« Je t’emmerde et je te mets un PV »

Libération, Patricia TOURANCHEAU, 18 mai 2004

samedi 22 mai 2004

Un Réunionnais insulté et frappé par des policiers à Paris pour avoir traversé hors des clous.


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Dimanche 9 mai, à 23 h 30, Patrick Marouvin, 35 ans, steward natif de la Réunion, sort du métro Château-Rouge à Paris et traverse la rue pour rejoindre son studio en face. Depuis une voiture de police garée à l’angle des rues Poulet et Custine, un agent l’apostrophe, agressif : « T’as pas vu que le feu est vert, là ! Allez, casse-toi et fais gaffe la prochaine fois ! » L’ex-majordome de la marine nationale réplique : « Vous n’avez pas à me tutoyer ni à me manquer de respect. » Le « très jeune flic blond-châtain » l’interpelle : « T’es un rigolo, je te tutoie et je t’emmerde, je te mets un PV. » Une contravention à 4 euros pour « piéton traversant en dehors du passage ». Attendu chez lui, Marouvin remet sa carte d’identité aux trois policiers, propose de la récupérer le lendemain au commissariat avec le PV : « Je rentre chez moi. » Le voilà interpellé à la hussarde, bras et tête maintenus en arrière, menottes serrées, et victime d’un violent coup de genoux dans les testicules.

Il appelle : « Au secours ! » Une main se plaque sur sa bouche. Ils l’embarquent. Le benjamin des flics lui rappelle ses origines, « chez toi, tu ferais pas ça », lui souffle sa fumée à la figure et menace : « Un huissier viendra te voir et tu casqueras tous les mois, toute ta vie. »

Du commissariat central du XVIIIe, les mêmes le conduisent au service d’accueil, de recherche et d’investigation judiciaire (Sarij), rue de la Goutte-d’Or. Garde à vue pour « outrage et rébellion ». Marouvin refuse de signer le PV de ses interpellateurs. Il réclame en vain un médecin. Il veut assister à la fouille de ses affaires : « J’ai trop peur qu’ils me rajoutent quelque chose comme dans Midnight Express ou qu’on me prenne de l’argent, c’est un tel cauchemar. » Il se retrouve dans la « cage » avec « des drogués ». « J’ai du mal à croire que je suis en France. Mes testicules ont triplé de volume. Toutes les dix minutes, je demande à aller aux toilettes. » Bientôt, le blessé suffoque à terre. Un gardien de la paix déboule, « croit à un cinéma », et le gifle « 4 ou 5 fois ».

Enfin, au bout de trois heures de garde à vue, sans audition ni examen médical, une patrouille le transporte à l’Hôtel-Dieu : « Du miel, des anges, ces policiers-là. Ils m’ont rassuré et se sont excusés : « On n’est pas tous comme ça. » » Les médecins de l’Hôtel-Dieu l’ont expédié d’urgence au service d’urologie de l’hôpital Tenon. Les chirurgiens l’ont opéré le lendemain : hydrocèle et risques de stérilité, arrêt de travail jusqu’au 31 mai. Son avocat, Julien Dreyfus, a dénoncé hier ces violences policières à l’Inspection générale des services et déposé plainte avec constitution de partie civile . Le steward a reçu ses objets laissés au commissariat avec deux PV en plus : « Jet de détritus sur la voie publique », « Cris et vociférations de nature à troubler la tranquillité du voisinage ».