Collectif 76 des salariés du secteur social et médico- social

Ensemble nous sommes TOUT !

vendredi 14 mars 2008


Texte du Collectif 76 des Salariés du Secteur Social et Médico-Social publié dans « Que Dal » du grand Rouen revue du Dal de février mars 2008

ENSEMBLE NOUS SOMMES TOUT !

Les militants du Droit au Logement nous ouvrent les colonnes de leur revue « QUE DAL », nous les remercions. Nous partageons leurs exigences, leur combat, car sans Toit je ne suis pas moi et ensemble nous sommes tout. Nous sommes des femmes et des hommes, de tous âges, syndiqués(e)/ ou non, dans des partis politiques ou non, nous exerçons le métier de travailleur social -éducateurs /éducatrices, psychologues, conseillers/conseillères d’insertion, assistants/assistantes sociales- dans le secteur social et médico-social. En 2002, des salariés/salariées d’un Centre d’Hébergement et de Réadaptation Sociale (CHRS) -qui accueillent des personnes privées de logement- luttent contre les diminutions drastiques de leurs budget. Pétitions, manifestations, rencontre avec le chef de cabinet du président du conseil général, assemblées générales et de suite, à la faveur des échanges émerge la nécessité de se rassembler et de continuer, le Collectif 76 des Salariés/Salariées du Secteur Social et Médico-Social est né. Ensemble nous sommes Tout. Après la deuxième guerre, la France se reconstruit, les services sociaux et médico-sociaux s’ouvrent, l’objectif est d’aider, d’accompagner les personnes, les enfants, les jeunes en difficulté. L’état social lâche de l’argent, le social se professionnalise. Les professionnels construisent leurs métiers, leur éthique basée sur le respect de la personne reçue autant que nécessaire, dans un rapport non marchand, et l’application du devoir de réserve ou du secret professionnel Mais à la faveur de la révolte de 1968, des professionnels critiquaient déjà l’aspect normatif du travail social et médico-social. L’état achetait la paix sociale en distribuant des prestations sociales. Certes, jusqu’à la fin des années soixante dix, les salarié(e)s trouvaient facilement du travail, un logement, mais les riches passaient déjà leurs vacances sur un yacht, la Rollex brillant sous le soleil, pendant que les salarié(e)s trimaient trois cents jours par an, parqués dans des logements verticaux, mal insonorisés, de plus en plus loin des centres villes, préoccupés par le comment faire bouillir la marmite. Début des années quatre-vingt, le capitalisme capitalise de plus en plus accroît ses profits plus et creuse encore davantage les inégalités le libéralisme libéralise de plus en plus. Des usines, des entreprises ferment, s’allongent les files d’attente des ANPE, des hommes et des femmes privés de logement meurent de froid dans nos rues. Dans les permanences sociales affluent des personnes, de plus en plus nombreuses, appelées « nouveaux pauvres » par certains sociologues. Le gouvernement PS/PC/Verts gouverne durant quatorze ans, prisonnier volontaire du capitalisme, du libéralisme, il accompagne la dérégulation du travail, autorise les TUC, CES,es CEC, les emplois jeunes, favorise ainsi le travail précaire et la remise en cause du salaire minimum, met en place le RMI pour les personnes privées de revenus, mais qui peut vivre décemment avec 400 euros par mois ? Les gouvernements de droite remplacent les gouvernement de gauche plurielle et l’exploitation, l’aliénation continuent. L’état social ne lâchent plus que des miettes. Et comme il faut faire diversion, l’état contrôle de plus en plus et culpabilise : - petit homme, petite femme, si tu n’as pas de travail c’est de ta faute, si tu veux gagner plus, travaille plus, contente-toi du travail à temps partiel, allez encore un effort tu peux même occuper deux emplois à temps partiel, tes enfants dysfonctionnent, l’état peut les enfermer, tu seras pénalisé financièrement et obligé de suivre un stage de parentalité, mais petit homme, petite femme, consomme beaucoup, à crédit forcément à des taux exorbitants, tu n’arrives plus à payer ton loyer, ta facture edf- gdf et pourtant tu ouvres au minimum les convecteurs électriques, dans ton appartement mal isolé, et tu n’as pas toujours de quoi bouffer, alors va faire la queue aux « restos » Et gobe bien petit homme, petite femme, sur Télé-Sarko cette culture paillettes qui amenuise ta capacité de réfléchir. Dans les services sociaux et médico-sociaux, nous recevons quotidiennement toutes ces personnes abîmées, humiliées. Elles nous disent leur lassitude, leur anéantissement, leurs difficultés à payer les factures, à s’alimenter, à se soigner, se distraire. Toutes ces personnes nous disent avec pudeur, honte, leur désarroi. Entrer dans un service social n’est jamais chose facile. Nous écoutons ces hommes et ces femmes, ces enfants, ces jeunes, autant que nécessaire, nous soutenons, nous sollicitons des aides financières, des dispositifs sociaux, mais notre premier devoir est de déculpabiliser, d’expliquer que nous ne sommes pas des magiciens et que la loi, les règlements imposent des critères que nous devons appliquer même si nous ne les partageons pas et tentons de les détourner. Les travailleurs sociaux et médico-sociaux ne sont pas des employeurs, des financeurs, des bailleurs, des juges, des politiciens. Alors bien-sûr, apparaît l’épuisement professionnel ,l’éthique professionnelle est mise à mal. Seule l’action conjointe des professionnels, des militants politiques prêts à résister et de la population renversera les injustices sociales. Le Collectif 76 des Salariés du Secteur Social c’est pour dire STOP à ce système fou qui nous dresse les uns contre les autres ,nous appauvrit et nous vide de notre substance créative. Le Collectif 76 c’est pour dire notre refus de la marchandisation du travail social, des seuls critères de rentabilité que nous imposent nos employeurs. Le travail social doit viser le qualitatif et pas le quantitatif. Nous refusons de mettre les personnes dans des cases, voire à la casse de leur faire signer des contrats qui leur imposent d’accepter des emplois précaires, des injonctions de soins, des stages de parentalité... Nous refusons la mise en concurrence des différents services sociaux, privés ou publics, qui pousse nos directions à accepter toutes les concessions, pour obtenir des subventions – de plus en plus minces- au détriment des besoins réels des populations. Nous refusons l’idéologie qui stigmatise, qui trie entre les « bons et les mauvais pauvres ».Nous refusons la mise à l’écart des handicapés, des vieux, des surnuméraires qu’impose la rentabilité. Nous refusons le fichage, la criminalisation des personnes qui demandent de l’aide, l’enfermement des jeunes qui dysfonctionnent, nous refusons de révéler aux autorités politiques et administratives le nom des personnes que nous recevons comme le stipule la loi dite « de la prévention de la délinquance ». Nous refusons la dégradation de nos conditions de travail, des contrats de travail de plus en plus précaires, l’intimidation de nos employeurs, le manque de personnel, la remise en cause de nos conventions collectives. La droite comme la gauche n’ont jamais reconnu nos diplômes à leur juste valeur. Au sein du Collectif 76, nous luttons pour valoriser la solidarité. Nos expériences, nos pratiques professionnelles, notre connaissance des personnes, de leur réalité et de leur histoire, nous permettent de participer à une réflexion collective et à l’élaboration de politiques sociales adaptées aux besoins des personnes, à laquelle pourrait se joindre la population. Nous disons haut et fort que la pauvreté, l’aliénation ne sont pas une fatalité, qu’un autre monde est possible. Que chaque femme, chaque homme, fragilisé a le droit d’être accueilli par un/une/des professionnels qui respecteront sa singularité. Ensemble, dans le respect de nos singularité, nous sommes tout.