Fichage : LE remède incantatoire (non remboursable)

jeudi 9 septembre 2004, par Nath

Le ministre de l’intérieur, en visite à Vitry-le-François le 6 septembre dernier, a énoncé que les « expérimentations » ont déjà donné des résultats et annonce une baisse constatée de la délinquance de 26% dans cette ville !!! Aucune action de prévention n’ayant été réalisée*, nous pouvons en déduire que Mr de Villepin et son prédesseur, Mr Sarkozy, pratiquent une sorte de médecine ésotérique : peut-être s’agit-il, par le simple regard et la concentration, de faire bouillir l’eau contenue dans un verre posé sur la pile de fiches remplies par les soins du Conseil Général.

*pour rappel : la seule « opération » effectuée depuis la désignation de cette ville comme site pilote parmi 23 autres a consisté à ficher les individus et familles rencontrant des difficultés.

Voici en tout cas ce qu’en tire la presse locale :


Sécurité à Vitry : avec les encouragements de l’Etat

« Est-ce que vous avez quelque chose à dire aux ministres ? ». Dans la boulangerie du centre commercial du Hamois, la phrase lancée avec force couvre sans peine les chuchotements de la visite organisée. C’est le député Charles de Courson (UDF) qui tente de mettre un peu d’ambiance. « Pas de problème depuis deux ans que nous sommes là », répondent en substance les commerçants. Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, et Catherine Vautrin, secrétaire d’Etat à l’Intégration et à l’égalité des chances, poursuivent leur court périple, sans excès, avec juste quelques applaudissements d’un public bien sage à l’arrivée du successeur de Nicolas Sarkozy. « L’immersion » ministérielle dans ce quartier populaire de Vitry-le-François quadrillé par les forces de l’ordre, avant midi ce lundi matin, ne révèle aucun malaise. Elle ne sert d’ailleurs pas à cela, mais à démontrer le soutien de l’Etat dans le déroulement du contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD, lire nos éditions du lundi 6 septembre). « Plutôt que décider d’en haut, nous préférons prendre appui sur le terrain », explique Dominique de Villepin, qui, avec son collègue de la justice, prépare un nouveau projet de loi sur la sécurité et la prévention pour la fin de l’année. C’est dans cette perspective que 24 (ou 23 selon les versions) quartiers et villes ont été retenus en janvier comme sites d’expérimentations avec la mobilisation de tous les acteurs : services de sécurité, justice, services sociaux, collectivités, etc. A Vitry, la délinquance globale a diminué de 26 % sur les huit premiers mois de l’année, et le taux de réponse judiciaire s’élève désormais à plus de 90 %. « Il n’y a quasiment plus de classements sans suite » a révélé le procureur général. Mais la situation reste difficile : un quart des faits de violence constatés à l’école par l’Inspection académique de la Marne concernent la cité scolaire François 1er de Vitry-le-François. De même, la brigade marnaise de la prévention de la délinquance juvénile, basée à Reims, déploie 35 à 45 % de ses moyens sur Vitry. La création d’une antenne décentralisée de cette brigade a d’ailleurs été confirmée par le ministre. C’est l’une des principales mesures annoncées hier par Dominique de Villepin, avec le financement de deux motos tout terrain et l’aide à l’acquisition de deux caméras supplémentaires dans le dispositif de vidéosurveillance. Rien de nouveau, en revanche, du côté des effectifs de gendarmerie qui devront se contenter d’un redécoupage de leur champ d’intervention, sept communes rurales devant bientôt passer sous la responsabilité d’autres brigades. Plus sûrement, Dominique de Villepin compte sur l’efficacité du partenariat des acteurs engagés dans le contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance. « Nous appuierons vos efforts dans tous les domaines », a-t-il assuré. Michel Biard, maire UMP de Vitry-le-François, certes satisfait de la double visite ministériel, reste en tout cas déterminé à demander des renforts de gendarmerie.

Jean-Michel François L’Union du 7 septembre 2004

Villepin à Vitry : un petit tour et puis s’en va !

Hier matin, Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, a foulé la terre vitryate, berceau d’un plan de prévention de lutte contre la délinquance, amorcé par son prédécesseur. 10 h 55. Avec une petite dizaine de minutes de retard, la voiture du ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, précédée d’une cohorte de motards, arrive devant la gendarmerie de Vitry-le-François. Le déplacement du successeur de Nicolas Sarkozy qui est accompagné pour la circonstance de Catherine Vautrin, secrétaire d’Etat à l’Intégration, ne semble guère avoir enthousiasmé les foules. Seuls quelques badauds assistent à la scène. Dans l’enceinte de la gendarmerie en revanche, tout le « gratin » est là : autorités civiles, militaires, judiciaires.

Les griefs du député Un petit tour dans les locaux en compagnie du commandant de brigade avant de serrer les mains de l’ensemble du personnel impeccablement aligné dans la cour. Sous la conduite du lieutenant-colonel Coste, commandant du Groupement de gendarmerie de la Marne, Dominique de Villepin examine le plan de Vitry. Alors que lieutenant-colonel vient de lui rappeler les principales opérations menées - notamment celle du Groupement d’intervention régional de Champagne qui a conduit à l’interpellation de 38 personnes impliquées dans des affaires d’économie souterraine et d’association de malfaiteurs - le député Charles de Courson met en exergue « le délai de traitement de la justice souvent trop long », mais aussi le « sentiment amer » des habitants de Vitry « qui voient circuler en toute impunité dans de grosses cylindrées flambant neuves des individus connus des services de police ».

Dix minutes au Hamois « L’action du GIR a porté ses fruits et nous allons poursuivre nos opérations », confiait le commandant de Groupement. 11 h 40. Le cortège prend la direction du quartier du Hamois, zone urbaine sensible de la cité rose. La foule n’est pas nombreuse pour accueillir le ministre de l’Intérieur qui effectue un tour rapide du centre commercial avant de prendre la direction de l’hôtel de ville. « Ce n’est pas en quelques minutes qu’il a pu se rendre compte des problèmes du quartier. On a l’impression qu’il y est venu, parce qu’il s’agissait d’un passage obligé », soulignait d’ailleurs un habitant du secteur qui espérait tant de cette venue. 12 heures. C’est l’heure de la réunion des partenaires du Contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). L’occasion pour le maire Michel Biard de justifier le choix de Vitry dans la liste des 24 villes ou quartiers « exposés de façon récurrentes aux violences ». « Les résultats sont encourageants », affirme le premier magistrat vitryat. Le président du Conseil général, René-Paul Savary, le président du Conseil régional, Jean-Paul Bachy, lui succèdent, évoquent également les problèmes d’insertion, de formation, de lutte pour l’emploi. « L’emploi est au cœur de toutes les autres problématiques », renchérit, le député Charles de Courson, qui insiste par ailleurs sur la « nécessité de bénéficier de quatre ou cinq gendarmes supplémentaires ». 13 h 10. Un peu plus de deux heures après son arrivée, Dominique de Villepin s’apprête à quitter la cité rose, sans avoir effectué de déclaration fracassante. Vitry a le soutien de l’Etat. C’est l’essentiel !

Gaël Padiou L’Union du 7 septembre 2004

« L’Etat est à vos côtés » « Seuls le rassemblement et l’unité nous permettront de relever le défi. L’Etat se mobilise et est à vos côtés pour appuyer vos efforts. Nous avons une démarche concertée, pragmatique. Les quartiers vont nous fournir l’échantillon nécessaire à la création d’une loi » a conclu le ministre de l’Intérieur, à l’issue de la réunion du CLSPD (Contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance). Dominique de Villepin a promis d’ailleurs que l’Etat aidera financièrement la ville à acquérir deux caméras de télésurveillance supplémentaire. Il souhaite aussi que l’Etat « s’engage avec la ville de Vitry à soutenir l’implantation d’un local pour la Brigade de prévention de la délinquance juvénile », dans un local qui ne sera pas implanté au sein de la brigade territoriale, mais « à proximité d’un établissement scolaire ». Gendarmerie : patience Voilà pour les « grandes annonces ». Pas de déclaration fracassante donc ! Du côté des effectifs de la gendarmerie en revanche, il va falloir encore s’armer de patience, le ministre se gardant pour l’instant d’apporter une réponse immédiate à la demande du député Charles de Courson et du maire, Michel Biard. « A partir du 1er octobre, sept communes passeront sous le contrôle de brigades voisines, engendrant ainsi une plus grande souplesse pour la brigade territoriale de Vitry-le-François »devait-il déclarer. Un artifice qui n’est pas cependant de nature à freiner les ardeurs des élus vitryats. « Nous allons lui en reparler. Nous avons réellement besoin des quatre ou cinq postes supplémentaires », insistaient-ils.

Gaël Padiou