Faut-il une discrimination positive ?

Politis n°798 du 22 aril 2004, Denis Sieffert et Karim Bourtel

vendredi 23 avril 2004

Omniprésent dans notre société, le racisme cible souvent ses victimes parmi les Français d’origine maghrébine ou africaine. L ?État a lontemps tardé à reconnaître ce phénomène qui grève l’avenir de milliers de personnes. La discrimination positive compte aujourd’hui parmi les solutions pour inverser la tendance. Soulignant l’échec de notre système d’intégration, cette voie reste très contestée au sein même des communautés concernées.


Voir en ligne : http://www.politis.fr/article923.html

Discrimination positive » : voilà une bien curieuse expression ! Un pur oxymore. Comme si la langue française trahissait notre réticence naturelle pour ce que désignent ces mots. Les Anglo-Saxons préfèrent parler d’« affirmative action », que l’on ferait mieux de traduire par « action positive ». Depuis que l’administration Kennedy a mis en oeuvre l’affirmative action, au début des années 1960, d’incontestables améliorations sont intervenues. Une statistique établie sur l’année 1994 montre que 663 jeunes Noirs ont pu être admis à l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA), pour 3 947 Asiatiques et 2 870 Blancs. Ils n’auraient été que 77 sans un correctif. D’autres chiffres témoignent de résultats semblables pour l’emploi. Alors, pourquoi existe-t-il chez nous une telle méfiance ? Celle-ci n’est pas sans raison. La République ne connaît pas de minorités. Elle ne connaît que des citoyens, égaux dans leur relation directe avec l’État. Elle ne veut connaître ni les origines ethniques, ni les religions. Et il n’y a, a priori, pas moins raciste, pas moins discriminatoire, que cette idée-là. Contrairement à la société anglo-saxonne, les notions de communauté et de minorité heurtent notre sentiment républicain.

Mais que se passe-t-il lorsqu’on fait le constat qu’il y a loin du principe à la réalité ? Que faire quand on admet enfin que notre méritocratie sert trop souvent de couverture à des modes de sélection moins avouables ? Continuer de nier les évidences, au nom des grands principes, ou bien se résoudre à accepter certains correctifs, fût-ce en apparente dérogation à notre philosophie sociale ? Le débat a été relancé très brutalement par Nicolas Sarkozy, à l’époque encore ministre de l’Intérieur. Nous apportons cette semaine quelques éléments de réflexion sur ce dossier. Mais la couleuvre est difficile à avaler pour la société française. Car admettre une « discrimination positive », c’est admettre un échec.

Et il ne s’agit pas seulement de l’échec momentané de notre système d’intégration, ni d’une difficulté nouvelle née de la crise économique ­ la discrimination raciale opérait aussi pendant les fameuses « Trente Glorieuses », entre 1945 et 1975. C’est en quelque sorte un aveu d’hypocrisie qu’il nous faut faire. Ensuite, si nous sommes résolus à des mesures volontaristes, il n’est pas obligatoire de choisir des critères religieux. Comme l’avait fait malencontreusement Nicolas Sarkozy. Autrement dit, opter pour certaines mesures compensatoires ne nous condamne pas forcément à épouser les clivages identitaires les plus sensibles de notre époque. Nulle obligation, par exemple, de commencer par un « préfet musulman ». Les jeunes qui subissent un handicap social et culturel en raison de leur origine n’ont pas besoin d’« exemples » qui auront tôt fait d’être des alibis. Ils ont besoin de mesures concrètes qui les concernent directement.

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