Halte au manque de coordination dans nos banlieues !

Le Figaro du 13.01.06

mercredi 1er février 2006


Si la police « est le maillon central de la chaîne de la sécurité », elle est aussi le plus court, celui qui s’inscrit le moins dans la durée, car il ne traite pas l’individu, mais l’événement. On peut toujours appeler de ses voeux une police plus effica­ce, plus présente, plus déontolo­gique. On ne peut pas espérer qu’elle réglera, à elle seule, le problème des banlieues. Interve­nant en bout de chaîne, les poli­ciers sont bien placés pour savoir que c’est en amont que doit com­-mencer le travail. Et ce sont tout d’abord les fa­milles qu’il faudrait former ! Celles, issues de l’immigration, qui importent des modes de vie et d’éducation qui ne préparent pas leurs enfants au monde qui les attend. Celles des milieux

Par Christophe Soullez [1]

« Nicolas Sarkozy, devant l’inertie ambiante, avait bien identifié la nécessité d’unifier les acteurs des banlieues autour d’un vrai maître d’oeuvre »

les plus défavorisés, car une société brutale et peu humaine leur a fait perdre les repères nécessaires à la transmission du savoir social. Mais d’autres aussi, où les pa­rents sont aux abonnés absents. Créons donc une « Ecole des parents », si nous ne voulons plus faire des commissariats des pouponnières qui recueillent à minuit les gamins de 8 ou de 10 ans à la dérive. Cette carence éducative qui confine à la dé­mission reste la cause première de la délinquance juvénile dans les quartiers. C’est aussi le monde de l’édu­cation qui ne remplit plus son rôle. C’est dès la maternelle que se forgent les avenirs qui dé­chantent ! Et c’est dès le plus jeu­ne âge que la prise en charge doit être la plus adaptée et la plus efficace. Les intervenants sociaux em­ployés par les conseils généraux sont trop souvent absents aux moments stratégiques, c’est-à-­dire la nuit. C’est pourtant à ce moment précis que la police a besoin d’eux pour pacifier les si­tuations. Mais les éducateurs se situent résolument à part et sont fermés à toute réforme de leur méthode de travail.

Le pouvoir judiciaire, aussi, oublie parfois où il doit se si­tuer. Envisager de changer la loi sur les mineurs délinquants de­vient iconoclaste. Comme si le mineur d’aujourd’hui ressem­blait à celui de 1945 ! Ne perdons pas de vue que la grande majori­té des faits ne sont commis que par une infime minorité de jeunes délinquants. Dans ce monde qui devrait être unitaire au profit des ban­lieues, les structures se présen­tent ainsi en ordre dispersé. II n’y a pas de véritable coordina­tion : c’est le règne des chapelles et du chacun pour soi.

Dans le silence des parties prenantes, dans l’absten­tion des autres administrations, dans l’absence chronique de certains services ministériels, ceux de l’Intérieur ont voulu prendre les choses en main. Ni­colas Sarkozy, le premier, devant l’inertie ambiante, avait bien identifié, au cours de son pre­mier séjour à l’Intérieur, la né­cessité d’unifier les acteurs des banlieues autour d’un vrai maître d’oeuvre. Ce fut un échec : le projet de loi élaboré par son cabinet se heurta à toutes les féodalités ministérielles. Tout fut bon torpiller la seule vraie chance de tirer les banlieues de leur ornière. Ce projet fut repris par son successeur. Malgré les multiples accommodements volontairement recherchés, une autre présentation, certains abandons et de saines colères contre la résistance des uns et le manque de courage des autres, le dessein de Dominique de Villepin connut le même sort que celui de son prédécesseur. Le nouveau projet de loi fédérateur en cours de préparation sous l’égide du ministre de l’Intérieur risque d’être celui la dernière chance. Il est temps de la saisir.


Notes

[1] Criminologue, coauteur d’ Insécurité, la vérité (J.-C. Lattès, 2002).