’expérience du 93, porte sur l’objet même de la convention signée à Paris : le temps de la justice est décidément trop lent par rapport au temps de l’école. « Lorsqu’un élève fait l’objet d’un signalement à la justice, cela prend des mois. Il a une impression d’impunité et souvent d’incompréhension lorsqu’on vient le chercher », explique Maurice Quénet, recteur de l’académie de Paris. Même flottement dans les établissements : « Après une rixe importante, par exemple, les personnels veulent savoir comment le dossier sera traité », note Jean-Charles Ringard, inspecteur d’académie en Seine-Saint-Denis. Qui souligne néanmoins qu’au fil des ans, la fluidité s’améliore.